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dimanche, 10 janvier 2016 19:37

La fin de la RSI

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Garibaldini de la division Valsesia défilant à Milan le 28 avril 1945. Au premier plan, on reconnaît un Fiat 626 Garibaldini de la division Valsesia défilant à Milan le 28 avril 1945. Au premier plan, on reconnaît un Fiat 626 Publifoto

En avril 1945, alors que la guerre touche à sa fin, les Allemands demeurent toujours retranchés en Italie septentrionale derrière la ligne dite Gothique, qui s'appelle en réalité Grüne Line II (ligne Verte II) ou Appeninenstellung. Le Heeresgruppe C du Feldmarschall Kesselring, avec quelques divisions de l'ENR, est toujours opérationnel et reste en mesure d'affronter le 15th Army Group du général Mark Clark.

Opération Sunrise (ou Crossword)

Le 8 mars 1945, le SS-Obergruppenführer Karl Wolff, Hochster SS und Polizei-Führerin Italien (chef suprême des SS et de la police en Italie), accompagné du SS-Standartenführer Eugen Dollmann, représentant d'Himmler en Italie, du SS-Hauptsturmführer Zimmer et de l’industriel italien baron Luigi Parilli rencontrent Allen Dulles, le chef de l'OSS à Zurich. Des sondages avaient été réalisés précédemment par Dollmann.Wolff affirme pouvoir persuader le Feldmarschall Albert Kesselring de mettre fin aux combats en Italie du Nord. Pour montrer sa bonne foi, il a fait sortir de prison Ferruccio Parri, un antifasciste échangé (pour ne pas attirer les soupçons) contre un général allemand. Il assure également arrêter toute opération militaire contre les partisans italiens et faciliter le passage de la frontière suisse aux Juifs. En contrepartie, il demande à ce que les troupes allemandes puissent se rapatrier aux travers des cols alpins autrichiens.

Le SS-Obergruppenführer Karl Wolff.
(crédits photo : Bundesarchiv)
Allen Welsh Dulles, chef de l'OSS en Suisse.
(crédits photo : Library of Congress)

Averell Arriman, ambassadeur américain à Moscou, informe Molotov, le ministre des affaires étrangères de Staline des tractations et propose qu'un officiel soviétique soit présent pour participer à ces entretiens secrets.

Le 19 mars, Dulles rencontre à nouveau Wolff à Ascona en Suisse, près de la frontière italienne. Pour Wolff , convaincre le général Heinrich Von Vietinghoff, qui a remplacé Kesselring à la tête du Heeresgruppe C, ne sera pas aisé (le Feldmarschall a été victime d'un accident de voiture avant d'être nommé à la tête de l'OB West). Pour lui, le projet de réduit alpin (Alpenstellung) ne servira qu'à prolonger la guerre inutilement.

Roosevelt a mis Staline au courant des tractations secrètes, qui est irrité que celles-ci se passent sur le dos de l'URSS. Il craint qu'une paix séparée en Italie puisse permettre aux Allemands de reporter des troupes sur le front de l'Est.

Le 6 avril, Wolff ordonne aux commandants des unités stationnées en Italie de ne commettre aucune destruction contre l'appareil industriel italien, comme il avait été conclu avec les Alliés. Himmler exigeant son retour afin d’éclaircir la situation, Wolff retarde son voyage à Berlin mais se décide finalement à partir le 19 avril pour la capitale du Reich, alors que les Russes sont arrivés à la périphérie de la ville. Mais le 21, l'opération Sunrise est annulée sous la pression soviétique, Staline craignant que les troupes stationnées en Italie ne puissent être envoyées contre l'Armée Rouge. Revenu de Berlin, Wolff repart pour Lucerne le 24 avril. Averti que les pourparlers sont interrompus, il retourne à son QG de Fasano. Devant l'accélération de la situation, Wolff prend contact avec le CLN local de Cernobbio pour négocier la reddition allemande. Envoyé à Lugano, un représentant de Dulles lui apprend que les négociations de Sunrise peuvent reprendre, les Alliés craignant l'annexion de Trieste par les troupes de Tito et d'être mis sur le fait accompli. Deux plénipotentiaires allemands sont envoyés à Caserte pour y signer l'acte de reddition le 29 avril à 14h00.

Kesselring, ayant repris son poste de commandant du Heeresgruppe C, s'oppose à toute reddition. Wolff, craignant d'être arrêté, se retranche à Bolzano le 1er mai, avec ses SS et sept chars Tigre. Il destitue le général Schulz et le fait remplacer par son prédécesseur, le général Von Vietinghoff, favorable à la reddition. Ayant appris la mort d'Hitler le jour même à 23 heures, Kesselring se résout finalement à capituler.

L'effondrement de la ligne Gothique

Durant la nuit du 9 au 10 avril 1945, après un intense bombardement aérien et un puissant tir d'artillerie, le front sur la ligne Gothique s'ébranle, c'est l'opération Lightning : l'offensive générale du 15th Army Group du général Mark Clark. Deux armées, la 5th US Army (général Truscott) et la VIIIth Army (lieutenant-general Sir Mac Creeey), ont pour objectif d'opérer une percée du front au Sud de Bologne, d’atteindre le Pô et de progresser dans la plaine vers Padoue.

Carte du front sur la ligne Gothique avant la percée Alliée d'avril 1945.
(crédits : Alexandre Sanguedolce)

Durant les premiers jours d'avril, des attaques de diversion sont menées sur les flancs pour détourner des troupes allemandes du front central (les leçons de Cassino ont été retenues). Le 5th Britisch Corps (lieutenant-general Charles Keightley) reçoit le redoutable honneur de franchir le fleuve Senio, puissamment fortifié, en lançant la Indian 8th Inf.Div. (major-general Dudley Russell) et la New-Zealand 2nd Inf.Div. qui atteignent le fleuve Santerno, rejoints par les Polonais de la Polish 3rd Karpathian Rifle Division. L'avancée du Polish IInd Corps est ralentie par la contre-attaque du 504 Schwere Panzer-Abteilung et de la 94.Volks-Grenadieren Divison.

Alors que le front est rompu entre le Sernio et le Serchio, la 5th US Army se met en mouvement le 14 avril après que les lignes allemandes ont été pilonnées par un tir de barrage de 1500 bouches à feu et un bombardement aérien. Le IVth US Corps, composé de la FEB (Force expéditionnaire brésilienne ou Força Expedicionària Brasileira) et de la 1st Armoured Division, a pour objectif la route SS 9 pour faire la jonction avec le IInd US Corps et le XIII Corps afin d'encercler Bologne. C'est le 87° Gruppo di Combattimento Friuli qui a l'honneur d'entrer en premier dans Bologne, devenant ainsi la première grande ville italienne libérée par une unité régulière de l'armée italienne co-belligérente le 21 avril. Après les durs combats de Montese, la FEB aidée par les formations partisanes 31a brigata Garibaldi Forni, 32a brigata Garibaldi Monte Penne et la 135a brigata Garibaldi Mario Betti est à la poursuite des armées allemandes et italiennes de l'ENR en route sur la via Emilia pour rejoindre les Alpes autrichiennes. La 148.Infanterie-Division, les restes de la 90. Infanterie-Division et la division bersaglieri Italia se retrouvent encerclées à Fornovo par la FEB et la 34th US Division. Le btg.bers. Mameli tente de desserrer l'étau mais le général Otto Fretter-Picot (commandant la 148.Inf-Div.) décide de se rendre au général brésilien Mascarenhas de Morais, le 28 avril, permettant ainsi la capture de 15 000 hommes.

La fin de la RSI

Le 4 avril 1945, les principaux hiérarques fascistes sont réunis par Mussolini à Maderno au bord du lac de Garde, pour envisager une dernière défense dans l'éventualité d'un effondrement de la ligne Gothique. Vincenzo Costa, federale (responsable du PFR local) de Milan, le maréchal Graziani, ministre de la défense, Alessandro Pavolini, secrétaire-général du PFR, Paolo Zerbino, ministre de l'intérieur et Ferdinando Mezzasoma, ministre de la propagande, participent à cette réunion. Graziani envisage d'établir une nouvelle ligne de défense sur le Pô, alors que Costa expose son plan d'ultime défense dans la vallée de la Valtellina. Ce plan consiste à regrouper le moment venu toutes les forces armées de la RSI pour y mener un dernier combat. Ce seraient les « Thermopyles du Fascisme », le dernier baroud d'honneur du fascisme, voulu par Pavolini pour y trouver une bella morte. Le maréchal Graziani et le prince Junio Valerio Borghese, commandant la division Xa MAS, trouvent le projet irréaliste. Pour Pavolini, ce seront ses BB.NN. qui formeront le dernier carré autour du Duce, derniers des fidèles puisque l'armée et la Xa MAS refusent de le suivre dans ce projet.

Le général Wening, commandant la place de Milan ordonne de commencer à fortifier la ville, miner les ponts, creuser des obstacles antichars. Cependant, Mussolini refuse que la capitale lombarde, berceau du fascisme ne devienne la Stalingrad italienne.

Mussolini en compagnie de Pavolini lors de sa visite à la legione autonoma mobile Ettore Muti à Milan le 17 décembre 1944. Vincenzo Costa et Alessandro Pavolini à Milan en 1944.
Le maréchal Graziani en compagnie du prince Junio Valerio Borghese. Le général Wening (au centre), commandant la place de Milan.

Pavolini part en reconnaissance dans la Valtellina et écrit au Duce, le 5 avril :

« Duce, … je n'ai pas pu arriver en Valtellina, je suis passé par Côme... Le nettoyage de la basse vallée sera relativement facile. Plus difficile est la situation entre Sondrio et surtout à Tirano. »

Pour nettoyer la Valtellina, les unités de la GNR présentes dans la vallée vont recevoir un étonnant renfort : la Milice française. En effet, le 10 mars 1945, un bataillon de miliciens a quitté Heuberg en train. Les 500 francs-gardes arrivent le lendemain à Bolzano, dans le Haut-Adige. C'est ce qu'il reste de la Milice, les autres ont été engagés dans la division Charlemagne ou sont restés en Allemagne comme travailleurs. Ils repartent en camions le 13 mars pour Milan et s'installent dans sa banlieue à Sesto San Giovanni. L'unité est baptisée 1er bataillon français, commandé par le capitaine Georges Carus et placé sous l'autorité du général Tensfeld, commandant militaire de la place. Il informe Darnand que le bataillon devra partir pour la Valtellina, à Tirano. Le 9 avril, les miliciens quittent Sesto pour Tirano où ils arrivent le lendemain matin à 6h00. Le bataillon prend ses quartiers à la caserne Torelli ayant appartenu aux alpini.

Miliciens français de Joseph Darnand.

Le 14 avril se tient le dernier conseil des ministres de la RSI. En raison de l'offensive alliée sur la ligne Gothique, Mussolini et les ministères doivent quitter le lac de Garde pour s'installer à Milan où le Duce arrive le 18 avril. Pavolini expose son plan de Réduit Alpin Républicain (RAR). À l'heure H, 30 000 brigadisti se replieront dans la Valtellina pour y mener une résistance à outrance. Il est le seul à croire à ce projet utopiste, tandis que Borghese ne veut pas engager son unité, occupée à défendre Gorizia et le Frioul. En effet, depuis le début de l'année, les frontières orientales sont menacées par le IX Korpus, objet des visées annexionnistes des Slovènes aidés des brigate Garibaldi communistes.

Mussolini ne se fait plus aucune illusion : la fin de la RSI paraît inéluctable après la chute de Bologne et l'avancée alliée dans la plaine du Pô alors que les Allemands se replient sans combattre. Il se prépare à rentrer en contact, via le cardinal de Milan, Ildefonso Schuster, avec les membres du CLNAI pour discuter d'une passation indolore des pouvoirs en évitant une effusion de sang. Les intentions du Duce sont floues : va-t'il se réfugier en Suisse, pays qu'il connaît bien depuis son exil de jeunesse lorsqu’il n'était qu'un révolutionnaire socialiste, se retrancher dans le vieux Castello Sforzesco de Milan et y attendre tranquillement les Alliés, partir pour la Valtellina, ou encore rencontrer des émissaires de Churchill, avec qui il a entretenu une intense correspondance ?

Le cardinal Ildefonso Schuster, archevêque de Milan.

Le 25 avril, Mussolini quitte la préfecture de Milan à bord de son Alfa Romeo en compagnie de Cesare Maria Baraccu (sous-secrétaire à la présidence du Conseil), le préfet de la province de Milan Mario Bassi suivis par Paolo Zerbino, ministre de l'intérieur avec l'industriel Gian Riccardo Cella. Le maréchal Graziani rejoint le groupe à l'archevêché à 17h00. Mussolini échange quelques mots avec Monseigneur Schuster en attendant l'arrivée des membres du CLNAI : Rafaelle Cadorna, commandant le CVL, Achille Marazza pour la Démocratie-Chrétienne et Riccardo Lombardi pour le Parti d'Action. Les communistes sont absents. Mussolini souhaite négocier une reddition honorable et une passation de pouvoirs sans effusion de sang. Les représentants du CLNAI restent intransigeants, ce sera une reddition sans condition. Durant les discussions, Mussolini apprend que Wolff a entamé des négociations secrètes et il quitte de rage la réunion sous un ultimatum : s'il n'a pas capitulé sous deux heures, le CLNAI lancera l'insurrection générale à Milan et dans toute l'Italie du Nord. Il est 19h00. Une déclaration est proclamée :

« ...l'exécution de Mussolini et de ses complices est la conclusion nécessaire d'une phase d'histoire qui laisse notre pays couvert encore de ruines matérielles et morales. Elle est la conclusion d'une lutte insurrectionnelle, prémices pour la patrie d'une renaissance et d'une reconstruction.... »

Le Duce se rend à la préfecture de Milan, rassemble son état-major et ordonne de se mettre en route pour Côme. Cette décision semble avoir été décidée avant la réunion à l'archevêché. Suivi de son escorte de SD (Sicherheitsdienst) du SS-Obersturmführer Fritz Birzer qui a été désigné personnellement (Führerbefehl) par Hitler pour le protéger, Mussolini monte à bord de son Alfa Romeo, avec Zerbino et Bombacci. Suivent les véhicules des hiérarques fascistes, du clan Petacci (Clara et son frère Marcello) et tout à la fin, une camionnette Balilla. À l'intérieur se trouvent des documents secrets, mais le véhicule tombe en panne au bout de quelques kilomètres et est abandonné. Les documents n'ont jamais été retrouvés. À Milan, les dernières troupes de la RSI, BB.NN. et GNR quittent la capitale lombarde. En tous, ils sont 4636 hommes en armes, décidés à se battre jusqu'au bout. Ils se dirigent vers Côme, à la suite du Duce.

Mussolini avec l'Obersturmführer Fritz Birzer avant son départ pour Côme le 25 avril 1945. Groupe de partisans photographié piazza Brera, à Milan, en avril 1944.
(crédits photo : Olycom/Publifoto)

Le trajet n'est long que d'une quarantaine de kilomètres et la colonne atteint Côme vers 21h00. Mussolini dîne chez le préfet Lorenzo Celio. Pendant ce temps, le questeur de la ville traite la reddition de toutes les forces fascistes rassemblées à Côme et la présence du dictateur déchu est encombrante. Il dépeint exagérément une situation tragique afin de convaincre le Duce de lever le camp. Celui-ci appelle son épouse Rachele durant la nuit, il lui dit « ...Tout est fini, je suis seul... ».

Le lendemain 26 avril, à 4h30, Mussolini prend congé de sa femme et s'apprête à partir à l'insu de son escorte. Mais les véhicules des SD ont bloqué le passage de l'Alfa qui repart avec le cortège de voitures où sont massés les hiérarques et leur famille, qui n'a rien de martial.

Pendant ce temps, les forces fascistes qui avaient quittées Milan arrivent à Côme vers 9h00. Ils apprennent que Mussolini est parti, cette absence porte un coup fatal au moral des troupes. Elles restent désœuvrées en ville, sans ordres précis. Certains commencent à échanger leur uniforme contre une tenue civile. C'est à ce moment précis que s'est jouée la désagrégation de la RSI. Alors que Mussolini est arrivé à Menaggio, Pavolini retourne à Côme vers midi pour constater que les BB.NN. qui devaient combattre jusqu'au bout en Valtellina ont fondu comme neige au soleil. Désarmés par les partisans qui leur ont promis la vie sauve, ils sont battus, enfermés et malgré la parole donnée, exécutés après un simulacre de procès.

La colonne des hiérarques redémarre de Menaggio mais l'itinéraire a changé, elle ne poursuit plus sa route le long des rives septentrionales du lac de Côme mais bifurque vers les montagnes jusqu'à Grandola. Birzer, méfiant, ne quitte plus Mussolini d'une semelle, il craint une tentative d'évasion vers la Suisse toute proche. Celui-ci s'installe dans un hôtel, la présence d'Elena Curti, la fille naturelle du Duce déclenche une crise d'hystérie de la part de Clara Petacci. Si ce n'était pas dans un moment aussi grave, cela pourrait ressembler à une comédie à l'italienne.

La colonne se remet en route pour Menaggio et le lendemain 27 avril, à 4h00 du matin, Pavolini réapparaît à bord d'un camion Lancia 3 Ro, monstre blindé, armé d'un canon de 20 mm et trois mitrailleuses appartenant à la XXXVI BB.NN. de Lucques. Mussolini s'en prend à Pavolini « où sont les 3000 brigadisti promis ? ». Avant de reprendre la route, une colonne de la Flak en retraite, commandée par l'Oberleutnant Hans Fallmeyer, se joint aux fascistes. Avec eux se trouve Pietro Callisti, as de l'ANR, inapte au vol. Le convoi quitte Menaggio : c'est le camion blindé conduit par Merano Chiavacci avec Pavolini à son bord qui ouvre la marche. En tout, on compte 28 véhicules formant un cortège long d'un kilomètre, rassemblant 177 Allemands et 174 Italiens. D'un coup, Pavolini fait stopper le camion et part chercher Mussolini pour le mettre en sécurité à l'intérieur.

Itinéraire de la colonne Mussolini les 25 et 26 avril 1945.
(crédits : Alexandre Sanguedolce)
Le Lancia 3 Ro blindé de la XXXVI BB.NN. après sa capture par les partisans à Dongo.

À l'entrée de Musso (un signe du destin ?), Merano Chiavacci freine violemment : la route est obstruée par un tronc d'arbre et des rochers. Des coups de feu sont échangés, la mitrailleuse de bord du Lancia répond quand un groupe d'Allemands de la Luftwaffe brandit un drapeau blanc et se dirige vers les partisans. Fallmeyer veut négocier son passage pour rejoindre le Brenner, sans effusion de sang. Il entame les négociations avec le chef de l'unité partisane, la 52a brigata d'assalto Garibaldi Luigi Clerici. Son chef est le comte Pier Luigi Bellini delle Stelle (Pedro). Les négociations vont s'éterniser et durer six heures. Pedro veut gagner du temps pour faire rameuter des renforts. Il n'est pas intéressé par les Allemands mais par contre, il compte faire arrêter les fascistes. À cet instant, il est loin de savoir qu'il va toucher le « gros lot » et entrer dans l'Histoire pour avoir procédé à l'arrestation du Duce et de ses ministres.

Vers 13h00, Fallmeyer revient, les conditions imposées par les partisans sont les suivantes : seuls les Allemands pourront passer, les fascistes doivent se rendre. Pour Birzer, sa mission est simple, il doit coûte que coûte préserver la vie du Duce, celle des autres hiérarques ne l'intéresse pas. Il réussit à convaincre Mussolini d'enfiler une capote militaire et un casque allemand. Bien que cette idée le répugne, le Duce accepte à contrecœur sous l'insistance des ses fidèles. Il monte à bord du camion de la Luftwaffe avec sous son bras le cartable qu'il n'a pas quitté depuis Milan. À l'intérieur, des documents secrets doivent le disculper en cas de procès, prouvant qu'il avait tout tenté pour empêcher la guerre. Les véhicules allemands se mettent en route et s'arrêtent à Dongo pour être inspectés comme il a été conclu avec Bellini.

À 15h30, ce 27 avril 1945, Mussolini, faisant semblant de dormir, est reconnu par Giuseppe Negri (Zocolin). Urbano Lazzaro (Bill), commissaire politique de la 52a brigata, confirme qu'il s'agit bien du Duce. Il descend du véhicule sans opposer de résistance, se déleste de son MP40 et est conduit à la mairie de Dongo où le rejoignent les autres hiérarques. Seul Pavolini tente d'échapper à son sort : il sort du Lancia, échange des coups de feu et se cache sur les rives du lac. Blessé, il ne sera retrouvé qu'en soirée et emmené à Dongo.

La mort de Mussolini

Bellini (Pedro) entend bien remettre l'ex-dictateur déchu et ses ministres au CLNAI. Il décide d'enfermer Mussolini à Germasino dans la caserne de la douane, plus facile à garder et à défendre en cas de tentative de libération par un commando fasciste ou de SS. Luigi Canali (Neri) propose de transférer en lieu sûr Mussolini et Clara Petacci qui a demandé de rejoindre son amant. Pedro retourne chercher le Duce à Germasino avec Neri et son chauffeur. Avec un bandage placé autour du visage, le dictateur est emmené à Dongo où Clara le rejoint. Deux véhicules emmènent les captifs à Bonzanigo di Mezzegra, avec, pour les surveiller, une partisane : Giuseppina Tuissi (Gianna). Durant la nuit du 27 au 28 avril, ils sont conduits à la demeure des De Maria, paysans qui ont caché Luigi Canali (Neri) lorsqu'il était recherché par les autorités de Salo.

À partir de ce moment, les faits commencent à devenir divergents avec l'entrée en scène de Walter Audisio (Valerio), colonel auto-proclamé et vétéran des brigades internationales en Espagne. Ayant appris l'arrestation de Mussolini, il est chargé de procéder avec son commando de partisans à son exécution immédiate ainsi qu'à celle des hiérarques.

Walter Audisio (à gauche) en compagnie de Luigi Longo.

Valerio arrive à Dongo vers 14 heures, le 28 avril. Il fait part à Pedro de sa mission qu'il doit remplir à tout prix. Il dresse une liste des fascistes à fusiller. Parmi les condamnés d'office, Pietro Calisti, as de l'ANR, qui s'était joint avec l'unité de la Flak à la colonne. Il faut quinze hommes à fusiller pour venger les quinze partisans exécutés Piazza Loreto le 10 août 1944. À 15h10, Valerio et ses hommes, ayant appris où étaient cachés les captifs, se rendent chez les De Maria. Audisio se fait passer pour leur libérateur. Mussolini et Clara montent à bord de leur véhicule qui s'arrête quelques instants plus tard, devant le portail de la villa Belmonte. On les fait descendre, Audisio prononce la sentence de la condamnation, appuie sur la détente, son arme s’enraille, prend des mains de Michele Moretti (Gatti) son MAS 38 et tire la rafale mettant fin aux jours de Mussolini et de sa maîtresse. Il est 16h10. Audisio retourne à Dongo pour s'occuper des hiérarques, dont le sort est déjà fixé.

Il s'agit de l'histoire « officielle », celle qui paraît dans les pages du quotidien communiste L'Unità et qui deviendra une vulgate.

Dans le Corriere della Sera du 26 avril 1994, Michele Moretti affirme être l'auteur de la rafale mortelle. Les De Maria ne reconnaissent pas Walter Audisio en Valerio, car l'auteur de l'exécution n'est autre que Luigi Longo (Gallo), chef du PCI, ancien commissaire aux Brigades Internationales en Espagne. Un autre mystère demeure quant à l'heure de l'exécution. Giorgio Pisano, en recoupant des témoignages a démontré que des témoins ont entendu les coups de feux vers midi chez les De Maria (donc antérieurs à 16h10), alors qu'Audisio était en route pour Giulino di Mezzagra à ce moment-là. L'exécution devant le portail des Belmonte ne serait qu'un simulacre selon le témoignage visuel de Dorina Mazzola. Une expertise de la capote militaire de Mussolini montre qu'elle ne porte aucune trace de perforation, elle aurait donc été enfilée post-mortem.

C'est au tour des hiérarques, gardés dans la mairie de Dongo de se diriger vers 17h00 au bord du lac de Côme contre une rambarde toujours visible de nos jours. Walter Audisio leur ordonne de tourner le dos au peloton d'exécution, refusant de consentir à Baraccu le droit d'être fusillé de face (il est décoré de la MOVM, plus haute distinction militaire italienne). Les quinze se retournent finalement, leur dernière volonté, à savoir que Marcello Petacci ne soit pas fusillé avec eux, leur est accordée. Après l'exécution et le coup de grâce, vient le tour du frère de Clara. Celui-ci réussit à fausser compagnie au peloton d'exécution, plonge dans le lac mais est finalement abattu.

Les corps des suppliciés sont jetés dans un camion, avec ceux de Mussolini et Clara Petacci. A 7h00 du matin, les cadavres sont déposés à Milan, Piazzale Loreto, où le 10 août 1944 avaient été fusillés quinze partisans par la legione autonome Ettore Muti, unité chargée de la répression et de la lutte antiguérilla .

À l'annonce de la présence des corps, la foule s'amoncelle, les couvre de crachats, de coups, de gestes obscènes parfois... Un autre corps est jeté, il s'agit du hiérarque fasciste déchu Achille Starace qui faisait son jogging ce moment-là. Reconnu, il est fusillé en tendant le bras pour un dernier salut fasciste. Les cadavres sont accrochés tête en bas sur le toit d'une station essence.

La commune de Dongo, au bord du lac de Côme, où sont exécutés les hiérarques accompagnant Mussolini. Le corps de Mussolini pendu par les pieds à la station Esso de piazzale Loreto à Milan le 29 avril 1945.
(crédits photo : Luigi Ferrario, Lombardia Beni Culturali)
Exécution d'Achille Starace le 29 avril 1945 à 11h30, piazzale Loreto à Milan.
(crédits photo : Ap)

La reddition finale et les règlements de comptes

Le magg. Vanna à la tête du II btg. de la III legione GNR di frontiera Vetta d'Italia quitte Tirano le 27 avril pour se diriger vers le lac de Côme où il entend faire la jonction avec la colonne de Mussolini.

Au niveau du Santuario della Madonna, les véhicules sont pris à parti par les partisans qui tirent des hauteurs. La mort dans l'âme, Vanna retourne à Tirano. Durant la nuit, il décide, avec 200 volontaires de reprendre la route vers le lac de Côme. Il pense que le Duce est arrivé, ou du moins ne va pas tarder à rejoindre Sondrio. Il ne sait pas que Sondrio est aux mains des partisans. À Ponte Valtellina, une voiture vient vers les fascistes, à l'intérieur, le chef partisan Mario Abbiezi dit Maio. Il a avec lui le général Onori, chef des forces de la Valtellina. Il demande à Vanna de déposer les armes, le fascisme est arrivé à sa fin : Mussolini a été capturé et exécuté.

Quelques jours plus tard, Vanna et des centaines de brigadisti seront sortis de leur geôle et exécutés sommairement.

À Tirano, la Milice s'est retirée dans la caserne Torelli avec une poignée d'artilleurs SS italiens appartenant à la 29.Waffen-Grenadier-Division der SS Italien. Ces troupes repoussent un temps les assauts de la division alpine Valtellina, composée de partisans giellisti non-communistes (du parti Giustizia e Libertà).

Les miliciens perdent six des leurs, une trêve est négociée, et après concertation, les partisans italiens acceptent de concéder à Darnand l'honneur des armes. Après une dernière revue, les miliciens sont consignés et envoyés à Coltano, immense camp de prisonniers de guerre. Fritz Birzer et ses hommes passent la frontière suisse pour rejoindre l'Allemagne, la mission a échoué mais Birzer n'a plus à craindre pour sa vie, Hitler s'est suicidé dans le bunker de la chancellerie.

Sur le front des Alpes Occidentales, les alpini de la division Monterosa et les paras du régiment Folgore, après avoir mené des combats à plus de trois mille mètres d'altitude cotre les Chasseurs Alpins français se replient en bon ordre sur Aoste et se livrent aux troupes américaines qui leurs accordent l'honneur des armes.

Wolff, bloqué à Bolzano, envoie deux plénipotentiaires partis d'Annecy munis des lettres de créance pour signer la reddition sans condition à Caserte auprès des Alliés : le SS-Sturmbannführer Eugen Wenner pour le compte de Wolff et des SS et l'Oberstleutnant Viktor Schweinitz pour le compte de Von Vietinghoff représentant la Heer et le Maréchal Graziani pour les forces armées de la RSI. Arrivés en civils, ils signent l'acte de capitulation le 29 avril à 14h00 devant le général américain Morgan, les hostilités cessant le 3 mai 1945.

Les Cosaques de l'Ataman Krasnov qui étaient arrivés durant l'été 1944 dans le Frioul pour créer un Kosakenland, après avoir livré de durs combats contre les partisans à Ovaro, se replient en Autriche fin avril pour se livrer aux Alliés qui les remettront aux autorités soviétiques avec le sort tragique que l'on connaît.

Pour les troupes fascistes qui se rendent, c'est le moment des règlements de compte. Malgré la promesse des partisans, des milliers de fascistes sont assassinés après une parodie de procès, parfois après avoir été torturés, allant jusqu'à être jetés vivants dans des hauts-fourneaux comme à Gênes. Des exécutions de masse ont lieu dans tout le nord de l'Italie :

  • à Rovette, le 28 avril, 43 très jeunes miliciens de la I legione d'assalto Tagliamento sont fusillés, le plus jeune ayant 16 ans. Giuseppe Mancini, figurant parmi les victimes, est le neveu de Mussolini, fils de sa sœur Edvige ;
  • à Codevigo, entre le 26 avril et la mi-juin, 136 hommes de la GNR et des BB.NN. sont fusillés ;
  • à Oderzo, 113 personnes sont fusillées après qu'un sauf-conduit leur ait été accordé ;
  • à Vercelli, dans l'hôpital psychiatrique qui sert de prison, une soixantaine de fascistes sont exécutés, parmi lesquelles les femmes du Service Auxiliaire, les corps sont jetés dans le canal Cavour ;
  • à Schio, 54 fascistes sont prélevés de la prison et fusillés ;
  • à Argelato, 29 exécutions sommaires, parmi les victimes, la fratrie Govoni de sept personnes…
Fascistes aux mains des partisans à Milan fin avril 1945.
(crédits photo : Olycom/Publifoto)
Femme du Service Auxiliaire de la RSI capturée par des partisans en avril 1945.
(crédits photo : Olycom/Publifoto)
Femmes du Service Auxiliaire rasée au moment du soulèvement général à Milan.
(crédits photo : RCS/Lapresse)

Il existe des divergences concernant le nombre des victimes de l'épuration qui a pris des caractères arbitraires : des notables, des religieux, des carabinieri, des innocents ont été assassinés pour des motifs qui n'ont rien à voir avec le fascisme. D'après Giampaolo Pansa, on peut estimer à 30 000 le nombres de morts allant d'avril 1945 à la fin de 1946.

L'exécution de Mussolini en compagnie de sa maîtresse Clara Petacci n'a cessé de donner lieu à des controverses, des contradictions, de faux témoignages voire même des élucubrations. Beaucoup de personnages ont préféré se taire, une omerta qui hante encore les historiens. Des protagonistes de l'affaire ont été assassinés juste après la fin de la guerre, comme Luigi Canali (Neri) qui avait proposé la cachette des De Maria ainsi que sa maîtresse Giuseppina Tuissi (Gianna), qui avait escorté Mussolini et la Petacci à Bonzanigo. Ces témoins génants ont disparu.

Parmi ceux qui ont menés des enquêtes sérieuses et approfondies, on peut citer le journaliste Franco Bandini, l'historien fasciste Giorgio Pisano et le grand Renzo de Felice. Pierre Milza a rédigé Les Derniers Jours de Mussolini en reprenant les différentes thèses, mais certaines parts d'ombre n'ont jamais été levées et ne le seront certainement jamais. Peut-être un jour, du côté de la Via delle Botteghe Oscure à Rome, siège du PCI, les archives endormies depuis soixante-dix ans révéleront les raisons d'un mystère si bien entretenu.

Sources :
  • Il superfascista, vita e morte di Alessandro Pavolini, Arrigo Petacco, Mondadori, 1998
  • Les dernières heures de Mussolini, Franco Bandini, France-Empire, 1961
  • Brigate Nere, le Mobili, le Operativi, le Autonomi, Federico Ciavatone, Lo Scarabeo, 2012
  • Les derniers jours de Mussolini, Pierre Milza, Fayard, 2010
  • Le crépuscule du fascisme, Laurent Berrafato, Éditions Godefroy de Bouillon, 1998
  • Le ultime ore della RSI, Marco Barozzi, 2008
  • Il sangue dei vinti, Giampaolo Pansa, Sperling & Kupfer, 2003
  • L'ultimo federale, Vincenzo Costa, Il mulino, 2005
  • L'Axe brisé, l'amitié brutale d'Hitler et Mussolini, Frederick F. Deakin, Stock, 1964
  • L'Armata Cosacca in Italia, Pier Arrigo Carnier, De Vecchi, 1965
  • Un après-midi à Mezzagra, Peter Whittle, Fayard, 1971
  • R.S.I., Forze Armate della Repubblica Sociale, La guerra in Italia, 1945, Nino Arena, Ermanno Albertelli Editore, 2002
  • La guerra degli Italiani 1940-1945, Piero Melograni, De Agostini, 2004
  • Archives du Corriere della Sera
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