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dimanche, 02 juin 2013 18:28

Pistolet-mitrailleur Beretta mod.38

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Marò du btg. Barbarigo de la Xa MAS armé d'un MAB mod.38A. Marò du btg. Barbarigo de la Xa MAS armé d'un MAB mod.38A. Centro Studi Carlo A. Panzarasa

Adopté dès 1938 par la police coloniale italienne, le Moschetto Automatico Beretta (MAB) mod.38 est considéré comme la meilleure arme italienne de la seconde guerre mondiale. D'une masse comparable aux Sten anglais et MP-38/40 allemands, le MAB mod.38 avait pour lui une précision supérieure, qui en faisait une arme convoitée tant par les Allemands que par les Alliés.

Développement et description des mod.38 et 38A

Le pistolet-mitrailleur Beretta dérivait de la carabine semi-automatique modèle 18/30 tirant la cartouche réglementaire du pistolet calibre 9 mm Glisenti. Son développement fut confié à l'ingénieur Tullio Marangoni, chef dessinateur à la manufacture d'armes Beretta de Gardone Val Trompia, dans la province de Brescia. L'ingénieur s'inspira vraisemblament du pistolet-mitrailleur Bergmann 1934/1 comme en témoignent la forme du chien et les chargeurs à cartouches en quinconce. Par rapport au Beretta mod.18/30, il se différenciait par la présence d'un manchon de refroidissement percé de trous oblongs et doté d'un compensateur de relèvement, et par la possibilité de tirer en rafale, qui faisait l'objet du brevet n°360651 déposé le 22 mars 1938.

MAB mod.38 reconnaissable aux trous oblongs de son manchon de refroidissement. MAB mod.38 démonté. Remarquez la fenêtre d'éjection située sur le dessus de la boîte de culasse.

Sur le MAB mod.38, la fenêtre d'éjection était située sur le dessus de l'arme, à l'instar du mod.18/30. Sur le MAB mod.38A, elle était fraisée sur la gauche de la boîte de culasse, afin de ne pas interférer avec la ligne de mire. Le canon, fileté à ses deux extrémités pour être vissé à la boîte de culasse et recevoir un compensateur de relèvement, était protégé par un manchon de refroidissement percé de trous circulaires. Le guidon était fixé à queue d'aronde sur le compensateur, percé de quatre évents transversaux. L'autre extrémité de la ligne de mire était constitué par la hausse à planchette et curseur, monté sur le dessus de la boîte de culasse et réglable jusqu'à 500 m par cran de 100 m. Sur la gauche de la boîte de culasse se situait le levier de sûreté à deux positions : "F" pour feu et "S" pour sûreté. Le levier agissait sur le système de détente et la culasse mobile. L'arrière de la boîte de culasse était obturé par le bouchon de culasse, percé en son centre. Si le bouchon n'était pas verrouillé sur la droite, un système de sécurité interdisait tout mouvement des gâchettes. La culasse mobile était formée d'un bloc cylindrique usiné contenant le percuteur et le ressort récupérateur. L'arme possédait deux queues de détente : la postérieure striée pour le tir en rafale et l'antérieure lisse pour le tir coup par coup.

MAB mod.38A sans chargeur. MAB mod.38A avec un chargeur de 40 cartouches.
Coupe longitudinale et vue de dessus du MAB mod.38A. Détail du manchon de refroidissement du MAB mod.38A. Remarquez les quatre évents du compensateur de relèvement.

La crosse en hêtre renfermait un logement pour une baguette de nettoyage démontable en deux parties. L'ouverture dans la plaque de couche était fermée par une trappe à ressort. Sous le fût, une glissière en tôle permettait d'obturer l'ouverture d'introduction du chargeur. L'alimentation de l'arme était assurée par des chargeurs de 10, 20 ou 40 cartouches, disposées en quinconce sur deux rangs. L'arme était appréciée pour sa précision : à 100 m de distance, 40 coups tirés en rafale se concentraient dans un rectangle de 20x25 cm, tandis qu'au coup par coup, la dispersion se réduisait à 6x7 cm.

Les versions économiques produites pendant la guerre : MAB mod.38/42 et 38/44

Afin d'augmenter la cadence de production, un nouveau modèle simplifié du MAB fut mis au point en 1941. Il s'agissait du mod.38/42 type 1, caractérisé par un canon plus court (228 mm au lieu de 320 mm) et privé de manchon de protection, présentant des cannelures de refroidissement extérieures fraisées et un compensateur à deux évents. Le fût raccourci se terminait en deçà de l'ouverture du chargeur et la culasse fut munie d'un percuteur fixe pour alléger l'arme, au prix d'une cadence de tir légèrement réduite.

MAB mod.38/42 type 1. Détail du compensateur de relèvement à deux évents du MAB mod.38/42.

En 1942 apparut le MAB mod.38/42 type 2 répondant a priori à une commande de la Wehrmacht, les armes étant marquées MP Beretta (pour Maschinen Pistolen Beretta). La hausse était semblable à celle des MP-38 et MP-40 allemands.

MAB mod.38/42 type 2.
(crédits photos : Krono sur TCAR)

Le MAB mod.38/42 type 3 (ou 38/43) de 1943 se distinguait par son canon lisse et encore raccourci (210 mm au lieu de 228 mm) et par l'adoption d'une hausse fixe avec cran de mire à 100 m. Le MAB mod.38/44, dernier modèle produit pendant la guerre, se différenciait du précédent par son bouchon de culasse plein. Il fut fabriqué à partir de février 1944 pour la Wehrmacht.

MAB mod.38/44.
(crédits photo : militaryimages.net)

Production et utilisation

Les 500 premiers exemplaires du MAB mod.38A furent distribués en octobre 1938 au Corpo della Polizia Coloniale (ensuite rebaptisé PAI) et aux agents de sécurité publique du I battaglione mobile de Rome. Les MAB de la PAI se distinguaient par la présence d'une baïonnette pliante et par le compensateur à évent unique. Au 20 mai 1939, seulement 2000 exemplaires du pistolet-mitrailleur avaient été commandés. Il faut dire que l'amre n'intéressa pas tout de suite le Regio Esercito, qui pensait équiper de pistolets-mitrailleurs uniquement les équipages des blindés.

MAB mod.38A de la PAI avec sa baïonnette repliée et son compensateur de relèvement à évent unique. Garde de PAI devant Palazzo Venezia en 1939. Policiers de la PAI présentant les armes à Tripoli en 1939.
Délégation d'officiers SS en visite à l'école de Tivoli en janvier 1941. Le garde de la PAI est armé d'un MAB mod.38A. Motocyclistes de la PAI armés de MAB mod.38A en Somalie britannique le 22 août 1940. Gardes libyens de la PAI à Tripoli en février 1942.

Après l'entrée de l'Italie dans la guerre, SUPERASI demanda le 25 juin 1940 à la PAI de lui fournir des MAB mod.38A pour équiper la bataillon de parachutistes libyens. Entretemps, le pistolet-mitrailleur avait été commandé par l'armée de terre et l'infanterie de marine pour armer le rgt. San Marco. Durant les trois premiers mois de l'année 1943, Beretta fournit 11 000 exemplaires du MAB, tandis qu'en juin, la cadence de production mensuelle était passée à 5000 pièces. L'arme commença à être distribuée à l'Esercito en 1941. Certaines unités furent presque entièrement armées de MAB, comme la div.par. Nembo, qui en comptait 1500 exemplaires au 24 août 1943, les unités Arditi et l'infanterie de marine. En 1943, chaque régiment d'infanterie devait avoir une dotation théorique de 356 MAB pour 3982 hommes. La demande était si forte que le ministère de la guerre dut interdire aux militaires par la circulaire n°382 du 3 août 1942 l'achat direct de MAB auprès de Beretta. Fin avril 1943, on comptait tout juste 14 782 exemplaires en service.

Le général Bastico décorant un soldat du rgt. Giovani Fascisti armé d'un MAB mod.38A. Légionnaires de la MVSN armés de MAB mod.38A dans les Balkans en 1943.
Parachutiste de la div. Nembo à l'entraînement avec son MAB mod.38A. MAB mod.38A employé sur le front russe par les Alpini du btg. Monte Cervino.

Concernant la production après l'armistice de septembre 1943, les différentes sources consultées sont très divergentes. Beretta aurait produit 95 000 MAB entre le 1er octobre 1943 et le 30 septembre 1944. Selon Knittel, la production aurait atteint 234 311 exemplaires en 1943, 228 582 en 1944 et 57 100 en 1945. Enfin, F. Hahn affirme que Beretta aurait livré 145 693 MAB en 1943 et 85 500 jusqu'au 1er avril 1945. Il semble toutefois peu probable qu'une entreprise ait pu quadrupler sa production en quelques mois, dans le contexte de pénurie suivant l'armistice. En revanche, d'autres sociétés auraient été impliquées dans la production de ces armes selon les services secrets américains : la Società Parma Antonio & Figli de Saronno et la SA Sebino de Pilone auraient livrées des MAB mod.38/42 et 38A respectivement, tandis que la société Agrati & Figli de Ponticello Brianza, la FNA de Brescia et la F.lli Inuggi d'Amegna auraient confectionnées des accessoires. En juillet 1944, le sous-secrétaire de la RSI C. Basile confirma que Beretta assurait une fourniture mensuelle de 15 000 MAB, chiffre qui devait à brève échéance être doublé. Seuls 200 pistolets-mitrailleurs par mois étaient destinés à l'Esercito Repubblicano. En décembre 1943, suite à autorisation allemande, la Xa MAS commanda directement à Beretta 3000 MAB.

Soldat allemand équipé d'un MAB mod.38/42 en Yougoslavie en 1943.
(crédits photo : Bundesarchiv)
Soldat de la RSI en position retranchée armé d'un MAB mod.38A. Bersagliere du 3° rgt. bersaglieri volontari montant la garde en face de Menton.
Soldat du rgt.arditi paracadustiti ANR Folgore armé d'un MAB mod.38A à Lanzo Torinese. Le marò Gaetano Scarano du btg. Fulmine de la Xa MAS assis sur l'aile avant gauche d'un Fiat 634 dans la caserne de via Verdi à Turin, en octobre 1944. Les marò Ettore Merlo et Rino Boratto du btg. Fulmine de la Xa MAS à Ceresole Reale le 6 septembre 1944.

Au Sud, on dénombrait 4141 MAB en Sardaigne après l'armistice du 8 septembre 1943. Entre le 20 novembre 1943 et le 31 décembre 1944, le rgpt.mot. puis le CIL reçurent en dotation 5239 MAB. Après la fin de la guerre, la production se poursuivit avec les mod.38/44 et 38/49, la dernière version de l'arme étant mise au point en 1957. En 1948, la capacité de production de Beretta atteignait 10 000 MAB par mois. L'armée italienne employa ce pistolet-mitrailleur jusque dans les années 1960, tandis que les élèves officiers de l'académie navale de Livourne l'utilisent encore aujourd'hui.

Le partisan Marco Savegnago de la brigata Stella du CLN armé d'un MAB mod.38A.
(crédits photo : Archivio Marchesini)
Fiche technique
 MAB mod.38/AMAB mod.38/42 type 2
Calibre 9 mm 9 mm
Longueur du canon 320 mm 228 mm
Longueur totale 947 mm 790 mm
Poids à vide 3,945 kg 3,2 kg
Cadence de tir maximale : 520 coups/min
pratique : 100 coups/min
maximale : 470 coups/min
pratique : coups/min
Alimentation Chargeurs de 10, 20 ou 40 cartouches Chargeurs de 10, 20 ou 40 cartouches
Vitesse initiale du projectile 430 m/s 430 m/s
Portée pratique 100 m 100 m
Profil de MAB mod.38A. Profil de MAB mod.38/42 type 2.
Profil de MAB mod.38/42 type 3. Profil de MAB mod.38/44.
Sources :
  • Le armi della fanteria italiana (1919-1945), Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Storia Militare, 2008
  • Le armi della fanteria italiana nella seconda guerra mondiale, Nicola Pignato, Albertelli, 1978
  • Armi portatili, artiglierie e semoventi del Regio Esercito Italiano 1900-1943, Giulio Benussi, Intergest, 1975
  • Les pistoles-mitrailleurs Beretta, Sergio Zannol, Gazette des armes n°78, 1980
  • Storia della PAI, Polizia Africa Italiana 1936-1945, Raffaele Girlando, Italia Editrice New, 2003
  • page sur le pistolet-mitrailleur Beretta mod.38A du site regioesercito.it
Lu 11369 fois Dernière modification le samedi, 19 octobre 2013 23:20

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