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Classe CB

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La 1a sq.CB à Costanța, en Roumanie, fin mai 1942. La 1a sq.CB à Costanța, en Roumanie, fin mai 1942. collection A. de Toro

Conçus pour être employés en masse dans la surveillance des accès aux ports de la péninsule italienne contre les submersibles ennemis en embuscade, les sous-marins de poche classe CB ne furent jamais produits en grande série et ne se distinguèrent que pour leurs actions en mer Noire.

Développement et production

L'expérience des sous-marins de poche classe CA avait révélé un déplacement trop faible. Le 20 février 1939, le CPN commanda à Caproni la réalisation d'un sous-marin de poche de 16 tonnes de déplacement en surface. En mai de la même année, alors que la coque résistante était déjà en construction, le projet fut suspendu pour passer sur un submersible de 35 tonnes de déplacement en surface.

L'ingénieur Vincenzo Goeta, déjà à l'origine du projet CA, se rendit à Rome à l'été 1939 avec deux dessinateurs et élabora en un mois, avec l'aide du Magg.GN Francesco Spinelli, le plan du sous-marin de poche Caproni B, ou CB.

La construction des CB fut confiée au départ à l'usine Caproni de Taliedo, quartier périphérique de Milan, l'achèvement étant réalisé à Montecollino sur le lac d'Iseo. À partir de 1943, la fabrication fut graduellement délocalisée à Rovereto à la suite des bombardements sur Milan. Produits à 16 exemplaires au prix unitaire de 3 800 000 lires avant l'armistice du 8 septembre 1943, les CB ne connurent pas le développement qui leur aurait permis d'être employés plus efficacement. Bien que la Regia Marina ait passé une commande portant sur 40 exemplaires (du CB 17 au 56) le 22 mars 1943, qui devait être honorée par les établissement Caproni de Taliedo et Rovereto (28 exemplaires) ainsi que par le chantier AVIS de Castellammare di Stabia (12 exemplaires), la tournure des événements ne permit pas de porter à bien le projet. La commande fut d'abord réduite à 20 exemplaires avant d'être annulée le 15 septembre 1943. Le 30 octobre 1943, le ministère de la guerre de la RSI renouvela la commande de 40 CB, la portant même à 50 le 30 septembre 1944. Entre septembre 1944 et avril 1945, 10 CB furent livrés à la MNR (CB 17 à 26), les deux derniers n'étant cependant pas achevés et nécessitant 2 à 3 mois de travaux.

Le CB 1 à l'usine de Taliedo avant son départ pour La Spezia. Le CB 2 devant l'usine Caproni de Taliedo. Le premier exemplaire du groupe CB 3/4 en construction à Taliedo.
Le second exemplaire du groupe CB 3/4 en cours d'assemblage à Taliedo. CB de série 2 en achèvement à flot en 1943.
(crédits photo : collection Fulvio Petronio)

Le projet de super CB étudié en 1943 prévoyant d’obtenir des submersibles de 22 m de long et 62 tonnes de déplacement en surface fut mis de côté au profit de l'étude des CC, dont deux exemplaires venaient d'être commencés en date du 8 septembre 1943.

Description technique et modifications

Les sous-marins de poche classe CB reprenaient une architecture de type Cavallini à double coque partielle, courant sur 2/3 de la longueur totale environ. La coque résistante était constituée de deux cylindres superposés et divisée en deux compartiments principaux : le local moteur à l'arrière renfermant le moteur électrique de 64 ch à 1650 tr/min et le moteur Diesel Isotta-Fraschini de 92 ch à 1850 tr/min, et le poste central sous le massif. La batterie de 308 accumulateurs se trouvait sous le poste central. Les caisses d'assiette étaient réparties aux deux extrémités de la coque résistante.

Coque épaisse du second exemplaire du groupe CB 5/6 en construction à Taliedo. Panneau d'accès arrière vu de la passerelle.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)
Détail du massif et du panneau d'accès passerelle.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)
Vue au travers du panneau d'accès passerelle.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)
Gros plan sur le moteur Diesel Isotta-Fraschini du CB 20 conservé à Zagreb.
(crédits photo : Jan Tarnovski sur MaritimeQuest)

L'appareil à gouverner se composait d'une barre de direction semi-compensée d'une surface de 0,655 m2 et de deux barres de plongée, elles aussi semi-compensées, de 1,6 m2.

Appareil à gouverner du CB 26 conservé à Trieste.

L'armement comprenait deux tubes lance-torpilles de 450 mm externes non résistants, ce qui provoqua de nombreux échecs de lancement du fait des longues période d'immersion des torpilles dans l'eau de mer. À l'origine, une mitrailleuse était montée sur trépied sur la plage avant pour la défense antiaérienne.

Torpille de 450 mm sur le CB 10.
(crédits photo : collection Alessandro Turrini)
Maintenance des tubes lance-torpilles à Costanța en janvier 1943.
(crédits photo : collection Giovanni Sorrentino)
CB 1 armé d'une mitrailleuse montée sur trépied dans le port de Naples à l'été 1941.
(crédits photo : collection Franco Bargoni)

L'habitabilité constituait sans doute la plus grande faiblesse de ces submersibles conçus pour des missions de 48 h et qui partaient souvent deux fois plus longtemps. L'équipage, composé d'un officier et de deux à trois marins, se partageait une unique bannette. Aussi, l'équipage passait le plus clair de son temps sur le pont lorsque les conditions le permettaient.

Cette vue du poste central montre l'espace très restreint avec lequel devait composer l'équipage des CB.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)
Membre d'équipage assis sur l'unique bannette du bord.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)

Les essais à la mer des 6 premières unités montrèrent la nécessité d'apporter quelques modifications au projet, ainsi résumées dans un rapport d'août 1941 :

  • modification de la caisse à gazole ;
  • déplacement vers l'arrière des tubes lance-torpilles ;
  • augmentation du franc-bord de la plage avant de 1,05 m à 1,8 m ;
  • élargissement de la plage avant pour améliorer la tenue à la mer avec houle de l'arrière ;
  • réduction de la hauteur de l'aileron vertical et augmentation de la surface du safran ;
  • adoption d'un périscope rétractable de 2,4 m ;
  • déplacement des bouteilles d'air de lancement dans les superstructures ;
  • réduction du bruit du moteur ;
  • augmentation du diamètre des clapets de purge des ballasts, remplacement du mécanisme Calzoni jugé trop bruyant par une manœuvre manuelle.

Toutes ces modifications, à l'exception du périscope rétractable, furent introduites à partir des CB 7 et 8 commandés le 7 mars 1942 et constituant les premiers exemplaires de la seconde série.

Carrière opérationnelle

Les deux premiers exemplaires de la classe, les CB 1 et 2, furent transférés par rail de Taliedo à La Spezia durant l'été 1940. Après une longue période d'essais à la mer, ils furent officiellement admis au service actif le 27 janvier 1941. Avec l'entrée en service des 4 unités suivantes de la série 1 le 10 mai 1941, la Regia Marina put constituer la 1a sq.CB sous le commandement du T.V. Enrico Lesen d'Aston. Déployée à Naples et Salerne entre septembre et décembre 1941, l'unité effectua 40 missions de lutte anti-sous-marine sans le moindre résultat.

Le CB 1 à Taliedo avant son transfert à La Spezia. CB 2 dans le golfe de La Spezia au printemps 1941.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)
Le CB 3 à la mer.
(crédits photo : collection Giovanni Sorrentino)

Revenue à La Spezia au début de l'année 1942, l'unité fut destinée à opérer en mer Noire pour répondre à une demande des Allemands. Arrivés à Costanța, en Roumanie, le 2 mai 1942, les CB de la 1a sq. restèrent en mer Noire jusqu'à l'armistice et revendiquèrent trois sous-marins soviétique détruits au prix de la perte du CB 5 coulé par une vedette lance-torpilles le 13 juin 1942.

CB à quai à Costanța en mai 1942. CB en escale à Sulina entre le 9 et le 10 juin 1942. CB 1, 6, 4 et 2 à Sébastopol fin juillet 1942.
CB au mouillage à Yalta en 1942.
(crédits photo : collection David Zambon)
CB devant les côtes de la Crimée.
(crédits photo : collection Fulvio Petronio)
CB 6 à sec à Costanța en octobre 1942. Remarquez les grilles de ballasts partiellement démontées.
(crédits photo : collection Renato Cepparo)

Il fallut attendre août 1943 pour que les CB 7 à 12 entrent en service au sein de la 2a sq.CB. Les CB 8, 9, 10, 11 et 12 continuèrent la guerre aux côtés des Alliés après le 8 septembre 1943, principalement pour des exercices de lutte ASM.

Le CB 10 à Tarente en octobre 1943.
(crédits photo : National Archives)
Le CB 10 à flot et probablement le CB 8 à sec en octobre 1944 à Tarente.
(crédits photo : IWM)
CB 8 à Tarente en 1945.
(crédits photo : collection Aldo Fraccaroli)

Les CB 7, 13, 14 et 16 furent capturés par les Allemands à Pula au moment de l'armistice, alors qu'ils étaient sur le point d'entrer en service. Du fait que la Kriegsmarine n'était pas intéressée pour les remettre en service, ils furent ensuite remis à la MNR, qui put former le I Gr.smg Comandante Longobardo en mai 1944. Les CB furent utilisés principalement en Adriatique pour des missions d'infiltration d'informateurs dans les zones occupées par les Alliés. Le CB 15, livré à Pula le 5 septembre 1943, fut envoyé par le train à Galați, sur le Danube, où il fut probablement capturé par les Soviétiques.

Massif d'un CB armé par la MNR à la fin de l'année 1944. Unité du groupe CB 22/24 à Trieste en janvier 1945. Le périscope n'a pas été monté.
(crédits photo : collection C. Pristavec)
CB du I Gr.smg Longobardo à Pula.
(crédits photo : WZ Bilddienst)

Les 5 CB de la 1a sq. déployés en mer Noire continuèrent la guerre aux côtés des Allemands avant d'être cédés à la marine roumaine le 19 décembre 1943. Le maréchal Antonescu s'étant engagé le 21 janvier 1944 à restituer les CB à la RSI, des équipages furent dépêchés de Bordeaux en avril 1944 et constituèrent le Gr.CB Livio Piomarta. À la suite de l'armistice demandé par la Roumanie le 23 août 1944, les CB 1, 2, 4 et 6 furent capturés par l'Armée Rouge à Costanța le 30 août 1944 et remis en service dans la marine soviétique sous les désignations de TM 4, 5, 6 et 7.

Marins de la MNR examinant le CB 6 à Costanța en avril 1944.
(crédits photo : collection Nino Arena)
CB 1, 2, 4 et 6 à Costanța en septembre 1944, après leur capture par les Soviétiques.
(crédits photo : collection R. Greger)

Le CB 20 fut capturé par les Yougoslaves à Pula en avril 1945 et fut remis en service sous le nom de P 901 Mališan. Il est aujourd'hui conservé à Zagreb. Un second exemplaire, le CB 26, est exposé au musée De Henriquez à Trieste.

Le CB 20 remis en service par la marine yougoslave sous le nom de P 901 Mališan.
(crédits photo : navyworld.narod.ru)
L'ex CB 20 conservé au musée technique de Zagreb.
(crédits photo : Patrick Castelli sur flickr)
Le CB 26 exposé Piazza Unità d'Italia à Trieste après sa restauration.
Liste des submersibles de la classe CB
NomEn serviceObservation
CB 1 27/01/1941 -
CB 2 27/01/1941 -
CB 3 10/05/1941 Commandé le 10/09/1940
CB 4 10/05/1941 Commandé le 10/09/1940
CB 5 10/05/1941 Commandé le 10/09/1940
CB 6 10/05/1941 Commandé le 10/09/1940
CB 7 01/08/1943 Commandé le 07/03/1942
CB 8 01/08/1943 Commandé le 07/03/1942
CB 9 01/08/1943 Commandé le 21/04/1942
CB 10 01/08/1943 Commandé le 21/04/1942
CB 11 24/08/1943 Commandé le 23/07/1942
CB 12 27/08/1943 Commandé le 23/07/1942
CB 13 Automne 1943 Commandé le 23/07/1942
CB 14 Automne 1943 Commandé le 23/07/1942
CB 15 05/09/1943 Commandé le 23/07/1942
CB 16 Automne 1943 Commandé le 23/07/1942
CB 17 30/09/1944 -
CB 18 20/10/1944 -
CB 19 23/09/1944 -
CB 20 31/10/1944 -
CB 21 31/12/1944 -
CB 22 Fin décembre 1944 -
CB 23 Fin décembre 1944 -
CB 24 Fin décembre 1944 -
CB 25 - Transféré inachevé à Venise fin avril 1945
CB 26 - Transféré inachevé à Trieste fin avril 1945
Fiche technique
Déplacement en surface 35 t
Déplacement en plongée 42 t
Longueur hors-tout 15 m
Largeur au fort 3 m
Tirant d'eau 2,1 m
Énergie et propulsion
  • 1 moteur Diesel Isotta-Fraschini - puissance 92 ch
  • 1 moteur électrique Brown Boveri - puissance 64 ch
  • 308 accumulateurs au plomb organisés en 1 batterie
  • 1 ligne d'arbre, 1 hélice à 3 pales
Vitesse maximale 7,5 nœuds en surface
6,5 nœuds en plongée
Autonomie 450 miles nautiques à 7,5 nœuds
1400 miles nautiques à 5 nœuds
Immersion opérationnelle 55 m
Armement
  • 2 tubes lance-torpilles de 450 mm / 2 torpilles
Équipage 1 officiers, 2 à 3 matelots
Profil, vue de dessus et coupes transversales d'un CB.
Sources :
  • Sommergibili e mezzi d'assalto subacquei italiani, Alessandro Turrini, Ottorino Ottone Miozzi & Manuel Moreno Minuto, Ufficio Storico della Marina Militare, 2010
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • Navi e marinai italiani nella Seconda Guerra Mondiale, Elio Ando & Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 1999
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Sommergibili in guerra, Erminio Bagnasco & Achille Rastelli, Albertelli, 2007
  • Caproni e il mare, Progetti e realizzazioni per Marina ed Esercito di un grande gruppo industriale italiano, Achille Rastelli, Giorgio Apostolo Editore, 2007
  • I sommergibili tascabili della Regia Marina, Alessandro Turrini, Storia Militare n°16, 1995
Pour reproduire ce submersible :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Choroszy Modelbud 1/72 S51 Italian submarine classe CB 2 (1941) -

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Re: Sous-marins de poche classe CB -- capu rossu
Monday, 04 April 2016 18:09
Bonsoir,

Durant la WWI, la Marine Française avait eu des tas de problèmes avec les torpilles de ses tubes carcasses, torpilles immergées sans protection aucune dans l'eau et soumises aux changement de pression dus aux changement d'immersion.
Ces ennuis étaient connus de tous y compris des officiers italiens puisque les commandants de sous-marins de l'escadrille de Brindisi en parlaient. Je ne comprends pas que les ingénieurs italiens n'aient pas tenu compte du problème et mis en place des vrais tubes étanches, le gain en efficacité aurait compensé sans aucun doute l’accroissement peu important du déplacement.

@+
Alain
Re: Sous-marins de poche classe CB -- alexderome
Monday, 04 April 2016 11:10
Merci Aymeric pour porter un nouvel éclairage sur ces petits s/m de poche. En effet, je m'étais osé la question si outre en mer Noire, d'autres missions avaient été menées contre Alexandrie ou Gibraltar. Étonnant que la RM n'y ait pas songé ou alors à Salerne (mais l'Italie avait capitulé) ou à Anzio par une action de la Decima Mas.

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