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Opérations»Guerre d'Espagne»Des Italiens en terre ibérique - Acte 1 : Une entrée en scène progressive
lundi, 18 avril 2016 21:26

Des Italiens en terre ibérique - Acte 1 : Une entrée en scène progressive

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L'un des 12 premiers Fiat CR.32 de l'Aviación del Tercio débarqué du Nereide à Melilla le 14 août 1936. L'un des 12 premiers Fiat CR.32 de l'Aviación del Tercio débarqué du Nereide à Melilla le 14 août 1936. Famille Dequal

Dans les premiers mois de la guerre civile et jusqu'à la bataille de Madrid, l'avancée des forces nationalistes peut laisser croire à une conclusion rapide du conflit. L'Italie cherche à apporter un soutien décisif aux insurgés en envoyant du matériel et des hommes en nombre croissant, quoiqu'encore limité, à la fois soucieuse de ne pas rester à la traîne de l'Allemagne et de contrecarrer les aides françaises aux républicains pour gagner en influence en Méditerranée occidentale.

Les nationalistes prennent l'initiative

Au lendemain de l'insurrection, la première urgence pour les nationalistes est le transfert de l'ensemble des troupes du Maroc vers la métropole. Le 5 août, 2500 hommes et une batterie de canons de 105 mm peuvent traverser le détroit de Gibraltar sous la protection des canonnières Dato et Uad Quert et des S.81 italiens qui mettent en fuite le contre-torpilleur républicain Lepanto.

Cavaliers marocains du Tercio à Melilla se préparant à la travesée du détroit de Gibraltar. Le torpilleur républicain Lepanto à Port Mahon en 1935.

L'arrivée des troupes du Maroc en Andalousie permet la conquête de Mérida le 8 août et de Badajoz entre le 13 et le 14, assurant la jonction avec les troupes nationalistes du Nord et le contrôle de l'essentiel de la frontière portugaise. Des succès importants sont également remportés par les nationalistes en Andalousie, notamment la prise de Huelva et de ses mines et la liaison avec la ville de Grenade. Au Pays-Basque aussi, les insurgés sont à l'offensive : le 4 septembre, les forces de Mola prennent Irún, à la frontière française, avant de s'emparer de Saint-Sébastien le 15 septembre.

Miliciens retranchés derrière une barricade à Saint-Sébastien en juillet 1936. Troupes nationalistes défilant à Irún après la prise de la ville le 5 septembre 1936. Miliciens remettant leurs armes à des gendarmes français pour passer la frontière à Irún entre les 4 et 5 septembre 1936.

Après la jonction entre les forces nationalistes du Nord et du Sud, l'offensive vers Madrid peut débuter. Le 3 septembre, les 5000 hommes du teniente coronel Yagüe prennent Talavera de la Reina, dans la vallée du Tage, nœud d'importance stratégique dans la marche vers la capitale. Dès le lendemain, suite à la démission de Giral, un nouveau gouvernement républicain est formé : Largo Caballero devient président du conseil et ministre de la guerre, tandis qu'Indalecio Prieto récupère les porte-feuilles de la marine et de l'aviation. Pour la première fois, des communistes font leur entrée au gouvernement. L'urgence pour le nouveau cabinet est de préparer la défense de Madrid. Le 7 septembre, les républicains contre-attaquent pour tenter de reprendre Talavera, sans succès.

Le 27 septembre, la levée du siège de l'alcázar de Tolède, où José Moscardó Ituarte résiste depuis le 22 juillet avec 1000 hommes, par les regulares du general José Enrique Varela a un énorme retentissement. Prenant en contrepartie quelques jours de retard sur leur plan de marche, les nationalistes butent sur leur objectif principal, Madrid, cible tant stratégique que politique fermement tenue par les républicains, malgré le départ du gouvernement Caballero pour Valence le 7 novembre.

Cavalerie nationaliste progressant en direction de Madrid à l'automne 1936. Soldats nationalistes dans les ruines de l'alcázar de Tolède le 27 septembre 1936. Le general Franco accompagné du general Varela à sa droite et du coronel José Moscardó à sa gauche dans les ruines de Tolède en octobre 1936.

Le 29 septembre 1936, la victoire navale des nationalistes dans le détroit de Gibraltar, obtenue grâce à l'entrée en service des croiseurs Canarias et Almirante Cervera aux dépends des contre-torpilleurs Gravina et Almirante Ferrándiz, permet de faciliter grandement le transfert des unités du Maroc et constitue un tournant dans le rapport de force entre les marines des deux camps.

Implications de l'intervention italienne sur le plan intérieur et international

La décision de Mussolini d'aider les insurgés espagnols est avant tout dictée par la rivalité avec la France, la jalousie envers l'Allemagne, le prestige national et personnel. Les aspects stratégiques et économiques n'arrivent qu'en second plan, même si le Duce est bien conscient des avantages que pourrait lui apporter la victoire des nationalistes et des des dangers que représenterait une Espagne dirigé par un gouvernement de Front Populaire.

L'Italie sort alors victorieuse de la guerre d'Éthiopie et Mussolini se persuade que l'aventure espagnole sera brève et peu coûteuse par rapport aux avantages stratégiques dont il pourrait bénéficier avec l’instauration d'un régime ami dans la péninsule ibérique. Malgré la victoire, la guerre coloniale a englouti des ressources importantes et contraint à repousser les programmes de modernisation des forces armées. Dans ce contexte plutôt défavorable, Mussolini ne prend pas le peine de consulter ou d'informer son chef d'état-major général, le maréchal Pietro Badoglio, de sa décision d'intervenir en Espagne. Plus que les questions de budget, le SMRE craint une dégradation des relations avec la France et l'Angleterre, au moment où les rapports de l'Italie avec la SdN commencent à s'améliorer.

Le général Federico Baistrocchi, sous-secrétaire d'état à la guerre et chef d'état-major de l'Esercito, unique haut gradé à faire part ouvertement de ses réserves vis à vis de la politique d'intervention en Espagne, est démis de ses fonctions le 7 octobre 1936 et remplacé par le général Alberto Pariani. Si ce dernier n'est au départ pas plus convaincu que son prédécesseur du bien fondé de l'entreprise, ses bons rapports avec le ministre des affaires étrangères Galeazzo Ciano permettent de le rallier à la position de Mussolini.

Le 4 septembre 1936 est créée la section « S » au sein du SIM dans le but de gérer tous les aspects relatifs à l'intervention italienne en Espagne. Devant les réticences des états-majors de l'aviation et de la marine, Mussolini confie la coordination des opérations au ministère des affaires étrangères. Or, Ciano n'ayant aucune compétence dans le domaine militaire, il s'appuie sur le général Mario Roatta, chef du SIM. Ce dernier assure le lien avec le SMRE, le tenant informé de toutes les décisions et lui demandant conseils et avis.

L'initiative d'un rapprochement italo-allemand sur l'intervention en Espagne est prise par Berlin qui envoie à Rome l'amiral Wilhelm Canaris pour rencontrer Roatta le 4 août. Cependant, il faut attendre le 26 août pour qu'un accord soit signé entre les deux parties. Il prévoit l'envoi de deux missions de conseillers militaires, l'une italienne baptisée MMIS et l'autre allemande, auprès des nationalistes. Lors de la réunion du 28 août entre Roatta et Canaris, l'Italie et l'Allemagne s'engagent formellement à renoncer à toute compensation territoriale en échange de leur aide aux nationalistes.

La rencontre entre Ciano et Hitler à Berchtesgaden le 24 octobre 1936 conduit à l'augmentation de l'aide apportée par les deux pays à Franco. C'est aussi l'occasion pour le dirigeant allemand de proposer une alliance idéologique avec Rome. Cependant, Mussolini veut continuer à jouer sur deux tableaux : d'un côté, il ne veut pas se faire doubler par l'Allemagne vis à vis de l'influence que l'Italie souhaite exercer en Espagne, de l'autre, il souhaite que l'Angleterre reconnaissance l'empire italien en Éthiopie.

Le 18 novembre 1936, l'Italie et l'Allemagne reconnaissent le Gobierno del Estado Español, avec à sa tête le général Franco, comme seul et unique gouvernement légitime en Espagne.

L'activité de la Missione Militare Italiana in Spagna

Arrivées en Espagne, les deux missions militaires commandées par Roatta et Warlimont rencontrent successivement Queipo de Llano à Séville et Franco à Càceres. Leur activité commence le 6 septembre. Le 5 octobre, la MMIS suit le quartier général de Franco dans son transfert à Salamanque. Les communications de la MMIS transitent par Tanger avant d'être transmises au SIM, qui lui-même les relaie au ministère des affaires étrangères et aux différents états-majors concernés. Pour les communications adressées en Italie, Roatta prend le pseudonyme de Colli, et celui de Mancini pour celles échangées en interne de la MMIS ou vers les Espagnols.

Le général Mario Roatta, commandant la MMIS.

Avant même l'arrivée de la MMIS, Franco demande le 3 septembre, via le magg. Luccardi, l'envoi de 24 appareils de chasse. Avec l'activation de la MMIS, les requêtes de Franco se multiplient et concernent la fourniture d'équipements navals pour achever les navires en construction, de vedettes lance-torpilles et de sous-marins. Ne pouvant transférer tous ces matériels sans que les agents d'autres puissances n'en soient informés, Rome décline la livraison de certains d'entre eux le 22 septembre.

Roatta parcourt les différents fronts afin d'informer Rome de la situation militaire dans toute la péninsule, dressant un cadre précis de l'organisation et des tactiques des nationalistes, de leurs faiblesses et points forts, des portraits de leurs chefs et des relations qu'ils entretiennent, des fortes divergences entre phalangistes et monarchistes, et donnant son sentiment sur l'attitude de la population vis-à-vis des insurgés dans les territoires sous leur contrôle. Après un bref passage par le Maroc, Roatta rentre à Rome le 22 septembre pour rendre compte de la situation auprès de Ciano et des différents états-majors. Il se dit confiant sur les possibilités de victoire des nationalistes, du fait de l'infériorité morale et organisationnelle des républicains, et encourage Rome à poursuivre et renforcer son implication auprès des nationalistes.

À son retour en Espagne le 16 octobre, Roatta est convoqué par Franco qui lui apprend qu'une quinzaine de cargos soviétiques chargés d'armes et de munitions a accosté à Carthagène. En conséquence, Franco demande à l'Italie et à l'Allemagne de renforcer leur aide matérielle dans ce qu'il définit comme une « croisade contre le bolchevisme ». La nouvelle donne créée par l'aide massive de l'URSS en faveur des républicains va forcer l'Italie comme l'Allemagne à reconsidérer de manière globale leur politique de soutien aux nationalistes tout en cherchant à faire bonne figure au sein du comité de non intervention...

Naissance de l'Aviación del Tercio

Le cargo Morandi, parti de La Spezia le 27 juillet comme nous l'avons vu dans le précédent article, accoste à Melilla le 3 août à 9h30 avec le matériel nécessaire au soutien du groupe aérien de 9 S.81 arrivés le 30 juillet et restés inactifs faute de carburant. Les trimoteurs peuvent dès lors commencer leur activité de surveillance du détroit de Gibraltar pour faciliter le transit des troupes nationalistes. Pour limiter les protestations internationales, les S.81 sont versés dans une unité ad hoc du Tercio de Extranjeros créée le 31 juillet, commandée par le col. Ruggero Bonomi (alias Francesco Federigi) et baptisée Aviación del Tercio. Si les équipages sont Italiens, ils endossent les uniformes de la légion. Le 4 août, les 8 S.81 opérationnels sont transférés de Nador à Tétouan, siège du QG de Franco, où ils sont accueillis par le general Alfredo Kindelán y Duany, commandant en chef de l'aviation nationaliste. Le jour même, 2 S.81 attaquent le contre-torpilleur Almirante Valdès, le forçant à suspendre le bombardement de Larache. Le 7 août au matin, 3 S.81 mènent leur première mission au-dessus de l'Espagne, bombardant les Breguet XIX républicains stationnés sur le terrain de Guadix dans la Sierra Nevada. Le même jour, le trimoteur du ten. Erasi attaque sans succès le croiseur Libertad dans le détroit de Gibraltar. Le 9 août, 6 S.81 sont redéployés sur le terrain de Séville-Tablada pour appuyer plus efficacement les troupes de Franco. Ils doivent cependant retourner à Tétouan le 12 août car toute la logistique s'y trouve encore.

Le col. Ruggero Bonomi, commandant de l'Aviación del Tercio. S.81 sur le terrain de Nador le 4 août 1936.
(crédits photo : collection E. Leproni)
Mécanicien préparant un Breguet XIX avant sa prochaine mission.
(crédits photo : Archivos Estatales)

Dans la nuit du 7 au 8 août, un second cargo, le Nereide (ex charbonnier espagnol Alicantino), lève l'ancre de La Spezia chargé de 12 CR.32 du XVI Gr.C partiellement démontés, aux ordres du cap. Vincenzo Dequal. Pilotes et mécaniciens, tous volontaires, voyagent sous de fausses identités. Après une escale à Cagliari, le navire accoste à Melilla le 14 août, où le personnel est accueilli par le consul italien. La décision d'envoyer des chasseurs CR.32 aux nationalistes est prise après que les autorités italiennes aient été mises au courant de la livraison de Dewoitine D.372 et Potez 540 par Paris au gouvernement de Madrid, les premiers appareils atterrissant à Prat de Llobregat le 7 août.

Le cap. Vincenzo Dequal, alias Paride Limonesi, portant l'uniforme du Tercio.
(crédits photo : famille Dequal)
Personnel du XVI Gr.C à bord du Nereide à quai à La Spezia le 7 août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Le Nereide à quai à Melilla le 14 août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Légionnaires marocains assistant au débarquement des Fiat CR.32 à Melilla le 14 août 1936.
(crédits photo : Aeronautica Militare)
Soldats républicains et miliciens saluant l'arrivée des premiers Dewoitine 372 sur le terrain de Prat de Llobregat en août 1936. Bombardier Potez 540 à Prat de Llobregat en août 1936.
(crédits photo : collection Patrick Laureau)

Les CR.32, surnommés Chirri (criquets) par les Espagnols, sont remontés sur le terrain de Nador et peints aux couleurs de l'aviation nationaliste : cercles noirs sur les flancs du fuselage (introduits par le général Mola le 27 juillet), croix de Saint-André noire sur le gouvernail (introduite le 8 août par Franco) et des bandes noires sous les ailes. À noter que l'intrados de l'aile supérieure reçoit à l'origine des cocardes tricolores espagnoles (rouge-jaune-indigo), sans doute pour l'identification par les forces navales internationales patrouillant dans le détroit de Gibraltar. Les 12 appareils forment la 1.a escuadrilla de caza del Tercio. Le 17 août, le premier CR.32 remonté effectue un vol d'essai piloté par le s.ten. Ceccherelli. Ce dernier obtient la première victoire aérienne italienne dans la guerre civile espagnole le soir du 21 août aux dépends du Nieuport Ni.52 C1 du capitán Antonio Martin-Luna Lesundi escortant des Potez 540 dans un raid sur Cordoue. Entretemps, l'escadrille commence son transfert en Espagne métropolitaine, sur le terrain de Séville-Tablada, où 3 CR.32 atterrissent le 18 août. Le 21 août, l'Aviación del Tercio dispose de 8 S.81 et de 7 CR.32 à Tablada, tandis qu'un S.81 est en attente d'un moteur de rechange à Melilla et que 5 CR.32 sont en cours d'assemblage à Tétouan. Le 22 août, 2 S.81 bombardent les dépôts de carburant CAMPSA à Malága : l'incendie dure plusieurs jours. Le 24 août, un S.81 est détruit par l'explosion d'une bombe pendant son chargement à bord, tuant 3 armuriers. Le dernier CR.32 de la 1.a escuadrilla arrive à Tablada le 27 août. Le même jour, les Fiat CR.32 affrontent pour la première fois les Dewoitine D.372 au-dessus de Guadix, abattant celui du teniente Antonio de Haro López. L'activité des appareils italiens est incessante, que ce soit pour le soutien au sol des troupes nationalistes, l'attaque de cibles stratégiques en territoire républicain, la recherche de la supériorité aérienne ou l'attaque des navires ennemis. Dans la nuit du 27 au 28 août, le S.81 piloté par Ettore Muti endommage le croiseur Cervantes au mouillage à Malága.

Fiat CR.32 en cours de remontage sur le terrain de Nador en août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Fiat CR.32 tout juste remonté à Nador en août 1936. Remarquez la cocarde peinte sur l'intrados de l'aile supérieure. De gauche à droite : le cap. Dequal, le magg. Boetti, le ten. Monico, le serg. Castellani et, assis, le serg. Patriarca, devant un CR.32 à Tablada mi-août 1936.
Les 3 premiers CR.32 sur le terrain de Tablada le 18 août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Le S.81 détruit par une explosion accidentelle à Tablada le 24 août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)

Le 10 août, le bananier Aniene appareille de La Spezia avec à son bord 9 Fiat CR.32 commandés par le ten. Dante Olivero. Alors que le bananier, ex Ebro fraîchement passé sous pavillon italien, fait escale à Cagliari, les Italiens décident de substituer son équipage espagnol par crainte qu'il ne déroute le navire vers un port républicain. Bloqué une semaine à Cagliari, l'Aniene n'arrive à Vigo, en Galice, que le 27 août avec ses 9 CR.32. Appareils et personnels sont transférés en train à Séville afin d'être déployés sur le terrain de Tablada le 30 août pour former la 2.a escuadrilla de caza del Tercio.

Pilotes et mécaniciens à bord de l'Aniene arrivé à Vigo le 27 août 1936.
(crédits photo : collection Adriano Mantelli)

Ce même 27 août, 3 CR.32 sous le commandement du ten. Monico sont transférés à Cáceres, en Estrémadure. Le 31 août, les CR.32 pilotés par le ten. Monico et le serg. Castellani sont abattus au-dessus d'Oropesa, non loin de Madrid, dans un combat les opposant à 3 Dewoitine D.372, un Hawker Furry et quelques Nieuport Ni.52 de l'escuadrilla España (également baptisée escuadrilla Malraux) basée à Talavera de la Reina. Si Castellani réussit un atterrissage d'urgence dans le no man's land près de Villanueva de la Serena et peut regagner à pied les lignes nationalistes, Monico est capturé par les républicains et fusillé. C'est le premier pilote italien à mourir dans cette guerre. La formation italienne aurait dû être complétée par les 3 CR.32 menés par le cap. Dequal, mais ceux-ci ont été contraints à un atterrissage de fortune vers Portalegre, au Portugal, suite à une erreur de navigation due à une défaillance du compas alors qu'ils étaient en route pour Cáceres. Après cet épisode, Bonomi ordonne de voler en formation de 6 appareils minimum.

Patrouille de 3 CR.32 commandés par le ten. Monico sur le terrain de Cáceres fin août 1936.
(crédits photo : collection Adriano Mantelli)
Nieuport Ni.52 du grupo n.°11 sur le terrain de Getafe (Madrid).
CR.32 du cap. Dequal accidenté suite à un atterrissage d'urgence près de Portalegre, au Portugal, le 31 août 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Les autorités portugaises, alliées de Franco, permettent la récupération du CR.32 de Dequal le 3 septembre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)

Le 9 septembre, pour appuyer les troupes nationalistes défendant Talavera de la Reina, 9 CR.32 de 1.a escuadrilla Dequal et 3 S.81 sont envoyés à Càceres. Le 11 septembre, en l'espace de trois sorties, les CR.32 abattent 7 appareils républicains : un Dewoitine 372, 2 Breguet XIX et 4 Ni.52. Cet épisode serait à l'origine du surnom Cucaracha (cafard en Espagnol) donné au groupe de chasse de Dequal et à l'emblème adopté à partir d'avril 1937 par la chasse italienne en Espagne représentant un cafard coiffé d'un fez rouge et jouant du saxophone d'où sort un avion républicain. Le combat aurait été suivi du sol par des légionnaires marocains qui, enthousiasmés par l'habileté des pilotes italiens, aurait comparé leurs montures à l'agile insecte. Une autre explication tient à la popularité de la chanson révolutionnaire mexicaine en Italie, en particulier grâce au film « Viva Villa ! » présenté au festival de Venise de 1934.

Le 6 septembre, le futur as espagnol Joaquin Garcia Morato Castaño fait son entrée dans l'Aviación del Tercio, imité le 11 par le capitán Ángel Salas Larrazábal et le 15 par le teniente Julio Salvador Díaz Benjumea. Malgré les victoire remportées sur les républicains, dont le niveau de formation des pilotes mercenaires est beaucoup plus disparate, le nombre de chasseur Fiat diminue du fait des pertes au combat, des accidents et des erreurs de navigation. Le 17 septembre, il reste 9 CR.32 à Càceres et 6 à Tablada, dont seulement une petite dizaine opérationnelle.

Fiat CR.32 sur le terrain de Tablada en septembre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Fiat CR.32 à Tablada en septembre 1936. Il porte l'inscription "Monico Presente" sur le fuselage, en mémoire du pilote fusillé par les républicains.
(crédits photo : famille Dequal)
Le s.ten. Adriano Mantelli devant les restes du Breguet XIX qu'il a abattu en Estrémadure en septembre 1936.
(crédits photo : Aeronautica Militare)
Le serg. Guido Presel devant son CR.32 à Tablada en septembre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
CR.32 du serg. Buffali endommagé à l'atterrissage à Càceres le 22 septembre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Le general José Millan Astray, commandant du Tercio, rencontre le col. Bonomi et le cap. Dequal à Càceres le 24 septembre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)

Le 24 septembre, les chasseurs italiens sont redéployés sur le terrain de Prado del Arca (Talavera de la Reina) pour couvrir plus efficacement l'offensive nationaliste visant à lever le siège de l'alcázar de Tolède. Le 25 septembre, les CR.32 abattent 2 Ni.52, un Loire 46, un Breguet XIX et un Potez 540, tandis que l'aviation nationaliste perd un Junkers 52. Le 27 septembre, les Fiat escortent les S.81 partis bombarder les positions d'artillerie républicaines autour de Tolède. Avec la perte de 2 Breguet XIX, un Potez 540 et un Dewoitine 372 entre les 27 et 28 septembre, l'aviation républicaine est contrainte de suspendre presque toute activité pendant deux semaines dans le secteur de Madrid.

Pilotes de la 2.a escuadrilla à Talavera de la Reina fin septembre 1936.
(crédits photo : collection Adriano Mantelli)
Pilotes de la 2.a escuadrilla rechargeant les bandes d'alimentation de leurs chasseurs, faute d'armuriers, sur le terrain de Talavera fin septembre 1936.
(crédits photo : Aeronautica Militare)
Le Potez 540 "Aqui te espero" abattu par le capitán Ángel Salas et le serg.magg. Gianlino Baschirotto le 25 septembre 1936. Le pilote français Victor Veniel à bord d'un Dewoitine 372 de l'escuadrilla España à Madrid-Cuatro Vientos en octobre 1936.
(crédits photo : collection Patrick Laureau)

Cependant, l'attaque des républicains contre Oviedo, dans les Asturies, oblige les nationalistes à retarder la marche sur Madrid. Entre le 16 et le 17 octobre, 3 CR.32 et 3 S.81 sont envoyés dans la province de León. En deux jours, les S.81 détruisent 7 appareils sur le terrain de Guajon et appuient les colonnes nationalistes qui parviennent à lever le siège d'Oviedo le 17 septembre.

Le 12 octobre, le cargo Città di Messina, en provenance de La Spezia, accoste à Cadix où il débarque 12 CR.32. Une fois remontés, les nouveaux chasseurs sont incorporés dans les deux escadrilles existantes puis envoyés en deux vagues de 6 à Talavera de la Reina le 18 et 21 octobre. Le cap. Carlo Albero Maccagno prend formellement le commandement de la 2.a escuadrilla de caza. À la même période, 21 biplans de reconnaissance IMAM Ro.37 arrivent en Espagne : 10 sont débarqués de l'Aniene à Vigo le 30 septembre et 11 à Séville le 20 octobre. Six Ro.37 sont cédés à l'aviation nationaliste, tandis que les autres forment les 1a et 2a sq.OA sous le commandement des cap. Raffaello Colacicchi et Sforza. La 1a sq.OA commence à opérer depuis le terrain de Talavera mi-octobre.

S.81 en vol sur le front de Madrid en octobre 1936.
(crédits photo : collection Ferdinando Pedriali)
S.81 lourdement endommagé à l'atterrissage à Talavera de la Reina le 18 octobre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
Le ten. Ceccherelli posant sur un mulet à Talavera de la Reina en octobre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
CR.32 camouflé au milieu des oliviers à Talavera de la Reina en octobre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
IMAM Ro.37 bis sur le terrain de Tablada en octobre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)
IMAM Ro.37 bis de la 2a sq.OA dans le secteur de Tolède à l'automne 1936.
(crédits photo : collection Ferdinando Pedriali)

Le 21 octobre, le magg. Tarciso Fagnani arrive à Talavera pour remplacer Dequal en tant que commandant des unités de chasse. Le 3 novembre, il ordonne le redéploiement des 14 CR.32 opérationnels sur le terrain de Torrijos, bien plus discret que celui de Talavera, objet de fréquentes attaques aériennes des républicains, dont une menée par 4 bombardiers soviétiques Tupolev SB-2 le 28 octobre dans ce qui est leur première mission en terre ibérique. L'arrivée des appareils russes et de leurs pilotes bien entraînés va changer le rapport de force entre républicains et nationalistes.

Le magg. Fagnani (à gauche) et le col. Bonomi à Tablada en octobre 1936.
(crédits photo : famille Dequal)

Arrivée des premières unités terrestres italiennes

Transportés comme les CR.32 du ten. Dante Olivero à bord du bananier Aniene, les 5 premiers chars L 3 italiens débarquent à Vigo le 27 août 1936. Envoyés à Valladolid avec le personnel d'instruction italien, ils forment un peloton sous les ordres du teniente Julio Tomariz Martel Sabra. Après un mois d'entraînement, ils sont employés sur le front de Guipuscoa, où ils participent entre le 13 et le 15 septembre à l'occupation de Saint-Sébastien avec les troupes du général Mola.

Le 29 septembre, à Vigo, le vapeur Città di Bengasi débarque 10 chars L 3 supplémentaires, dont 3 lance-flammes, 38 canons de 65/17, 15 officiers, 149 sous-officiers et soldats, 4 camions, 4 postes radio et une voiture. Incorporés dans le Tercio, ces forces donnent naissance au rgpt. Italo-Spagnolo sur une compagnie de 15 chars L, 7 batteries de 65/17 sur 4 à 6 pièces chacune, réparties en 2 groupes, 3 sections antichars de 65/17 sur 2 pièces chacune et un peloton radiotélégraphiste.

Les premiers L 3 arrivés en Espagne parcourant la calle Loyola à Saint-Sébastien en septembre 1936. Le vapeur Città di Bengasi qui débarqua le contingent italien à Vigo le 29 septembre 1936.

Le 18 octobre, cette unité mixte est passée en revue par Franco et le général Roatta avant d'être envoyée dans le secteur de Torrijos-Talavera, à l'exception des 7a et 8a btr. qui gagnent la zone d'Ávila.

Durant la marche sur Madrid, les troupes mixtes sont assignées au regroupement de Yagüe, sur l'aile gauche du dispositif de José Enrique Varela. À l'aube du 21 octobre, les I et II gr. de 65/17 participent à la préparation d'artillerie, tirant les premiers obus italiens de la guerre civile. La compagnie de chars L 3 attaque les unités républicaines dans le secteur de Valmojado puis avance sur Navalcarnero, à 30 km au Sud-Ouest de Madrid, où plusieurs centaines de soldats républicains sont faits prisonniers. Le 24 octobre, la colonne de cavalerie du coronel Monasterio Ituarte, soutenue par l'agrupación carros-artilleria (soit la compagnie de L 3 et un groupe de 65/17), prend les villages de Borox et Esquivias, puis Seseña le 25 octobre, coupant la route Madrid-Aranjuez. Le 29 au matin, les républicains contre-attaquent avec le soutien d'une compagnie de 15 blindés soviétiques T-26 commandée par le mayor Paul Matisovitch Arman. Ils réussissent dans un premier temps à pénétrer dans Seseña avant de devoir se replier sous le tir des canons de 65/17 du I gr. Les nationalistes perdent un L 3 tandis que les républicains laissent 3 chars sur le terrain, dont 2 qui sont récupérés la nuit suivante.

Rodolfo Olivieri posant sur son CV 35 à Navalcarnero en octobre 1936. Char T-26 de la compagnie commandée par le mayor Arman lors de l'attaque de Seseña le 29 octobre 1936.

L'avance nationaliste reprend le 31 octobre. L'agrupación carros-artilleria assignée à la colonne Asensio s'empare de Parla. Le 1er novembre, transférée à la colonne Barrón, l'agrupación atteint Fuenlabrada, objet d'une contre-attaque des républicains le 3, repoussée avec le soutien des canons du I gr.

Mouvements des troupes nationalistes sur Madrid durant l'automne 1936.

Les unités mixtes italo-espagnoles participent à la première bataille de Madrid du 7 au 9 novembre puis à la seconde à partir du 15 contre la cité universitaire, dans laquelle la compagnie de L 3 est la première unité nationaliste à pénétrer. Le 26 novembre, la phase de formation des unités mixtes étant considérée achevée, le personnel italien est retiré, laissant le matériel aux Espagnols. La troisième offensive contre Madrid, du 29 novembre au 15 décembre, est un nouvel échec pour les nationalistes.

Effets d'un bombardement nationaliste sur la Puerta del Sol, à Madrid, en novembre 1936.

Le cas des Baléares

Aux Baléares, le soulèvement du 18 juillet 1936 est un succès à Majorque et à Ibiza, tandis que Minorque reste fidèle au gouvernement. Point stratégique pour le contrôle du trafic en Méditerranée occidentale et entre la France et l'Afrique, les Baléares sont un élément important pour la politique italienne dans la région.

Les jeux ne sont cependant pas faits car, avec le contrôle de Minorque, les forces républicaines disposent d'une base aéronavale, tandis que les insurgés ne peuvent attendre aucun soutien de la métropole du fait que les républicains ont l'avantage sur mer et dans les airs. À partir du 23 juillet, l'Aeronáutica Naval, restée en majorité fidèle au gouvernement, bombarde les îles sous contrôle nationaliste depuis la Catalogne et Minorque avec 11 Savoia S.62, 4 Dornier Wal et les quelques Macchi M.18 opérationnels.

Dornier Wal de l'Aeronáutica Naval en 1935.
(crédits photo : collection Miguel Sanchís Rodriguez via Francisco Andreu sur AviationCorner.net)
Savoia S.62 de l'Aeronáutica Naval à San Javier en 1932.
(crédits photo : collection Manuel González Núñez via Francisco Andreu sur AviationCorner.net)
Savoia S.62 de l'Aeronáutica Naval interné à Gibraltar après avoir été endommagé par un Nieuport 52 de l'aviation nationaliste le 27 juillet 1937.

Sachant qu'ils ne pourraient résister à un débarquement des forces loyalistes, les insurgés de Majorque demandent l'aide de l'Italie. Le 2 août, Juan Thomas et Martin Pon Rodelló quittent l'île à bord d'un navire allemand en direction de Rome. Si leurs premières tentatives restent infructueuses, les choses changent après que l'Italie ait obtenu un assentiment officieux des Britanniques pour envoyer de l'aide militaire aux Baléares, l'ambassadeur italien à Londres, Dino Grandi, ayant convaincu l'influent Winston Churchill que Rome n'avait aucune prétention territoriale sur l'archipel. Ainsi, Thomas et Pon réussissent à conclure un accord le 13 août pour l'acquisition de 3 hydravions Savoia S.55, 3 chasseurs Fiat CR.32, 3 batteries antiaériennes de 20 mm et des munitions.

Entretemps, deux formations navales républicaines appareillent de Valence et de Barcelone le 7 août. Elles transportent un corps expéditionnaire de 2000 hommes pour la première et de 6000 pour la seconde, commandés respectivement par le capitán de la Guardia Civil Manuel Ulibarri et par le capitán Alberto Bayo Giroud. La formation partie de Valence occupe l'île de Formentera le 8 août et Ibiza le 9, tandis que les 6000 hommes de Bayo débarquent entre Cuevas del Drach et Porto Cristo, sur la côte Est de Majorque, le 16 août, après une escale à Port Mahon pour préparer l'assaut. Ils sont appuyés par les appareils de l'Aeronáutica Naval, le cuirassé Jaime I, le croiseur Libertad, les contre-torpilleurs Almirante Miranda et Almirante Antequera, les submersibles B-2, B-3 et B-4 et des navires de soutien. Assez rapidement, les républicains occupent une tête de pont de 30 km de large et profonde de 5 km.

Miliciens occupant l'île d'Ibiza le 9 août 1936.
(crédits photo : collection Luis Vidal sur abc.es)
Groupe de miliciens attendant le départ pour Majorque à Port Mahon en août 1936.
(crédits photo : collection Branguli sur abc.es)
Le cuirassé Jaime I à Tenerife le 5 mai 1936. Il appuye le débarquement républicain à Majorque en août.
Le croiseur Libertad, photographié ici devant Carthagène en 1936, fait lui aussi partie de la formation navale de soutien aux opérations contre Majorque. Troupes républicaines débarquant à Majorque en août 1936.

Les insurgés ont besoin d'un soutien immédiat pour tenir Majorque. Dès leur arrivée sur l'île le 19 août, les 3 S.55 X du 31° St. commandés par le ten. Petrali et provenant d'Orbetello via Cagliari bombardent la tête de pont républicaine et les navires de soutien, en endommageant deux. Le 21 août, 7 S.62 de l'aviation républicaine provenant de Port Mahon (Minorque) endommagent le S.55 de Petrali alors qu'il se trouve au mouillage dans la baie de Palma. Pour éviter de subir le même sort, les 2 autres S.55, désormais privés de munitions, rentrent à Orbetello le 26 août, tandis que les réparation sur le troisième appareil s'achèvent le 9 septembre.

S.55 X du ten. Sergio Petrali dans la baie de Palma de Majorque an août 1936.
(crédits photo : collection Juan Arraez Cerdà)
Porto Cristo sans doute vu depuis l'un des 3 S.55 X du 31° St. Le S.55 X du ten. Petrali en réparation à Majorque.

Après une pause due à l'action des S.55, les républicains reprennent leur avancée le 23 août avant de s'arrêter le 26 pour se réorganiser, alors qu'il ne leur manquait plus grand chose pour percer les lignes nationalistes. Le gouverneur militaire de l'île, le coronel Díaz de Freijó, ne croit pas dans les possibilités de résistance de ses 5000 hommes et souhaite négocier avec les républicains. Mais le chef local de la Phalange, Alfonso de Zayas y de Bobadilla, qui veut croire dans le succès des insurgés, demande à Sainz Rodriguez l'envoi d'un conseiller militaire italien. Cette requête est appuyée le 24 août par le C.F. Carlo Margottini, commandant le contre-torpilleur Malocello arrivé à Palma de Majorque le 16 août pour relever le Maestrale. Officiellement, la présence des navires transalpins est justifiée par la protection des ressortissants italiens de l'île. Le 19 août au soir, le dispositif naval italien est complété par l'arrivée du croiseur Fiume.

Carlo Margottini, C.F. lorsqu'il commandait le Malocello en 1936, photographié en 1940 après avoir été promu C.V.
(crédits photo : USMM)
Le Malocello appareillant de Palma de Majorque à l'été 1936.
(crédits photo : collection F. Bargoni)

Mussolini, conscient de l'importance stratégique de l'archipel pour l'Italie, et dans le même temps soucieux de ne pas froisser Franco, choisit d'envoyer le squadriste Arconovaldo Bonacorsi, membre de la MVSN, plutôt qu'un officier de l'armée. Bonacorsi, surnommé Conde Rossi par les Espagnols, arrive à Majorque le 26 août 1936 à bord d'un Cant Z.506, accompagné par le magg. Leone Gallo qui prend le commandement de l'aviation. Après une entrevue avec Zayas, Bonacorsi constitue une unité de volontaires baptisée « Los Dragones de la Muerte » et dirige des incursions contre la tête de pont républicaine à Porto Cristo et San Severa. Le 27 août au soir, le cargo Emilio Morandi, prétextant une avarie, accoste à Palma de Majorque. Il a à son bord 3 Fiat CR.32, 3 Macchi M.41 bis, 300 hommes et 12 canons Breda de 20/65. Débarqués dans la nuit, les chasseurs sont transportés sur l'aérodrome de Son San Juan situé à 8 km du port et le premier est remonté en quelques heures. Le 28 août à 12h30, le serg. Guido Carestiato décolle aux commandes du CR.32 remonté dans la nuit pour mitrailler les troupes républicaines et les 6 S.62 au mouillage à Cala Morlanda. Il en endommage 4 avant d'en abattre un cinquième près de Punta Amer, tandis qu'une heure plus tard, le cap. De Agostinis, à bord du même CR.32, attaque 2 S.62 juste après leur décollage dans la baie de Porto Cristo. L'un parvient à s'échapper tandis que l'autre est contraint à un amerrissage de fortune. L'ensemble des avions débarqués du Morandi est opérationnel au bout de deux jours et enchaîne dès lors les missions contre la tête de pont républicaine et les cibles navales.

Arconovaldo Bonacorsi, membre de la MVSN choisi par Mussolini pour être conseiller militaire à Majorque. Le cargo Emilio Morandi affrété pour transporter les chasseurs italiens à Majorque.
(crédits photo : collection Giorgio Parodi)
Personnel italien posant devant un canon Breda de 20/65 sur le port de Palma de Majorque.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tout juste remonté, ce CR.32 encore privé de marquage s'apprête à décoller du terrain de Son San Juan le 28 août 1936, vers 12h30. Le serg. Guido Carestiato est aux commandes.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Le serg. Guido Carestiato devant un CR.32 sur le terrain de Son San Juan entre fin août et début septembre 1936. La chauve-souris peinte sur le fuselage provient du blason de Palma de Majorque. Personnel et mascottes de l'unité de chasse des Baléares devant les CR.32 à Son San Juan en septembre 1936.
(crédits photo : Aeronautica Militare)
S.62 républicains mitraillés par les Fiat CR.32 et échoués sur la plage de Porto Cristo.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Macchi M.41 tout juste assemblé sur le quai du port de Palma de Majorque fin août 1936. Les insignes nationalistes n'ont pas encore été apposées sur le fuselage et la dérive.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Les 3 Macchi M.41 dans le port de Palma de Majorque entre fin août et septembre 1936.

Le 30 août, 3 Savoia S.81 commandés par le ten. Palazzolo sont déployés à Palma de Majorque pour mener des raids contre Minorque et la côte catalane. Au soir du 1er septembre, les trimoteurs endommagent le paquebot Marqués de Comillas qui doit être remorqué à Port Mahon. Le lendemain, c'est au tour du Ciudad de Cádiz d'être touché au large de Punta Amer. Le 3 septembre, un M.41 et un S.81 attaquent le sous-marin B-3 posté depuis quelques jours devant Majorque pour informer les républicains des mouvements de troupes nationalistes. Bien qu'endommagé, le submersible parvient à plonger pour se soustraire à l'attaque.

Savoia S.81 en vol sur Majorque en septembre 1936.
(crédits photo : Aeronautica Militare)
Le paquebot Marqués de Comillas, photographié ici avant la guerre civile, qui sera endommagé par des S.81 à Majorque le 1er septembre 1936. Immeubles détruits par l'artillerie républicaine à San Miguel de Son Carrio le 1er septembre 1936.
(crédits photo : Archivo ABC)

Dans la nuit du 3 au 4 septembre, Alberto Bayo commence à retirer ses troupes de la tête de pont, couvert par l'artillerie du Jaime I et du Libertad. Si Bonacorsi a beau jeu de s'attribuer le retrait républicain, ce dernier est dû en grande partie à l'activité de l'aviation italienne et à l'impatience du gouvernement républicain devant l'absence de résultat à Majorque alors qu'il a besoin de renfort pour contrer l'offensive nationaliste dans la vallée du Tage. Après le départ des républicains, les nationalistes mettent la main sur 4 Savoia S.62, dont 2 sont inutilisables. Les républicains évacuent ensuite Cabrera le 12 septembre, Ibiza le 14 et Formentera.

Le capitán Alberto Bayo Giroud supervisant l'évacuation des troupes républicaines de Majorque début septembre 1936. Bonacorsi annonçant la défaite des républicains à Manacor le 2 septembre 1936.
(crédits photo : collection F. Bargoni)
Savoia S.62 récupéré sur la plage de Porto Cristo et remis en état par les nationalistes en septembre 1936.
(crédits photo : collection Juan Estapé via Francisco Andreu sur AviationCorner.net)

Le retrait des républicains oblige Ciano à abandonner sa volonté d'ingérence dans les affaires politiques de Majorque et à renoncer à occuper Minorque, par crainte de la réaction de Londres. Bonacorsi est contraint de rentrer à Rome en décembre 1936, laissant une bien piètre image de lui à Majorque pour s'être rendu complice des actes de répression de la Phalange. Plus de 1000 opposants sont passés par les armes sans procès, ou après un simulacre de procès. Rome, au courant de ces agissements, laisse faire.

Sources :
  • La partecipazione italiana alla Guerra Civile Spagnola (1936-1939), Volume I, Testo, Alberto Rovighi & Filippo Stefani, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 1992
  • La partecipazione italiana alla Guerra Civile Spagnola (1936-1939), Volume I, Documenti e allegati, Alberto Rovighi & Filippo Stefani, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 1992
  • La guerre d'Espagne, Anthony Beevor, Calmann-Lévy, 2006
  • Les brigades internationales de Franco, Sylvain Roussillon, Via Romana, 2012
  • Grandes batallas de la Guerra Civil Española, Lucas Molina Franco, Rafael Permuy López, Fernando Calvo González-Regueral & Juan Vázquez García, Susaeta, 2012
  • Armas y uniformes de la guerra civil española, Lucas Molina Franco & José María Manrique García, Susaeta, 2009
  • Guerra civil española, Fotografia inéditas, Isabel Ortiz, Susaeta, 2009
  • Spanish civil war tanks, The proving ground for blitzkrieg, Steven J. Zaloga, Osprey Publishing, 2010
  • Blindados italianos en el ejército de Franco (1936-1939), Lucas Molina Franco & José María Manrique García, Galland Books, 2009
  • Frecce Nere ! Le camicie nere in Spagna 1936-1939, Pierluigi Romeo di Colloredo, Italia Storica, 2012
  • Guerra di Spagna e aviazione italiana, Ferdinando Pedriali, Aeronautica Militare Italiana, Ufficio Storico, 1992
  • Ali in Spagna, Immagini e storia della guerra civile 1936-39, A. Emiliani & G.F. Ghergo, Giorgio Apsotolo Editore, 1997
  • Ali di guerra sulla Spagna, 1936-1939, Ferdinando Pedriali, IBN Editore, 2015
  • Crickets against Rats, Regia Aeronautica in the Spanish Civil War 1936-1937, Vol.I, Marek Sobski, Kagero, 2014
  • Aviación en la guerra civil española, Rafael A. Permuy López, Susaeta, 2012
  • L'impegno navale italiano durante la Guerra Civile Spagnola (1936-1939), Franco Bargoni, Ufficio Storico della Marina Militare, 1992
  • Idrovolanti italiani nei cieli iberici, Una rassegna dei velivoli forniti alla Spagna tra il 1922 e il 1938 e in servizio nell'Aeronáutica Naval, Tullio Marcon & Angelo Emiliani, Aerofan n°93, 2005
  • L'aviación de el Tercio, Paolo Waldis, Storia Militare n°240, 2013

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Re: Des Italiens en terre ibérique - Acte 1 -- alexderome
Tuesday, 19 April 2016 18:42
Bravo pour ces recherches, on fera certainement un Histomag Hors Série Spécial Guerre Civile. Le prochain HM porte justement sur l'Espagne mais de 1939 à 1945.

Lu 1325 fois Dernière modification le samedi, 25 juin 2016 10:51