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Opérations»L'Italie divisée 1943-45»La Milice Française et le réduit alpin républicain
mercredi, 11 septembre 2013 21:09

La Milice Française et le réduit alpin républicain

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Le village de Tirano, théâtre d'une violente bataille entre miliciens et partisans le 28 avril 1945. Le village de Tirano, théâtre d'une violente bataille entre miliciens et partisans le 28 avril 1945. circolofilatelicotiranese.it

Fin avril 1945, le fascisme et le nazisme sont arrivés au crépuscule de leur existence. À Berlin, une poignée de rescapés de la 33. Waffen-Grenadier Divison der SS Charlemagne lutte dans les ruines de la Chancellerie. Au même moment, plus au sud, à 1500 km de là, d'autres Français combattent en Italie, en uniforme français, dans une vallée au fond des Alpes : ils participent au dernier combat du fascisme dans le réduit alpin républicain de la Valtellina.

Ces troupes françaises sont tout ce qui reste de la Milice, elles constituent le Ier bataillon français, placé sous les ordres du capitaine Georges Carus. Avec Joseph Darnand à leur tête, les miliciens vont brûler leurs dernières cartouches lors des combats de Tirano, le 28 avril 1945.

Le projet du réduit alpin de la Valtellina

L'idée de livrer un dernier combat des forces de la République Sociale Italienne contre les Alliés dans l'éventualité d'un effondrement de la ligne Gothique résulte d'un projet conçu par Vincenzo Costa, chef de la fédération milanaise du Parti Fasciste Républicain. Il s'agit de constituer le dernier carré autour de Mussolini pour mener un dernier baroud avant l'effondrement du fascisme. Mussolini refuse que Milan, capitale spirituelle du fascisme ne devienne le Stalingrad italien. Alessandro Pavolini, secrétaire national du PFR, avec son sens de la rhétorique voit en ce projet « les Thermopyles du fascisme ». Costa lui présente un mémorandum durant l'été 1944 approuvé par le hiérarque. Ce plan consiste à réactiver l'ancienne ligne Cadorna datant de la Première Guerre Mondiale, qui suit le cours de l'Adda. C'est un gain de temps non négligeable : des tranchées et des positions bétonnées doivent être remises en état, avec constitution de réseaux de barbelés, champs de mines et fossés antichars.

Le fort de Montecchio disposant de quatre canons de 149/35 S sous coupole peut couvrir toute la zone occidentale où l'Adda se jette dans le lac de Côme. A l'est, aux débouchés du Passo del Tonale et du col de l'Aprica, le réduit alpin, profitant des défenses naturelles que constituent les Alpes Bergamasques vient s'appuyer sur l'Alpenstellung, créant ainsi un front continu.

Carte de la Valtellina, baignée par la rivière Adda. Tourelles de 149/35 S du fort de Montecchio.
(crédits photo : Gilberto P.)
Alessandro Pavolini, dirigeant du Parti Fasciste Républicain et chef des Brigades Noires passe en revue la BB.NN. Aldo Resega. Il est accompagné de Vincenzo Costa, federale de Milan. Vétéran de la campagne de Russie, Costa est le concepteur du réduit alpin de la Valtellina.

Le moment venu, les forces fascistes pourront rejoindre le réduit avec leurs familles pour y mener un dernier combat. Des magasins de vivres et de munitions sont prévus pour pouvoir tenir le temps de négocier une reddition honorable ou de tenter un passage en Suisse.

Le plan est présenté à Mussolini, en présence de Pavolini et du maréchal Graziani le 16 décembre 1944, à Milan à l'occasion du long discours que le Duce présente au Teatro Lirico devant un parterre trié sur le volet. Dès le départ, Graziani, commandant en chef des forces armées de la RSI s'oppose au projet, désapprouvé aussi par les Allemands. Mussolini par contre semble d'accord, ce réduit sera défendu par la GNR et par les BB.NN, troupes politisées utilisées pour le maintien de l'ordre et la lutte antiguérilla dont l'efficacité militaire est à peu près nulle. L'armée de la RSI, l'ENR, dirigée par le maréchal Graziani, est regroupée dans l'Armata Liguria et restera le long de la frontière occidentale, le gros des unités de la division Decima MAS de Junio Valerio Borghese prenant part aux combats contre les forces titistes dans la zone de Trieste et Gorizia.

Les partisans italiens suivent avec intérêt les travaux entrepris par l'organisation Todt, utilisant la main-d’œuvre italienne capturées lors d'opérations de ratissage. Des rapports sont envoyés aux Alliés, ils sont lus néanmoins avec circonspection, certaines unités voulant se donner un rôle important ont tendance à exagérer et gonfler les compte-rendus. Les travaux commenceront, très tard en avril 1945, lors de l'effondrement de la ligne Gothique.

Le 4 avril 1945, lors de la dernière réunion du PFR, Pavolini promet d'envoyer 20000 hommes dans le réduit alpin. Graziani et Borghese n'y croient pas : pour eux, ce projet est illusoire et inapplicable.

Les unités de la RSI du réduit alpin

Les premières BB.NN commencent à arriver en Valtellina, ce sont celles de Toscane comme la LXI BB.NN Raffaele Manganiello de Florence. Après l'effondrement de la ligne Gustav (mai 1944), la libération de la Toscane et la stabilisation du front sur une ligne Massa Carrara-Pesaro (ligne Verte,) elles refluent vers le Nord de l'Italie.

Ces unités passent par Bologne et Milan et sont envoyés à Sondrio, chef-lieu de la Valtellina. De là, elles sont déployées dans la vallée pour des opérations de lutte antiguérilla avec les BB.NN locales : la BB.NN Giovanni Gentile de Tirano, la XV BB.NN Sergio Gatti de Sondrio ou la BB.NN Giuseppe Garibaldi de Morbegno. Sont présentes aussi diverses unités de la GNR dont la III Legione GNR di Frontiera appelée Confinaria que nous retrouverons lors des derniers combats d'avril 1945 et une compagnie GNR Guardia del Duce.

À l'extrémité Est du réduit, la Legione GNR Tagliamento, dont les vétérans ont connu la campagne de Russie, mène une lutte âpre contre les Fiamme Verdi (Flammes Vertes, unités de partisans d'obédience démocrates-chrétiennes) qui dominent les hauteurs du col du Mortirolo. Les unités de la zone opérationnelle de la Valtellina sont sous les ordres du général Onorio Onori.

Les partisans de la Valtellina

L'annonce radiophonique de l'armistice le 8 septembre 1943 est accueillie avec une immense joie, de courte durée. Les Allemands activent le plan Achse, les unités italiennes sont désarmées et envoyées en Allemagne pour travailler pour le compte de l'industrie du Reich. L'Italie, à ce moment, n'est pas en guerre contre son ex-allié, les soldats ne bénéficient pas du statut de prisonniers de guerre et sont considérés comme IMI, acronyme d'Internati Militari Italiani (militaires italiens internés). Pour échapper aux rafles, les soldats du Regio Esercito se cachent ou rejoignent les premières unités de partisans.

En Valtellina, les militaires, dont beaucoup appartiennent aux unités alpines et connaissant donc bien la région, les jeunes qui veulent échapper au travail obligatoire ou à l'incorporation et les antifascistes se regroupent dans les montagnes pour former les premières unités de partisans. Ces premiers noyaux de résistants sont mal armés, mal organisés, incapables de soutenir une lutte armée contre l'occupant nazi et le gouvernement de la RSI. Pour assurer la coordination et l'organisation de ces bandes, un Comitato di Liberazione Nazionale ou CLN est créé le 9 septembre 1943. Il regroupe les partis politiques ressuscités : le Parti Communiste Italien, le Parti Socialiste, le Parti d'Action, le Parti Libéral, la Démocratie-Chrétienne. Dans l'Italie occupée, c'est le CLNAI qui coordonne dans la clandestinité les actions de la résistance au travers de ses CLN locaux. La branche armée du CLN est le Corpo Volontari della Libertà, créé le 9 juin 1944, regroupant toutes les bandes partisanes sous un commandement unique. À sa tête le général Cadorna, fils de Luigi Cadorna, chef d'état-major de l'armée italienne durant la Première Guerre Mondiale. Cadorna a commandé la division blindée Ariete II, puis a livré les combats lors de défense de Rome du 9 septembre 1943.

Le colonel des carabinieri-paracadutisti Edoardo Alessi. Vétéran de la campagne d'Afrique du Nord, il refuse de prêter serment à la RSI et se réfugie en Suisse. Il reviendra de son exil pour réorganiser la 1a divisione alpina Valtellina.
(crédits photo : carabinieriparacadutisti.it)
Dionisio Gambaruto dit "Nicola", commandant de la 40a brg. Matteoti.
(crédits photo : 55rosselli.it)

Des armes, le col. des CC.RR. Edoardo Alessi va en fournir provenant de sa caserne. Alessi est un héros des carabinieri-paracadutisti et a combattu en Afrique du Nord à Eluet et Asel. Il refuse de prêter serment à la RSI en déclarant : « Un parachutiste ne prête serment qu'un fois...». Pour échapper à la déportation en Allemagne, il se réfugie en Suisse.

Dionisio Gambaruto « Nicola », un ancien officier artilleur est envoyé de Milan par le Parti Communiste pour encadrer et unifier les bandes de partisans dans la basse vallée de la Valtellina. Fort de son expérience au sein d'un GAP[1], il réussit à mettre sur pied deux brigades garibaldiennes avec commissaire politique.

Le capitaine Giuseppe Motta dit « Camillo » est envoyé dans les montagnes de la haute-vallée de la Valtellina pour prendre en main tous les groupes de résistants et les encadrer dans une unité à commandement unique : la 1a divisione alpina Giustizia e Libertà car une majorité de ses membres appartiennent au Parti d'Action de Ferrucio Parri. Grâce aux parachutages d'armes et d'explosifs fournis par les Alliés, de juin à novembre 1944 des actions de sabotage sont menées sur les axes routiers et ferroviaires, gênant l'envoi de renforts sur la ligne Gothique.

Le 11 juin 1944, Gambaruto et ses partisans de la 40a brigata Matteotti s'emparent de la ville de Buglio. Le podestat[2] fasciste est destitué, un nouveau maire est nommé et un drapeau rouge est planté au fronton de la mairie. Cet affront ne peut être toléré par le préfet fasciste de la région et cinq jours plus tard, la ville est reprise par les forces germano-italiennes, aidées par les Cosaques. Les partisans pris les armes à la main sont fusillés de facto. Ce type d'opération issu d'une initiative personnelle est mal vu par le CLN et est jugé contre-productif.

Durant l'hiver 1944/45, dans sa proclamation radiophonique du 13 novembre 1944, le maréchal Alexander demande aux unités de partisans de faire une pause. Les troupes anglo-américaines sont bloquées devant la ligne Gothique et l'hiver ralenti les opérations.

Cette pause permet aux troupes allemandes d'être retirées des premières lignes et utilisées à des actions anti-guérilla auxquelles se joignent les forces républicaines (appelées repubblichini) de maintien de l'ordre (GNR et BB.NN). Elles mènent une série de ratissages, appelées « excursions antipartisanes » avec l'aide d’auxiliaires mongols ou cosaques. Pour y échapper, entre 5 à 600 partisans rejoignent la Confédération Helvétique.

En février 1945, le colonel des carabinieri Alessi revient de son exil suisse. Il réorganise la 1a divisione alpina Valtellina en une structure militaire et fait retirer l'appellation Giustizia e Libertà pour bien montrer que l'unité est apolitique. Elle regroupe à ce moment là 400 partisans répartis en trois brigades.

La Milice arrive en Italie

Août 1944, 6000 miliciens avec leurs familles refluent de toutes les régions[3] de France, les convois doivent se frayer un passage dans les routes placées sous le feu des maquisards. Les colonnes convergent sur Belfort puis le camp du Struthof. Pour la première fois, toutes les cohortes de la zone Nord et de la zone Sud sont réunies. Ce séjour des miliciens dans le camp de concentration a un effet négatif pour leur moral, qui depuis le départ est au plus bas. Là, Darnand procède à une réorganisation et destitue certains chefs.

Le 21 septembre 1944, la Milice quitte le camp du Struthof, embarque dans un train à Schirmeck pour Ulm. Placée sous le commandement de Jean Bassompière, une sélection est effectuée : les plus âgés, les blessés, les invalides sont envoyés à Sigmaringen, au château des Hohenzollern où vivote le who's who de la Collaboration dans une Commission gouvernementale pour la Défense des Intérêts Français en Allemagne. Le maréchal Pétain se considérant prisonnier, Fernand de Brinon, le protégé d'Otto Abetz està la tête de cette commission où les complots de palais animent les discussions dans les couloirs du château.

Le 23 septembre, la Milice défile dans les rues d'Ulm. Ils s’entraînent au combat sans savoir contre qui et où il seront envoyés. Le 23 octobre, Joseph Darnand réunit les miliciens dans un cinéma d'Ulm pour leur apprendre le sort que le Reichsführer SS Himmler leur a réservé. Ce sera l'engagement dans la 33. Waffen-Grenadier Divison der SS Charlemagne pour les plus aptes. Pour les autres, un tiers restera à la Milice et ira combattre en Italie du Nord et l'autre tiers travaillera dans les usines du Reich pour le compte du Deutsch Arbeits Front.

Le 4 novembre, 2500 miliciens jugés en fonction des critères sélectifs très sévères de la SS, aptes pour servir à la Charlemagne (en cours de constitution) quittent Ulm pour le camp de Wildflecken. Ceux qui n'ont pas voulu revêtir l'uniforme allemand et prêter serment à Hitler, les inaptes sont regroupés au camp d'Heuberg, appelé le camp des clochards. 800 miliciens sont placé sous le commandement du chef Pincemin, qui se désintéresse de leur sort. Son adjoint, le capitaine Georges Carus, ancien marin, se charge de la réorganisation de ce qu'il reste de la Milice. Il manque de tout, l'équipement est hétéroclite, il faudra attendre que soient rapatriés les uniformes des miliciens passés à la Waffen-SS pour équiper les hommes.

Trois compagnies sont mises sur pied, à leur tête des officiers jugés les plus sûrs :

  • État-major : lieutenants Coutret, Viala et Fouques ;
  • 1ère compagnie : lieutenant Fontaine, adjoint sous-lieutenant Vibert ;
  • 2ème compagnie : lieutenant de Pous ;
  • 3ème compagnie : capitaine Mors ;
  • Compagnie lourde : capitaine Rollet ;
  • Compagnie hors-rang : lieutenant Brun ;
  • Service santé : aspirant Hoareau.

Darnand donne le commandement du bataillon au capitaine Carus.

Le 10 mars 1945, le bataillon de miliciens quitte Heuberg en train. Les 500 francs-gardes arrivent le lendemain à Bolzano, dans le Haut-Adige. Ils repartent en camions le 13 mars pour Milan et s'installent dans sa banlieue à Sesto San Giovanni, à la caserne de la Bicocca. L'unité est baptisée 1er bataillon français et placée sous l'autorité du général Tensfeld, commandant militaire de la place. Il informe Darnand que le bataillon devra partir pour la Valtellina, à Tirano.

Le 9 avril, les miliciens quittent Sesto pour Tirano où ils arrivent le lendemain matin à 6h00. Le bataillon prend ses quartiers à la caserne Torelli ayant appartenu aux alpini. La 1ère compagnie est logée à l'école élémentaire.

Le 16 avril, Darnand est de retour de Milan, accompagné de Coutret. Le commandant italien de la zone d'opérations de la Valtellina, le général Onori a demandé que le bataillon soit envoyé en cantonnement à Grosio et Grosotto pour assurer le maintien de l'ordre, l'activité partisane ayant repris dans la vallée.

Le départ de Tirano s'effectue dans la nuit du 17 au 18 avril. La compagnie hors-rang et la moitié de la compagnie lourde restent sur place. Les trois compagnies avec trois Berliets transportant les munitions se dirigent vers Grosotto.

Les combats de Grosio : 18 avril 1945

À partir du 9 avril 1945, les diverses garnisons de la GNR et des BB.NN de Mazzo entreprennent selon l'expression de Pavolini, le nettoyage de la Valtellina. Environ 700 hommes sont engagés pour opérer des opérations de ratissage afin de déloger les partisans de la vallée. Des affrontements sporadiques opposent partisans et BB.NN. C'est dans ce contexte qu'arrive le 1er bataillon français.

Le 18 avril au matin, la colonne de miliciens, arme à la bretelle, arrive à Grosotto à pied, suivie par les trois Berliets, en tête, Darnand, Carus et Coutret. Des hauteurs, les hommes de la brigade autonome Gufi et de la brigade Mortirolo de la 1a divisione alpina Valtellina, observent les déplacement de ces hommes aux uniformes inconnus. Ils ont entendu parler de leur venue mais ne s'attendent pas à les affronter.

À la sortie du village, à la hauteur de la centrale électrique AEM (Azienda Elettrica Municipale di Milano), deux partisans aperçoivent la lueur d'une allumette (peut-être Darnand allumant sa pipe ?), ils ouvrent le feu. La 1ère compagnie fonce sur Grosio, les deux autres restent à couvert et Carus se décide à faire ouvrir le feu. Il retourne à Grosotto où il a laissé la section de mortiers et revient. Pendant ce temps, le partisan « Guglielmo » commandant en second le bataillon Mortirolo décide de détruire au bazooka les deux Berliets qui transportent les munitions. L'action réussit mais Gugliemo Pini est tué, c'est le premier mort dans les rangs des partisans. Les combats continuent jusqu'en début d'après-midi, les munitions commencent à manquer du côté des résistants. Un groupe de miliciens tente de pénétrer dans la centrale électrique. Les partisans veillent jalousement sur ces installations, la fin de la guerre est proche et il faut penser au lendemain, quand la vie de la vallée reprendra son cours normal. Le chef de la brigade «13», Emilio Valmadre dit le « Moro » se charge d'aller les déloger. Avec quelques partisans, il se faufile le long de la conduite. Les miliciens sont capturés, on s'affaire à préparer le téléphérique pour descendre les captifs dans la vallée lorsqu'un prisonnier s'empare d'une arme, ouvre le feu, tuant le « Moro ». Les partisans réagissent aussitôt et les six miliciens sont tous fauchés.

Les deux Berliets prennent feu sur la route de Grosotto à Grosio. C'est le chef partisan Guglielmo Pini qui les a atteint avec un bazooka livré par les Américains. Tombe des miliciens tués lors des combats de Grosio. Les corps seront rapatriés plus tard par les familles. La centrale électrique de Grosotto. Enjeu vital pour les partisans, ils veulent en empêcher la destruction par les Allemands qui pratiquent la tactique de la terre brulée. La fin de la guerre approche, on pense à la reconstruction du pays.
(crédits photo : storiadimilano.it)

En fin d'après-midi, la bataille cesse, les miliciens ont perdu treize des leurs, neuf sont enterrés à Grosio et quatre transportés et ensevelis à Tirano : Ansel Roger, Ballossier Robert, Barberis Charles, Bellatta Claude, Calmel Louis, Clerino Antoine, Laval Joseph, Levret René, Magand Jean, Page René, Philippe Roger, Rieussart René et Voisinet Roger. On compte également une trentaine de blessés dont Jean Filliol, blessé au pied. Filliol est une vieille connaissance pour les « giellistes »[4]. Membre de la Cagoule, il avait participé à l'assassinat des frères Rosselli à Bagnoles de l'Orne, le 9 juin 1937. Les blessés sont soignés dans le château de Grosio où Darnand a établi son QG. La 2ème compagnie du lieutenant de Pous est laissée à Grosio et Grosotto, les deux autres retournent à Tirano dans la nuit du 20 au 21 avril.

Le colonel Giuseppe Motta « Camillo », vice-commandant de la division Valtellina, envoie un ultimatum à Carius « ...Nous vous donnons ce dernier conseil : partez ! La Suisse, c'est la seule solution qui vous reste. » Carus tente de faire passer en Suisse la 1ère compagnie du lieutenant Fontaine. Ils sont refoulés à la frontière, le lendemain Carus tente de négocier le passage de la Milice, c'est un refus catégorique des autorités helvétiques. Il ne reste plus qu'à attendre l'arrivée des troupes anglo-américaines et négocier une reddition honorable.

Joseph Darnand part pour Milan avec Coutret, il rencontre Alessandro Pavolini et lui raconte les combats de Grosio. L'intransigeant hiérarque déclare : « S'ils résistent, brûlez les villages. » Dans la vallée, à Grosio, la compagnie de de Pous retourne à Tirano. Le 24 avril, le village voisin de Sernio est brûlé en représailles de la mort de cinq brigadisti. La haute-vallée na pas été nettoyée selon la volonté de Pavolini, c'est à Tirano que se joue le dernier acte.

La bataille de Tirano, 27-28 avril 1945

Le 24 avril, le CLNAI déclenche l’insurrection générale. Les partisans descendent des vallées et convergent vers Tirano.

Une centaine d'artilleurs italiens des 2ème et 3ème batteries du Waffen-Artillerie-Regiment der SS de la 29.Waffen-Grenadier-Divion der SS Italien, viennent loger avec les miliciens dans la caserne Torelli. Outre les SS italiens et le 1er bataillon français, la garnison de Tirano est composée des BB.NN Giuseppe Garibaldi et Giovanni Gentile, en tout un millier d'hommes.

Tirano est assiégée le 27 avril au soir par la division alpine Valtellina. Elle a perdu son chef, le colonel Alessi, sa mort reste toutefois assez obscure, on ne connaît pas les circonstances exactes. C'est Giuseppe Motta « Camillo » qui la commande par intérim. D'autres formations mineures prennent part à la bataille : les brigades « Gufi » et « Mortirolo ». Tirano est encerclée aux premières lueurs du matin. Les « Gufi » occupent l’hôtel Stelvio de l'autre côté de la rive de l'Adda. Des fenêtres, ils tirent sur la caserne Torelli d'où ripostent les Français.

La caserne Torelli et le pont sur l'Adda à Tirano.
(crédits photo : circolofilatelicotiranese.it)

Joseph Darnand a laissé le récit des combats :

« Le 25 avril (c'est une erreur, il s'agit du 28 avril, ndA) à 5 heures du matin, attaque généralisée, après un bombardement par mortiers qui touchent au but à chaque coups. La défense s'organise : les fenêtres sont tenues par les fusils mitrailleurs, les mitrailleuses et les fusils. Des créneaux sont montés en utilisant des sacs de terre, des matelas, des bancs. Tirs d'interdiction de notre part mais, à partir de dix heures, les feux des partisans, à armes automatiques nous atteignent de très près. Toute la population tire des immeubles voisins (il s'agit de l'hôtel Stelvio, ndA). Presque de suite, Fouques et le capitaine Rollet, commandant la compagnie lourde (ancien LVF et Croix de Fer), sont tués ainsi que plusieurs chefs de section et francs-gardes. Carus, Fontaine, de Pous sont parfaits mais un peu ignorant du combat d'infanterie. Je fais descendre tout le personnel inutile à la cave car les mortiers démolissent les toits et causent des pertes. Dans la cave, Hoareau organise son poste de secours. Suzanne (Charasse, la secrétaire de Darnand ndA) le seconde et reçoit le dernier soupir de nombreux camarades.

La situation s'aggrave d'heure en heure. Je me demande comment tout cela va se terminer. Les officiers sont décidés à se défendre et à mourir. Je circule partout et réconforte les hésitants. Distribution de tabac, chants et musique.

Vers midi, je fais monter deux pièces de 45 antichars dans les étages. C'est un groupe de SS italiens qui sert les pièces. Tir à vue sur les immeubles voisins. Nous nous dégageons un tant soit peu et respirons de midi à deux heures. Ensuite, reprise, mortiers et infiltrations ennemies jusqu'au mur d’enceinte. Défense avec toutes nos armes et canons ».

La 1ère compagnie du lieutenant Fontaine, cantonnée à l'école élémentaire, subit aussi l'assaut des partisans. Les pertes sont lourdes des deux côtés, 6 miliciens ont été tués, d'autres mourront plus tard de leurs blessures. Un blindé de la GNR tire sur les partisans, il est détruit au bazooka. Vers 16 heures, un milicien capturé est envoyé par le chef de la brigade « Gufi » avec le message suivant : « Français, à trois reprises nous vous avons demandé de vous rendre, vos alliés allemands et fascistes l'ont fait, Milan et toute l'Italie sont entre nos mains, la vallée toute entière s'est rendue, nous vous garantissons la vie sauve et votre passage en Suisse ».

Après concertation, Darnand, Carus et Coutret sortent et suivent le messager. Coutret dont la mère est italienne sert de traducteur. Dans une habitation, ils négocient avec le colonel Motta « Camillo », chef de la division Valtellina, « Vic » Gianinni, officier américain chef de la mission alliée « Spokane », deux autres officiers et deux chefs partisans, des conditions de reddition. Darnand obtient l'honneur des armes. Carus, ganté de blanc est pris pour un aristocrate. Les hostilités cessent à 18h00. À la tour Torelli, les BB.NN déposent les armes à leur tour, elles ont appris la mort de Mussolini et des hiérarques fascistes par Radio-Milan.

Le lendemain, le 29 avril, ce qu'il reste de la Milice défile devant un piquet d'honneur de la brigade « Gufi », Darnand fait un discours. Ensuite, les armes sont livrées aux Italiens, les officiers pouvant conserver les leurs.

Les Français restent cantonnés dans Tirano jusqu'à mi-mai où ils sont pris en charge par les Américains et emprisonnés dans le camp de prisonniers de guerre de Coltano près de Pise.

La tentative désespérée de la colonne Vanna

Le maggiore Vanna à la tête du II btg. de la III Legione GNR di Frontiera quitte Tirano le 27 avril pour se diriger vers le lac de Côme où il entend faire la jonction avec la colonne de Mussolini et de ses hiérarques.

Au niveau du Santuario della Madonna, les véhicules sont pris à parti par les partisans qui tirent des hauteurs. La mort dans l'âme, Vanna retourne à Tirano. Durant la nuit du 27 au 28 avril, il décide, avec 200 volontaires de reprendre la route vers le lac de Côme. Il pense que le Duce est arrivé, ou du moins ne va pas tarder à rejoindre Sondrio. Il ne sait pas que Sondrio est aux mains des partisans. À Ponte Valtellina, une voiture vient vers les fascistes, à l'intérieur, le chef partisan Mario Abbiezi dit Maio. Il a avec lui le général Onori, chef des forces de la Valtellina. Il demande à Vanna de déposer les armes, le fascisme est arrivé à sa fin : Mussolini, sa maîtresse Clara Petacci et ses hiérarques ont été capturés et exécutés.

Quelques jours plus tard, Onori, Vanna et des centaines de brigadisti seront sortis de leur geôle et exécutés sommairement.

Les hiérarques fascistes avant leur exécution à Dongo, au bord du lac de Côme. Alessandro Pavolini est parmi eux, blessé. Il a tiré sur les partisans, touché il plonge dans le lac, il sera repêché quelques heures plus tard pour être fusillé par Walter Audisio dit Valerio, le 28 avril 1945, vers 17h48. Auparavant, Mussolini et Clara Petacci ont été exécutés à Giulino di Mezzagra vers 16h00 mais leur mort suscite un débat sur les réels responsables ainsi que sur l'heure présumée de l'exécution.

Épilogue

À Tirano, les miliciens bénéficient d'un régime assez souple. La population locale est plutôt curieuse, elle témoignera du bon comportement des Français lors du procès de Darnand. Celui-ci en profite pour s'évader et se rend chez le révérend Bonfiglio des Serviteurs de Marie à Madonna di Tirano. Il vit clandestinement à Edolo, habillé en moine. Il est repéré et arrêté par la sécurité anglaise. Livré aux autorités françaises, il remet le « trésor »[5]  de la Milice qu'il avait caché chez le révérend Bonfiglio. Darnand comparait devant la Haute Cour de Justice le 3 octobre 1945, condamné à mort, il est exécuté le 10 octobre suivant au fort de Châtillon.

Georges Carus est transféré au camp de Coltano avec les autres miliciens puis à Naples où il embarque pour la France. Après quelques mois de détention, il est condamné à deux ans de prison avec sursis.

Notes :

[1]Groupe d'Action Patriotique : Groupe de résistance urbaine, constitué de quelques résistants dirigé par les communistes.

[2]Podestat: maire d'une ville nommé par le gouvernement fasciste.

[3]L'organisation de la Milice était calquée sur le S.O.L : région, département,ville.

[4]Gielliste, résistant, membre des brigades Giustizia e Libertà (GL) du Parti d'Action. GL avait été créé par les frères Rosselli, assassinés à Bagnoles de l'Orme par un commando de la Cagoule dont faisait parti Filliol.

[5]Ce trésor est ce qu'il reste des 300 millions pris à la Banque de France de Belfort le 6 septembre 1944. 200 millions sont ainsi récupérés, avec un billet mentionnant que cet argent appartient à l'Etat-Français, signé Joseph Darnand.

Sources :
  • Com'era rossa la mia valle, Giuseppe Rocco, Greco & Greco Editori, 1992
  • Ce que je n'avais pas dit, Commandant Georges Carus, Éditions du Lore, 2009
  • Histoire de la Milice, 1918-1945, Jacques Delperrié de Bayac, Fayard, 1994
  • Pétain et la fin de la Collaboration, Henry Rousso, Éditions Complexe, 1999
  • Io, fascista, 1945-46, La testimonianza di un superstite, Giorgio Pisanò, Net, 2003
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