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Opérations»Front occidental»10 juin 1940 - L'Italie entre en guerre
dimanche, 08 juillet 2012 15:53

10 juin 1940 - L'Italie entre en guerre

Ecrit par 
Alpini avançant sous le feu français. Alpini avançant sous le feu français.
"Attaquer la France par les Alpes serait prétendre vouloir tenir un fusil par la baïonnette." Karl von Clausewitz, De la guerre

NB : Cet article est rédigé du «côté italien», les noms des localités sont en italien avec entre parenthèses l'équivalent français. Ainsi le col della Maddalena est (col de Larche), de même que l'heure est celle italienne (+1h avec la France).

Le 10 juin 1940, à 18h00, Benito Mussolini, en grand uniforme noir de la MVSN, apparaît au balcon de la Piazza Venezia pour annoncer à la foule: «...une heure marquée par le destin a sonné dans le ciel de notre Patrie : l'heure des décisions irrévocables. La déclaration de guerre a été signifiée aux ambassadeurs de Grande-Bretagne et de France...»

La foule renvoie en écho «Nizza, Savoia, Corsica, Tunisia...!», revendications irrédentistes qui sont antérieures au fascisme et qui ont entretenues une brouille entre la France et l'Italie depuis la création du royaume en 1860.

 

Les origines de la brouille franco-italienne

Lors des guerres du Risorgimento, la France de Napoléon III apporte son soutien au jeune royaume italien en lutte contre l'Autriche et contribue aux victoires de Magenta et Solferino. La question des États Pontificaux et de Rome engendre une discorde entre les sœurs latines débouchant sur la bataille de Mentana (3 novembre 1867), où l'armée de Giuseppe Garibaldi est battue et un général français a cette phrase malheureuse: «les Chassepots ont fait merveille à Mentana» (général de Polhès) mal perçue par les Italiens. La cession du comté de Nice et de la Savoie (accords de Plombières 1858) en échange de l'aide française est remise en cause par Mazzini et l'amertume italienne s'aggrave lorsque ses visées sur la Tunisie sont contrecarrées par la France (traité du Bardo en 1881). Le nationalisme italien revêt un caractère anti-français tandis que de l'autre côté des Alpes de violentes manifestations italophobes comme durant les «Vêpres marseillaises» en 1882 ou à Aigues-Mortes en 1893 sont accompagnées du lynchage de plusieurs dizaines d'Italiens.

Affiche de propagande italienne déclarant : "Bizerte aux mains des Français est un pistolet pointé sur la Sicile".

Cette déception amène le pays à s’aligner avec l’Allemagne et plus tard avec l’ennemi héréditaire autrichien pour former la Triple Alliance en 1882. Néanmoins, cette alliance contre nature ne résiste pas aux promesses faites par l’Entente pour que l’Italie, en échange de sa participation à la Première Guerre Mondiale, puisse récupérer des terres irrédentes : le Trentin, l’Istrie, Trieste, la Dalmatie... Ces promesses de compensation sont confirmées par le pacte de Londres du 26 avril 1915 suivies des accords de Saint-Jean de Maurienne (1917). Mais, le conflit terminé, toutes les revendications territoriales italiennes ne sont pas acceptées par les Alliés au nom du principe wilsonnien du droit des peuples à s’administrer. Gabriele d’Annunzio, l’écrivain-condottiere invente la notion de «victoire mutilée» et, pour beaucoup, la France refuse d’admettre à leur juste valeur les énormes sacrifices consentis. La franche italophobie du quai d’Orsay, entretenue par Philippe Berthelot puis par Alexis Leger, le futur Saint-John Perse, envenime les relations entre les deux pays. Il faut attendre la venue de Pierre Laval alors président du Conseil, en janvier 1935 puis les accords de Stresa le 15 avril de la même année pour voir un apaisement des tensions entre les deux pays. Mais le déclenchement de la guerre d’Éthiopie (1935) suivi de sanctions économiques votées par la S.D.N., la guerre d'Espagne (1936) et la venue du Front Populaire provoquent une détérioration des relations diplomatiques avec le rappel de Charles de Chambrun, l'ambassadeur de France à Rome. Dans son livre Les illusions de Stresa, l'Italie abandonnée à Hitler, l'ambassadeur Léon Noël note «...notre corps diplomatique n'avait que haine et mépris pour l'Italie. »

En prévision d'une éventuelle action offensive de la France, la construction d'une ligne fortifiée appelée Vallo Alpino del Littorio débute en 1931 afin de protéger les 1850 km de frontière dont 487 km avec la France. C'est une ligne de défense discontinue, certains ouvrages sont intégrés dans la montagne, mais le coût élevé et le manque d'acier ne permettent pas d'en faire l'équivalent de la ligne Maginot. L'armement défensif consiste en canons de 47/32 modèle 1935 ou 75/27 modèle 1906. Les troupes chargées d'occuper le Vallo Alpino et d'en assurer la défense sont les Guardie alla Frontiera (GaF), corps constitué le 28 avril 1937.

Carte postale du II settore GaF. Carte postale de l'VIII settore GaF. Ancienne borne frontière au pas de la Beccia, au-dessus du col du Mont-Cenis.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

Le plan P.R. 12 (Piano Radunata 12 ou plan de déploiement 12) adopté par l'état-major en 1938 et mise à jour en 1940 prévoit un déploiement défensif le long de l'arc alpin. De son côté,le général Gamelin demande au général Billote la préparation d'un plan offensif sur les Alpes.

De la non-belligérance à l'entrée en guerre

Mussolini était revenu la conférence de Munich convaincu d'avoir joué un rôle prépondérant durant les négociations et d'avoir eu l'ascendant sur Hitler. Sollicité par Chamberlain, il avait joué le médiateur, sa connaissance de l'allemand et du français faisait de lui l'interprète auprès du Führer. Lors de la crise de Dantzig en juillet 1939, l'ambassadeur de Grande-Bretagne en Italie sir Percy Lorraine lui demande d'arbitrer à nouveau auprès d'Hitler. Ciano se rend à Salszbourg pour s'entretenir avec Ribbentrop. Les entretiens sont orageux, il se rend compte que les Allemands ne respecteront pas les accords du Pacte d'Acier (22 mai 1939) et qu'ils ne consulteront pas l'allié italien pour entrer en guerre. Ciano est reçu par Hitler et lui annonce que l'Italie ne sera pas prête avant 1942. Connaissant l'état de l'armée italienne, Mussolini doit gagner du temps et pour ne pas perdre la face, utilise un expédiant : il envoie à Hitler une longue liste de matières premières nécessaires à l'effort de guerre. Même avec la meilleur des volontés, il n'y aurait pas assez de trains pour les faire acheminer d'Allemagne.

Le Duce propose à Hitler une conférence à San Remo pour le 31 août 1939, mais celui-ci ne veut rien entendre : l'Europe se dirige vers la guerre. Après une réunions avec les hiérarques du régime Ciano, Grandi et Bottai, une option équivoque est choisie : la non-belligérance, l'Italie n'entreprendra pas d'opérations militaires. Mussolini ronge son frein mais il est conscient de l'impréparation du Regio Esercito et que les guerres d’Éthiopie et d'Espagne ont vidé les arsenaux.

Le 18 mars 1940, au Brenner, Mussolini rencontre Hitler pour la première fois depuis le début du conflit. Après son inévitable monologue, le Führer reproche à l'Italie de continuer la vente d'armes avec la France. Les événements semblent lui donner raison, les armées allemandes sont invincibles, confortant Mussolini dans l'idée que la guerre sera de courte durée et que l'Italie ne peut plus rester en dehors du conflit. Sa crainte est de voir l'Allemagne gagner seule la guerre. Il déclare à Ciano que l'Angleterre sera inexorablement battue et au maréchal Badoglio : « j'ai besoin seulement de quelques milliers de morts pour m’asseoir à la table de la paix en tant que belligérant.» Le 30 mai, Mussolini communique à Hitler la date d'entrée en guerre : le 5 juin, repoussée au 10 juin.

Le 10 juin, à 16h30, l'ambassadeur de France à Rome André François-Poncet est convoqué au Palazzo Chigi, le ministères des affaires étrangères où il est reçu par Ciano, en grande tenue d'aviateur. Il lui annonce sans surprise la déclaration de guerre. L'ambassadeur lui rétorque : « Vous avez attendu de nous voir à genoux pour nous poignarder dans le dos, si j'étais vous, je n'en serais pas si fier ».

Dans son journal, Ciano note à la fin de la journée du 10 juin : «...Je suis triste, très triste. L'aventure commence. Que Dieu vienne en aide à l'Italie. »

La une de la Stampa le 11 juin 1940 : "Le Duce a parlé - Déclaration de guerre à l'Angleterre et à la France". L'hebdomadaire La Domenica del Corriere annonce l'entrée en guerre de l'Italie le 16 juin 1940.

Les opérations

Le front s'étale sur environ 470 km, du Mont-Blanc à la Méditerranée. C'est un front montagneux, les unités italiennes vont devoir franchir des zones de combat de plus de 3000 mètres. Le Gruppo Armate Ovest commandé par le prince du Piémont Umberto di Savoia, héritier du trône, est aligné contre la France. Il est composé de deux armées : la 4a Armata du général Guzzoni et la 1a Armata du général Pintor, une force de 300 000 hommes de troupe et 12 500 officiers. La 7a Armata constitue la réserve (42 000 hommes).

Le prince Umberto di Savoia, apprend la déclaration de guerre à la radio le 10 juin 1940, confirmée par téléphone par le général Graziani, chef d'état-major du Regio Esercito. Ordre est donné de rester sur la défensive, de n'entreprendre aucune action au-delà de la frontière. Étrange situation pour un pays agresseur, que le général Pintor, commandant de la 1a Armata, définit en «guerre sans hostilités».

Cependant, le premier bulletin de guerre italien ne concerne pas le front des Alpes mais un raid aérien effectué sur Malte.

Situation du Gruppo Armate Ovest le 21 juin 1940.
(crédits : USSME)

Les premiers jours de guerre : du 10 au 20 juin 1940

Dès les premières heures, à l'instar de ce qu'il se passe du côté français, les villages frontaliers sont évacués : la Thuile, Courmayeur, ou Morgex en Val d'Aoste et aussi dans le Val de Susa et au Mont-Cenis.

Dans la nuit du 11 au 12 juin, un squadron de bombardiers Armstrong-Withworth Whitley, parti de Londres, bombarde les centres industriels de Turin (FIAT) et Gênes (Ansaldo). La Regia Aeronautica riposte en faisant bombarder par les Savoia-Marchetti S.79 le port de Toulon, Bastia et Bizerte en Tunisie.

Au col de la Maddalena (col de Larche), une SES d'une quarantaine d'hommes s'accroche avec une patrouille italienne, des renforts viennent débloquer la situation. Le sottotenente Beppino Nasetta est le premier mort au champ d'honneur, la Medaglia d'Argento al Valore Militare lui est conféré à titre posthume.

A l'aube du 13 juin, une SES entreprend l'occupation du col de la Galise mais est repoussée par le bataillon alpin Intra du Raggruppamento Levanna. La 2e SES du 97e RIA, commandée par le capitaine Albouy, tente de s'en prendre à un avant-poste au sommet du Grand Cocor mais est repoussée rudement par les Alpini du bataillon Intra. Luigi Rossetti est le premier alpino mort au combat.

Le 14 juin, un coup de main des SES permet l'occupation du col de la Galise et de la côte 2760 au nord du col de la Seigne. De leur côté, les Italiens prennent pied au col des Aiguilles, au Mont Aimé et au Mont Agu.

Ce 14 juin est le jour du bombardement du port de Gênes (opération Vado) et des installations portuaires de Vado Ligure par la la 3e escadre de Toulon, divisée en deux groupes. Seul le contre-torpilleur Calatafimi présent au large de la Ligurie tente d'attaquer la puissante armada en lançant des torpilles. Les batteries côtières ouvrent le feu, endommageant le contre-torpilleur Albatros. La présence de la 13a fl. MAS dissuade l'escadre de continuer ses opérations et retourne à Toulon.

Entre le 15 et le 20 juin, l'activité militaire est réduite alors qu'en France les événements politiques se précipitent. Le 17 juin, le maréchal Pétain annonce à la radio «...C'est le cœur serré que je vous dit aujourd'hui qu'il faut cesser la combat...» Mais si les Italiens comptent sur un effondrement moral de l'armée française, pour l'Armée des Alpes et le général Olry il n'est pas question de déposer les armes. L'état-major du GAO entreprend de passer à l'offensive du côté du Mont-Cenis lorsque Superesercito retransmet l'ordre suivant : «Les hostilités avec la France sont suspendues dès réception de cet ordre.»

Le 17 juin 1940, la une de Stampa Sera annonce que Pétain demande l'armistice. À ce moment-là, les troupes italiennes sont encore sur la défensive.

Le 18 juin, Mussolini qui s'est rendu à Munich, rencontre Adolf Hitler pour lui faire part d'extravagantes exigences : l'occupation de la Corse et de la Tunisie, l'occupation de la rive gauche du Rhône, la livraison de la flotte française, toutes repoussées par Hitler. Seules les zones conquises seront occupées par l'armée italienne. La seule concession obtenue est que les armistices puissent entrer en vigueur le même jour : le 25 juin.

Le 19 juin, les Allemands pénètrent à Lyon, déclaré ville ouverte. Pour l'Armée des Alpes, une nouvelle menace se profile sur ses arrières. Le groupement Cartier, rassemblé à la hâte, doit empêcher le 16.Panzer-Korps de prendre par revers l'armée des Alpes par la Savoie et de faire la jonction avec les Italiens.

Le 20 juin, Mussolini ordonne de passer à l'offensive générale sur tout le front, sur trois axes majeurs :

  • par le Petit Saint-Bernard (opération B), le Mont-Cenis et aux ailes (col de la Seigne et de la Galise) ;
  • par le col de la Maddalena (col de Larche) : opération M ;
  • et le long de la Riviera : opération R.

Passer d'une position défensive à une offensive est très compliqué, mais le temps joue contre Mussolini, il déclare au maréchal Badoglio : « Je ne veux pas subir la honte que les Allemands occupent le pays niçois puis nous le remette. », l'armée doit immédiatement attaquer. Le général Pintor, commandant la 1a Armata obtient un délai de 24 heures.

La bataille de 4 jours : du 21 au 24 juin 1940

L'illustration de La Domenica del Corriere du 30 juin 1940 résume bien les difficultés rencontrées par les troupes italiennes face à la ligne Maginot des Alpes.
Le plan B (4a Armata - Generale d'Armata Guzzoni)
Les opérations du II Corpo Alpino (Tarantaise, Maurienne)

Le II Corpo Alpino du général Luigi Negri occupe l'aile droite du dispositif de la 4a Armata. Au nord, au col de la Seigne, la division alpine Tridentina lance les bataillons Edolo, Tirano et Morbegno sur les pentes du Glacier des Glaciers en direction de Chapieux.

Le bataillon Edolo a réussi à transporter un obusier de 75/13 en pièces détachées afin de tirer sur les postes-avancés, Ville des Glaciers est occupée. Le poste avancé de Bellaval est pris par la 52a cp. de l'Edolo. Curzio Malaparte raconte la mort héroïque du sous-lieutenant de Gastex dans le Soleil est aveugle :

« ...tout-à-coup l'officier français soulève lentement son fusil-mitrailleur, et Pasini le regarde comme s'il ne savait quoi faire -l'officier français soulève lentement le fusil-mitrailleur et tire- et deux hommes derrière Pasini tombent la face dans l'herbe et Pasini marche à sa rencontre lentement, très lentement, le regardant fixement et enfin un alpin derrière Pasini lève son mousqueton et fait feu... alors l'officier français plie sur les genoux et tire et tombe face dans l'herbe. Il s'appelait Jean de Gastex. »

L'ouvrage de Seloge stoppe la progression des Alpini.

Le bataillon alpin Duca degli Abruzzi qui a pour mission d'atteindre le Beaufortin par le Cormet de Roseland effectue une approche nocturne le 22 juin au col d'Enclave, exploit plus sportif que militaire mais est stoppé par les tirs de l'artillerie des batteries du Cormet de Roseland et du plan de la Laie.

Le col du Mont est pris par les bataillons alpins Val Cordevole et Ivrea atteignant les rives de l'Isère, dépassant la Motte, arrivent à Sainte-Foy, au prix de combats livrés au corps-à-corps.

Au Petit-Saint-Bernard, zone d'opération de la division alpine Taurinense, le 22 juin, après un tir d'artillerie et un bombardement aérien effectué par des Fiat BR.20 qui se révèle peu efficace, le bataillon alpin Aosta parvient à 300 m du fort de Traversette (La Redoute Ruinée). Défendu par 47 hommes du 70e Bataillon Alpin de Forteresse, commandés par le sous-lieutenant Dessertaux, le fort reçoit l'appui des batteries du Courbaton, Vulnis et de celles du fort du Truc. Le général Guzzoni croyant la Redoute Ruinée occupée par le bataillon Aosta ordonne à la division motorisée Trieste de se mettre en marche. Les mitrailleuses Hotchkiss du fort entrent en action, bloquant le XXXII btg. motociclisti, avant-garde de la colonne motorisée de la division Trieste. Durant la nuit du 22 au 23 juin, les pontonniers remettent en état le pont de la Marquise, détruit dès le début des hostilités.

Le bataillon Aosta contourne le poste-avancé, coupe les lignes téléphoniques ainsi que le téléphérique de la Redoute Ruinée. Le 23 juin, la division Trieste tente à nouveau de forcer la route, suivie du I btg. du 33° rgt. de la Littorio, équipée de chenillettes L 3/35, mais l'action de l'artillerie et le terrain miné entravent leur progression et les contraignent à faire demi-tour. Cloués à 200 du fort, les Italiens n'iront pas plus loin et c'est bien après l'armistice signé le 25 juin, qu'ils ne prendront possession du fort, le 2 juillet. Les défenseurs quitteront l'ouvrage, invaincus, avec les honneurs des armes rendus par un piquet de la GaF. Le commandement français décide l'évacuation de la Haute-Maurienne jusqu'aux rives de l'Isère laissant seule la Redoute-Ruinée, encerclée.

La division Trieste atteint Seez le 23 juin.

L 3/33 détruit au col du Petit Saint-Bernard. Troupes italiennes entrant dans la Redoute Ruinée le 2 juillet 1940.
Les opérations du I Corpo d'Armata (général Carlo Vecchiarelli) - Secteur du Mont-Cenis

Le 21 juin, après une préparation d'artillerie, une colonne commandée par le major des Alpini Costantino Boccalatte composée du bataillon alpin Susa et du XI btg. CC.NN. s'élance du pic de la Rocciamelone (Rochemelon), à plus de 3000 m, s'engage dans la vallée du Ribon et débouche sur Bessans sans rencontrer de résistance. Les Français les ayant pris pour les leurs, jugeant impossible toute infiltration par ce côté. Le 24, la colonne fait la jonction à Lanslebourg avec une unité du 64° rgt.ftr. (division Cagliari) poussant jusqu’à Termignon.

Au col du Mont-Cenis, l'avancée de la 11a Div.ftr. Brennero est bloquée par les tirs du fort de la Turra et de l'ouvrage des Revets. Le 23, l'ouvrage des Revets repousse de nouveaux assauts, le fort de la Petite Turra commandé par le lieutenant Prudhon, reçoit 2000 projectiles tirés par les batteries Paradisio (6 canons de 149/35) et de la Court.

Le 24 juin, une colonne de L 3/35 débouchant sur le col du Mont-Cenis est stoppée par les champs de mine et doit se replier sous les tirs de l'ouvrage des Revets. Une attaque des Arditi de la GaF, conduite par le sottotenente Guglielmi sur le poste-avancé des Arcellins (alt. 1985 m à 2280 m) connaît un meilleur sort : les défenseurs (un sergent et trois soldats du 281 RI) doivent hisser le drapeau blanc. Les positions restent figées jusqu'à l'armistice du 25 juin.

Dans le Val d'Ambin, les colonnes de la 59a Div.ftr. Cagliari (colonel Antonio Scuero) sont bloquées par les tirs provenant du Mont-Froid. Au col Sollières, des combats acharnés contraignent les Italiens à retourner sur leurs positions de départ.

Le colonel Roussel, commandant le secteur de la vallée de l'Arc, décide de faire sauter les ponts et de se replier sur la zone fortifiée de Modane. Le 22 juin au soir, le 63° rgt.ftr. de la division Cagliari et le bataillon alpin Val Cenischia atteint Bramans, évacué par les SES du 47e BCA. Le lendemain, sous une pluie battante, ils atteignent le cours de l'Arc, en direction de Modane mais sont arrêtés par les feux des ouvrages de Saint-Gobain, du Replaton et du Sapey.

Au sud de Modane, les deux régiments (91° et 92° rgt.ftr.) de la 1a Div.ftr. Superga sont cloués au sol par le déchaînement de toutes les bouches à feu des ouvrages du Pas du Roc, du Lavoir et du Sapey. Pour la Superga, le bilan des pertes est élevé : 42 morts, 153 blessés et 548 gelés, certains soignés par les Français.

Le bataillon alpin Val Dora, après avoir escaladé le Mont Rond réussit à prendre pied sur les rives de l'Arc, vers Fourneaux.

Les tourelles blindées de la batterie Paradiso. Le lac du Mont-Cenis vu depuis le fort de la Petite Turra. (crédits photo : Aymeric Lopez)
Les opérations du IV Corpo d'Armata (generale di Corpo d'Armata Camillo Mercalli) - Secteurs de Montgenèvreet du Queyras

Dans le secteur de Montgenèvre, la division Sforzesca tente le forcement du col, ainsi que plus au sud, la division Assietta. Les tirs d'interdiction du fort Chenaillet empêche toute progression.

Le fort Chaberton , ouvrage du Vallo Alpino, déclenche le feu de ses huit canons de 145/35 sur Briançon mais la réplique française ne tarde pas. Le 21 juin, la 6e batterie du 154e Régiment d'Artillerie de Position composée de 4 mortiers Schneider de 280 mm, commandée par le lieutenant Miguet, entame des tirs de cadrage et à 17h15. La tourelle n°1 est hors d'état de nuire et à 20h00, et au final, six des huit tourelles ont été mises hors combat.

La batterie du Chaberton après les combats.

Le lendemain, 22 juin, les Fiat BR.20 bombardent sans succès les forts du Briançonnais. La division Sforzesca reprend son attaque, appuyé par l'artillerie, sans plus de succès. Une unité de la GaF avec des carabinieri réussit à entrer dans Montgenèvre.

Le 23 juin, le fort des Trois-Têtes doit être évacué. De son côté, le 30° rgt.ftr. de la division Assietta s'empare du fort de Chenaillet grâce à l'appui de vieux obusiers Skoda de 100/17 et des deux tourelles restantes du Chaberton. Le fort de Janus résiste encore, repoussant toutes les velléités italiennes.

Le lendemain, les opérations sont suspendues en raison des mauvaises conditions climatiques. Les combats ne reprendront pas, l'armistice entrant en vigueur le 25 juin à 0h30, heure française.

Dans le Queyras, secteur du rgpt. Germanasca Pellice, la progression du bataillon Pinerolo, après s'être emparé de Ristolas, est stoppée dans le secteur d'Abriès par les tirs d'arrêts de l'artillerie de Château-Queyras.

Le plan M (II Corpo d'Armata - général Francesco Bertini)

La zone d'opération du II Corpo d'Armata est le col de la Maddalena (col de Larche), dont le forcement est la mission des divisions Acqui et Forli. Les sentiers muletiers rendus boueux par les pluies torrentielles ne permettent pas aux fantassins italiens d'avancer et ils ne sont pas suffisamment équipés pour affronter les températures extrêmes. Le brouillard empêche l'artillerie d'ajuster ses tirs et l'aviation est clouée au sol. La division Acqui parvient à atteindre Larche aux prix d'efforts immenses et doit être retirée, remplacée par la division Pistoia.

La division Acqui au col de Larche après l'armistice.

La division Forli bute sur le fort de Viraysse (2772 m), mais des éléments réussissent à prendre pied sur la terrasse de l'ouvrage sans pouvoir s'en emparer. L'annonce de l'armistice met fin aux combats.

Dans le secteur du III Corpo d'Armata, la division Ravenna s'empare du village de Fontan le 22 juin.

L'opération R (XV Corpo d'Armata - général Gastone Gambara)

Le XV Corpo d'Armata est chargé de mener l'opération R (pour Riviera). Dans la nuit du 3 au 4 juin, Menton est vidée de ses habitants (opération Exécutez Mandrin), relogés dans les Pyrénées-Orientales.

Le 22 juin, la division Cosseria franchit la frontière le long de la Corniche sans pouvoir parvenir à dépasser l'ouvrage du Pont Saint-Louis (1 officier : s/lieutenant Charles Gros, 1 sergent et 7 hommes), barrée par les tirs des batteries du Cap Martin. Un bataillon de la Cosseria contourne l'ouvrage et parvient à atteindre les faubourgs de Menton. Le 23 juin, les avant-gardes ont atteint le torrent Gorbio. L'ouvrage du Pont Saint-Louis entrave la progression.

Une opération de débarquement est envisagée mais le manque d’embarcations et les conditions atmosphériques rendent caduques toute tentative, la pleine lune ne favorisant pas une action nocturne.

Le train blindé n°2 de la Regia Marina caché dans le tunnel du Capo Mortola est repéré par l'artillerie et mis hors d'état de nuire par les batteries du Mont Agel.

Le 4e régiment de Tirailleurs Sénégalais, engagé sur Menton n'aura pas le temps de se mêler aux combatsen raison de la cessations des hostilités à 01h30 le 25 juin.

Menton, la ville des citrons, est gravement endommagée : 2600 habitations ont été détruites.

Brancardiers italiens récupérant les blessés dans les rues de Menton.

Au Nord, la division Modena atteint le mont Razet mais les tirs des ouvrages du Mont Saint-Ours et du Mont Agel empêchent toute avancée, les Français se permettent le luxe de lancer des contre-attaques.

L'armistice du 25 juin 1940

Hitler, le vainqueur, consent à Mussolini, le non-vainqueur, que les deux armistices entrent en vigueur le même jour le 25 juin. La délégation française, conduite par le général Huntziger et l'ambassadeur Léon Nöel, est la même qui a déjà signée à Rethondes l'armistice franco-allemand le 22 juin. Elle arrive à Rome dans des Junker Ju-52 le 23 juin et est reçue à la Villa Incisa all'Olgiata. Le lendemain, l'accord est signé. Les plénipotentiaires français sont soulagés de voir que les conditions sont finalement assez modestes : une bande de terre de 840 km2 avec 20 000 habitants, le long de la frontière. Le général Huntziger, ayant reçu l'aval de son gouvernement réfugié à Bordeaux déclare au maréchal Badoglio : « Vous êtes un vrai soldat, Badoglio, et pas seulement un Maréchal.» A 19h30, l'armistice est signé et entre en vigueur le lendemain à 01h30. Pour Badoglio, c'est aussi un soulagement et s'adressant à Huntziger : «Voilà, c'est firmé (sic), comme çà il y aura moins de morts», mais à ce moment-là, il tombe plus d'Italiens que de Français.

Le maréchal Badoglio lit les conditions d'armistice aux plénipotentiaires français à Villa Incisa le 24 juin 1940. La une de La Domenica del Corriere en date du 7 juillet 1940 montre Mussolini inspectant les quelques portions de territoire prises aux Français.

Le bilan est très lourd, pour une campagne de 15 jours : 642 morts, 2631 blessés, 2151 gelés, 516 disparus probablement dans les crevasses.

Le froid extrême a provoqué plus de pertes que les combats, mettant en évidence le sous-équipement du Regio Esercito. Le blocus depuis la guerre d’Éthiopie a forcé l'Italie à vivre en autarcie. Les tenues en lanital, matière qui remplace la laine, n'étaient pas adaptées aux rigueurs du froid.

L'artillerie, obsolète, était trop à l'arrière pour soutenir l'infanterie et venir à bout des fortifications. Les chars légers L 3/35, incapables de franchir les barbelés, à la merci des canons adverses furent bloqués par les champs de mines. Le froid a endommagé les radios, empêchant la coordination des manœuvres.

Quant à l'aviation, les conditions climatiques ne lui permirent pas d'effectuer efficacement des bombardements sur des objectifs militaires. Pour terminer, les mitraillages de convois civils sur les routes de l'exode, par des avions italiens aux cocardes tricolores est une légende tenace, le signe distinctif étant un cercle blanc comportant trois faisceaux de licteurs. Il n'a été retrouvé aucune trace de douilles ou fragments de bombes. L'état-major de l'aviation italienne ne mentionne pas ce genre d'opération, le faible rayon d'action opérationnel ne le permettait pas.

Quelques mois plus tard, l'Italie attaquera la Grèce, au début de l'hiver dans l'Epire, sans avoir retenu les leçons de la campagne des Alpes.

Ordre de bataille italien au 10 juin du Gruppo Armate Ovest
Commandant : Le prince du Piémont Umberto di Savoia
Chef d'état-major : général Emilio Battisti
4a Armata : général Alfredo Guzzoni
Secteur : Mont-Blanc au Monte Granero
Corpo d'Armata Alpino (Général Luigi Negri) 1a Div. Alpina Taurinense : 4° rgt. alpino (btg. Aosta, Val Baltea, Val d'Orco), 4° gr. alpino, btg. alpino Duca degli Abruzzi
rgpt. alpino Levanna (btg. Intra, Val Brenta, Val Cismon)
3° rgt. alpino (btg. Fenestrelle, Pinerolo, Val Chisone, Val Pellice)
en réserve : 2a Div. Alpina Tridentina - 5° rgt. alpino (btg. Edolo, Tirano et Morbegno), 6° rgt. alpino (btg. Val Vestone, Verona)
I Corpo d'Armata (gén. Carlo Vecchiarelli) 1a Div.ftr.mont. Superga (91° et 92° rgt.ftr., 5° rgt.art., XVIII btg. CC.NN.)
59a Div.ftr.mont. Cagliari (63°et 64° rgt.ftr., 59°rgt.art., XXVIII btg. CC.NN.)
11a Div.ftr. Brennero (231° et 232° rgt.ftr., XL btg. CC.NN.)
IV Corpo d'Armata (général Camillo Mercalli) 26a Div.ftr.mont. Assietta (29° et 30° rgt.ftr., 25° rgt.art., XVII btg. CC.NN.)
2a Div.ftr.mont. Sforzesca (53° et 54° rgt.ftr., 17° rgt.art., XXX btg. CC.NN.)
Réserve d'armée 58a Div.ftr. Legnano (67° et 68° rgt.ftr., 58° rgt.art., XXVI btg. CC.NN.)
1a Armata : général Pintor
Secteur : Monte Granero à la mer
II Corpo d'Armata (général Francesco Bertini) 36a Div. ftr.mont. Forli (43° et 44° rgt.ftr., 36° rgt.art., LXXX bat. CC.NN.)
33a Div.ftr.mont. Acqui (17° et 18° rgt.ftr., 33° rgt.art., 23a legione CC.NN.)
4a Div.ftr. Livorno (33° et 34° rgt.ftr., 28° rgt.art., XCV btg.. CC.NN.)
III Corpo d'Armata (général Mario Arisio) 3a Div.ftr. Ravenna (37° et 38° rgt.ftr., 11° rgt.ftr., V btg. CC.NN.)
6a Div.ftr. Cuneo ( et 8° rgt.ftr., 27° rgt.art., XXIV btg. CC.NN.)
1° rgpt. alpini (btg. Val Ellero, Val Arroscia, Val d'Adige)
XV Corpo d'Armata (général Castone Gambara) 5a Div.ftr. Cosseria (89° et 90° rgt.ftr., 37° rgt.art., LXXXVI btg. CC.NN.)
37a Div.ftr. mont. Modena (41° et 42° rgt.ftr., 29° rgt.art., XXXVI btg. CC.NN.)
44a Div.ftr. Cremona (21° et 22° rgt.ftr., 7° rgt.art., XC btg. CC.NN.)
2° rgpt. alpini (Val Chiese, Val Camonica, Valtellina, Val d'Intelvi)
Sources :
  • Le operazione del giugno 1940 sulle Alpi occidentali, Vincenzo Gallinari, USSME,1994
  • A Palazzo Farnese, Memorie di un Ambascitore a Roma 1938-1940, André François-Poncet, préface de Maurizio Serra, Le Lettere
  • Dalla non belligerenza all'intervento, Vicinio Araldi, Capelli editore
  • Battaglie di confine della Seconda Guerra Mondiale, Mauro Minola, Susalibri, 2010
  • Le Soleil est aveugle, Curzio Malaparte, Le Livre de Poche
  • L'Italie en chemise noire, Enzo et Laurent Berrafato, éditions L'Homme Libre
  • Diaro, Galeazzo Ciano
  • Ciano, un aristocrate face à Hitler et Mussolini, Michel Ostenc
  • La Campagne italienne de juin 1940 dans les Alpes Occidentales, Giorgio Rochat, RHA
Lu 2832 fois Dernière modification le dimanche, 08 juillet 2012 16:06

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Bataille des Alpes - juin 1940