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dimanche, 02 juillet 2017 15:12

La Xa flottiglia MAS contre Gibraltar

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Le rocher de Gibraltar vu depuis le port d'Algésiras en 1942. Le rocher de Gibraltar vu depuis le port d'Algésiras en 1942.

A l'instar d'Alexandrie, le port de Gibraltar est un objectif prioritaire pour l'état-major de la Xa fl.MAS qui va y consacrer d'importants moyens. Une attaque simultanée des deux ports est mise au point dès septembre 1940. Le deuxième assaut sur Alexandrie est un échec retentissant avec la destruction du Gondar et la capture des opérateurs le 30 septembre 1940. L'opération concomitante sur Gibraltar BG 1 débute le 24 septembre 1940...

Opération BG 1 (29 septembre 1940)

Pour cette première attaque sur Gibraltar, le transport des trois SLC est effectué par le sous-marin Scirè commandé par le C.C. Junio Valerio Borghese. Le 29 septembre, arrivé à 50 milles du Rocher, il reçoit l'ordre de SUPERMARINA de faire demi-tour, l'escadre anglaise, la force H, ayant quitté Gibraltar pour un convoyage sur Malte. Le Scirè fait escale à La Maddalena le 3 octobre avant de regagner La Spezia.

Opération BG 2 (30 octobre 1940)

Le 21 octobre 1940, le Scirè appareille de la Spezia avec trois SLC et les mêmes opérateurs que pour la mission précédente. Ils forment les équipes suivantes :

  • SLC 1 : T.V. Gino Birindelli / C.Pal. Damos Paccagnini ;
  • SLC 2 : ST.V. Luigi Durand de la Penne / C.Pal. Emilio Bianchi ;
  • SLC 3 : Cap.GN Teseo Tesei / Serg.Pal. Alcide Pedretti.

À bord se trouve également une équipe de réserve composée du T.GN Gastone Bertozzi et du C.Pal. Giuseppe Viglioli.

Dans la nuit du 28 au 29 septembre, le submersible réussit à déjouer la surveillance de deux contre-torpilleurs et passe le détroit de Gibraltar. Le 30 septembre, à 02h19, les trois maiali quittent leurs cylindres pour accomplir la mission de sabotage. Rapidement, le SLC de Tesei et Pedretti connaît des problèmes techniques et son équipage des soucis avec les appareils respiratoires. Le maiale est abandonné, il poursuit sa route et finit par s'échouer sur une plage de la Linea, en territoire espagnol. Récupéré par les autorités espagnoles, il sera restitué à la marine italienne bien après la guerre, en 1975.

Le SLC de Tesei et Pedretti exposé à Carthagène au début des années 1970. Il a été largement modifé après sa capture par les Espagnols à la suite de l'opération BG 2. L'ancien SLC de Tesei et Pedretti sur le pont du navire qui le ramène en Italie en 1975.

Le SLC de De la Penne et Bianchi connaît lui aussi des problèmes techniques et est coulé. Le dernier maiale de l'équipe Birindelli-Paccagnini est victime d'une avarie de propulsion à 70 m du cuirassé HMS Barham. Paccagnini est obligé de remonter à la surface, n'ayant plus d'oxygène, tandis que Birindelli essaie de relancer le moteur sans succès. Il décide de faire sauter sous l'eau la charge explosive et s'éloigne à la nage. Capturé par la police maritime anglaise avec Paccagnini, il refuse de dévoiler sa mission. Mais pour l'amirauté de Gibraltar, il ne fait aucun doute que la rade n'est plus à l'abri d'un raid italien.

Les quatre autres opérateurs des deux autres SLC réussissent à regagner l'Italie avec l'aide d'agents du SIM infiltrés en Espagne. Quant au Scirè, après être resté environ 40 h en immersion, il fait route vers La Spezia où il accoste au soir du 3 novembre.

Les plongeurs anglais sont parvenus à récupérer le SLC de Birindelli et Paccagnini au fond de la rade. Bien que lourdement endommagé, il servira de modèle pour le développement du futur Chariot britannique.

Le SLC de Birindelli et Paccagnini récupéré par les plongeurs anglais au fond du port de Gibraltar.
(crédits photo : IWM)

Opération BG 3 (25/26 mai 1941)

Un nouvelle tentative de forcement du port de Gibraltar est étudiée par l'état-major de la Xa fl.MAS. Même si les deux précédentes s'étaient soldées par un échec, plusieurs leçons en ont été tirées : les appareils respiratoires ne sont pas au point ainsi que les SLC. De plus, le voyage en sous-marin des équipes d'opérateurs depuis La Spezia provoque une fatigue inutile.

Une solution pour permettre aux opérateurs d'arriver sur zone sans devoir rester confinés plusieurs jours dans un submersible est trouvée. Un pétrolier de 8000 t appartenant à l'armateur génois La Columbia, le Fulgor, construit en 1922, avait été interné par les autorités espagnoles sur le fleuve Guadalete, près de Cadix, lors du déclenchement des hostilités. Aménagé pour recevoir du matériel et des hommes de la Xa fl.MAS, le navire va servir de base relais (base C) pour une nouvelle opération. Huit opérateurs et un médecin envoyés d'Italie par avion rejoignent le Fulgor le 14 mai 1941 alors que le sous-marin choisi pour cette action, le Scirè du C.C. Borghese, appareille de la Spezia le 15 mai avec trois SLC à bord.

Le pétrolier Fulgor au mouillage à Cadix.

Ayant forcé le détroit dans le nuit du 22 au 23 mai, le submersible rentre dans le port de Cadix puis remonte de nuit le fleuve Guadalete pour se mettre à couple du Fulgor. Après avoir embarqué les opérateurs et l'équipe de réserve, l'opération peut commencer.

Le Scirè tente de rejoindre la baie d'Algésiras le 25 mai, mais y renonce à cause de la force du courant. Il répète l'opération le lendemain avec plus de succès : le submersible fait surface à 23h58 devant l'embouchure du Guadarranque et les SLC sont mis à l'eau. Le Scirè rentre alors à La Spezia qu'il atteint le 31 mai.

Le SLC 120 de l'équipage Vesco-Marceglia ne veut pas démarrer dès sa sortie du hangar de pont et doit être abandonné. Les opérateurs grimpent sur les deux autres maiali comme troisième homme,Vesco sur le SLC 160 de Visintini-Magro et Marceglia sur le SLC 130 de Catalano-Giannoni. Le SLC 160 embarque également la charge explosive du SLC 120. Encore une fois, les appareils respiratoires provoquent des malaises et les maiali sont perdus. À la nage, entraînés par un fort courant, les six hommes réussissent à prendre pied sur une plage espagnole pour pouvoir être exfiltrés.

Il faudra attendre la fin de l'été, quand les jours raccourcissent pour mettre au point une nouvelle opération.

Opération BG 4 (20 septembre 1941)

Cette nouvelle entreprise sur Gibraltar se déroule selon le même mode opératoire que l'opération BG 3. Huit opérateurs et un médecin s'envolent pour rejoindre Cadix et le Fulgor. Ils forment les équipes suivantes :

  • SLC 140 : T.V. Decio Catalano / Sc.Pal. Giuseppe Giannoni ;
  • SLC 210 : T.V. Amedeo Vesco / Sc.Pal. Antonio Zozzoli ;
  • SLC 220 : T.V. Licio Visintini / Sc.Pal. Giovanni Magro.

L'équipe de réserve est composée du Cap.GN Antonio Marceglia, du Sc.Pal. Spartaco Schergat et du ST.Med. Giorgio Spaccarelli.

Le Scirè chargé de ses trois SLC part de la Spezia le 10 septembre 1941, toujours sous les ordres du C.C. Borghese. Après avoir passé le détroit de Gibraltar le 16 septembre, il met le cap sur Cadix pour rejoindre le Fulgor le 18 septembre. Une fois les opérateurs embarqués, le submersible se dirige vers l'embouchure du Guadarranque, dans la baie d'Algésiras, où les trois SLC sont mis à l'eau à 01h07 le matin du 20 septembre. Le Scirè rentre à La Spezia le 25 septembre.

Les opérateurs du SLC 210, Vesco et Zozzoli, doivent attaquer un cuirassé. Repérés par une vedette anglaise, ils renoncent à forcer le port militaire et décident de cibler le pétrolier Fiona Shell (2444 t) au mouillage dans la rade. Ils placent la charge, coulent le SLC et rejoignent la côte ibérique. Arrêtés par des policiers espagnols auxquels ils déclarent être des naufragés, ils sont relâchés peu après. Le Fiona Shell, coupé en deux par l'explosion, coule.

L'équipage du SLC 140, qui doit également cibler un cuirassé, se replie sur un navire marchand dans la rade du fait de la vigilance accrue des britanniques à l'entrée du port militaire. Après avoir accroché la tête explosive sous la quille, Catalano se rend compte qu'il s'agit d'un navire italien interné, le Pollenzo. La charge est alors démontée et replacée sous un navire voisin, le Durham (10 900 t). Les deux hommes coulent le maiale et rejoignent à la nage la côte espagnole. Le Durham explose à 09h16 mais parvient à s'échouer. Il sera récupéré.

Quant au SLC 220 de Visintini et Magro, il a pour mission de saboter le porte-avions HMS Ark Royal. Après avoir perdu du temps à échapper aux vedettes de patrouille qui larguent des grenades sous-marines, il n'a plus d'autre choix que de changer de cible. Le pétrolier Denbydale (8145 t) fera l'affaire, et à 08h43, une explosion l'endommage gravement.

Cette fois-ci, l'opération a réussi et est un véritable succès, même si les navires de guerre désignés comme cibles prioritaires n'ont pas pu être approchés. Tous les opérateurs rejoignent l'Italie, accueillis en héros et décorés de la MAVM.

Opérations GG 1 et GG 2 : l'entrée en scène des Gamma

Depuis le succès du 20 septembre 1941, le Rocher n'a plus subi d'attaques de la Xa fl.MAS, la surveillance renforcée du port interdisant toute nouvelle incursion des SLC. Mais Gibraltar reste la cible privilégiée de la Decima qui compte y envoyer ses nageurs de combat Gamma sans recourir à l'approche par sous-marin.

Antonio Ramognino, jeune technicien Piaggio engagé comme volontaire par la Regia Marina, est envoyé en reconnaissance en Espagne au printemps 1942 pour installer une base secrète pour la Xa fl.MAS. Marié à une Espagnole, Conchita Peris del Corral, et maîtrisant parfaitement le castillan, il connaît déjà bien les lieux. De retour en Italie le 4 mai 1942, Ramognino présente son rapport à la Decima. Reparti pour l'Espagne, il loue le 29 juin une maison près de Puente Mayorga, la villa Carmela, sans éveiller les soupçons des autorités espagnoles. Cette habitation va devenir un excellent point d'observation secret de la base de Gibraltar pour la Xa fl.MAS. Située à environ 1 km de la côte à laquelle l'accès se fait par le lit presque toujours asséché d'une rivière, elle constitue une base de départ idéale pour les nageurs de combat Gamma, les premiers navires marchands mouillant à une distance comprise entre 500 et 2000 m de la plage, facilement franchissable la nage. Tout le matériel nécessaire aux Gamma est acheminé caché dans des sacs de charbon, logiquement destiné à la cheminée...

Schéma de la baie d'Algésiras montrant les différentes voies de pénétration utilisées par les Italiens. Plan de la baie d'Algésiras. Antonio Ramognino et son épouse Conchita Peris del Corral en 1942.
(crédits photo : collection F. Harrauer)
Conchita Peris del Corral sur le petit pont enjambant le lit asséché de la rivière (B) emprunté par les Gamma pour rejoindre la baie depuis la villa Carmela (A).
(crédits photo : collection F. Harrauer)
La baie d'Algésiras vue depuis le petit pont de la photo précédente en 1942. Les premiers navires marchands au mouillage ne se trouvent qu'à quelques centaines de mètres.
(crédits photo : collection F. Harrauer)
Conchita Peris del Corral photographiée devant la baie d'Algésiras. Au fond, on reconnaît le Rocher de Gibraltar.

Pour la première opération des Gamma contre Gibraltar, désignée GG 1 (Gamma-Gibilterra), l'envoi des douze nageurs de combat s'effectue selon deux canaux différents :

  • six sont transférés à la Betasom de Bordeaux puis franchissent les Pyrénées à pieds avant de rejoindre Madrid cachés dans le plateau à double fond d'un camion ;
  • six s'embarquent comme matelot sur le cargo Mauro Croce et désertent à Barcelone.

Réunis à Madrid, les douze Gamma sous les ordres du ST.V. Agostino Straulino sont transférés à Cadix en voiture, officiellement pour relever l'équipage du pétrolier Fulgor. De là, ils rejoignent le pétrolier Olterra dans le port d'Algésiras puis la villa Carmela par petits groupes.

La première action des Gamma contre Gibraltar se déroule durant la nuit du 13 au 14 juillet 1942. Les douze nageurs quittent discrètement la villa Carmela vers 03h00, en tenue de plongée, pour rejoindre à la nage la rade. Ils choisissent chacun un navire mais seules quatre charges explosent, car le système de mise à feu n'est pas encore au point. En 3 h, quatre navires sont lourdement endommagés : le Meta (1575 t), le Shuma (1494 t), l'Empire Snipe (2497 t) et le Baron Douglas (3899 t). Tous purent cependant être échoués pour éviter leur perte définitive.

Au retour de mission, sept Gamma manquent à l'appel, capturés par des policiers espagnols et internés dans un hôtel de Cadix. Ils sont finalement libérés par l'entremise du consulat italien d'Algésiras. Les autres retournent sains et saufs à la villa Carmela, Alessandro Bianchini se faisant passer pour un marin civil après avoir marché pendant 16 km, alors que le ST.V. Straulino a été blessé par le heurt de l'hélice d'une vedette anglaise et un autre Gamma victime d'une commotion cérébrale due à l'explosion d'une grenade sous-marine. Au final, tous les nageurs peuvent rentrer en Italie.

Au retour de la mission, tout le matériel utilisé par les nageurs doit disparaître pour ne pas compromettre les futurs opérations. Ramognino a l'idée d'utiliser un vieux puits situé à environ 1 km de la villa. Pour y amener les bouteilles d'oxygène pesant 60 kg à vide, il utilise sa Peugeot. À chaque voyage, il met une bouteille sur le siège passager, recouverte d'un manteau et d'un chapeau.

Les époux Ramognino avec la Peugeot utilisée pour faire disparaître les bouteilles d'oxygène des plongeurs. Conchita Peris del Corral devant le puits servant à dissimuler tous les accessoires des plongeurs.

Un seconde opération baptisée GG 2 est menée selon le même mode opératoire. Trois Gamma quittent la villa Carmela à 23h40 le 14 septembre 1942 et nagent jusqu'à la rade de Gibraltar. Du fait de l'intense surveillance mise en place par les Anglais autour des navires marchands au mouillage, seul le Pal.Smz. Bruno di Lorenzo parvient à placer ses charges sous la quille du cargo Ravens Point (1787 t) qui est coulé. À l'issue de la mission, les trois nageurs sont rapatriés en Italie.

L'escadrille de la Grande Ourse et les dernières attaques sur Gibraltar

Malgré les précautions prises par Ramognino pour faire disparaître toute trace des équipements des plongeurs à leur retour de mission, les Anglais commencent à suspecter que les attaques puissent provenir d'une base terrestre. Il est donc temps pour les Italiens de changer leur plan d'attaque.

Le pétrolier de 4995 t Olterra, appartenant à l'armateur génois Andrea Zanchi, a été sabordé par son équipage dans la baie d'Algésiras le 10 juin 1940. Renfloué, il a ensuite été remorqué dans le port d'Algésiras, à seulement 6 milles du port militaire de Gibraltar. L'agent de la Decima Antonio Ramognino comprend tout de suite l'intérêt de ce navire dans les opérations contre le Rocher. En l'aménageant comme base avancée pour la mise en œuvre des SLC, le transport par sous-marin, long et risqué, deviendrait inutile.

L'équipage est remplacé au fur et à mesure par des hommes de la Decima, à l'exception du capitaine Amoretti et du chef machine De Nigris. Sous prétexte d'un carénage, l'Olterra est ballasté pour lui donner une assiette positive et le faire gîter sur tribord, de manière à faire émerger la proue. Une bâche tendue au motif de protéger les hommes du soleil permet de pratiquer dans le plus grand secret une ouverture de 1,20x2,00 m sur le flanc bâbord du navire. Une fois revenu à assiette et gîte nul, le local au niveau de l'ouverture se retrouve inondé pour servir de sas pour la sortie et le retour des SLC. Les travaux sont supervisés par le T.V. Licio Visintini, qui conçoit une véritable base secrète, avec un atelier de montage des SLC qui arrivent d'Italie en pièces détachées. Le va-et-vient des hommes et matériels à bord est justifié par la rumeur de revente du navire à un autre armateur nécessitant une remise en état. Les Italiens doivent en effet agir prudemment car des policiers espagnols surveillent en permanence le navire pour s'assurer qu'il respecte les normes internationales en terme de neutralité, sans compter qu'il se trouve à deux pas de l'hôtel Vittoria, siège du consulat britannique local.

À l'issue des travaux achevés en octobre 1942, l'Olterra est un véritable « cheval de Troie » pour la base de Gibraltar. Les Anglais ne découvriront le pot aux roses qu'après l'armistice du 8 septembre 1943...

Le T.V. Licio Visintini, commandant de la base secrète installée sur l'Olterra.
(crédits photo : 1° Gr.ANMI)
Le pétrolier Olterra.
(crédits photo : USMM)
Détail de la trappe découpée dans le flanc bâbord de l'Olterra pour permettre la sortie et l'entrée des SLC.
Schéma de l'atelier de montage des SLC installé dans la cale avant de l'Olterra. Atelier de montage des SLC dans l'Olterra.
L'Olterra en attente de démolition à Vado Ligure en 1961.

Le 6 décembre 1942, de son poste d'observation de l'Olterra, le T.V. Licio Visintini voit arriver dans le port de Gibraltar le cuirassé HMS Nelson et les porte-avions HMS Formidable et HMS Furious. L'opération BG 5 est aussitôt mise en place : trois SLC quittent l'Olterra dès le lendemain soir à 23h30 pour un nouvel assaut. Il s'agit des SLC 228, 229 et 236 conduits par les équipages Visintini-Magro, Manisco-Varini et Cella-Leone. Les Anglais, redoutant une nouvelle incursion, procèdent régulièrement à des largages de grenades sous-marines. Une d'elles déchiquette Visintini et Magro. Le deuxième équipage Manisco-Varini est capturé après avoir détruit son SLC et le troisième décide de retourner à l'Olterra, la base étant désormais en état d'alerte. Durant le trajet de retour, Leone disparaît et Cella est l'unique survivant. Malgré cet échec, le secret de l'Olterra n'est pas percé, la Navy annonçant dans un bulletin de guerre que les SLC provenaient du sous-marin Ambra. Les corps de Visintini et Magro seront retrouvés plus tard par les Anglais qui leur rendront les honneurs des armes.

Après cet échec, une nouvelle équipe prend le relais, dirigée par le C.C. Ernesto Notari. Vittorio Cella, le rescapé du groupe Visintini, se joint à elle. Désormais, il n'est plus question d'attaquer les navires dans le port militaire, mais ceux ancrés dans la rade, encombrée de Liberty Ships.

Un nouveau raid est prévu dans la nuit du 7 au 8 mai 1943 : il s'agit de l'opération BG 6. Le premier SLC à sortir du sas de l'Olterra est celui de l'équipage Notari-Lazzari, puis suivent Tadini-Mattera et enfin Cella-Montalenti. Les opérateurs repèrent leurs cibles, fixent la tête explosive et retournent à l'Olterra entre 02h15 et 04h15. Entre 06h15 et 07h30, les charges explosent sous les navires Pat Harrison (7191 t), Mashud (7540 t) et Camerata (4875 t) qui sont remorqués pour s'échouer sur les hauts-fonds devant La Linea.

Le Pat Harrison échoué devant La Linea photographié à l'été 1943 par le Servizio Informazioni Segrete de la Regia Marina.

Dans la nuit du 3 au 4 août 1943, la même équipe (sauf Ario Lazzari remplacé par Andrea Gianoli) effectue l'ultime opération contre Gibraltar, appelée BG 7. Le SLC de Notari et Gianoli sort de l'Olterra à 22h53 et se dirige vers un Liberty Ship américain au mouillage dans la rade, le Harrison Gray Otis (7176 t). Après avoir placé la charge explosive, le SLC s'enfonce brusquement et Gianoli perd le contact. Notari parvient à ramener le maiale à la surface et à rentrer sur l'Olterra. Gianoli, qui fait surface de l'autre côté du Harrison Gray Otis, échappe pendant 2 h aux patrouilles anglaises mais est finalement capturé. Malgré l'intervention des plongeurs britanniques, le Harrison Gray Otis coule suite à l'explosion de la charge.

L'équipage Cella-Montalenti quitte l'Olterra à 23h55 et place sa charge sous le pétrolier norvégien Thorshovdi (9944 t) à 01h30. Coupé en deux par l'explosion, le navire coule à pic. Enfin, le SLC de Tadini et Mattera attaque le cargo anglais Stanridge (5975 t) à 01h45. L'explosion envoie le navire par le fond à 05h10, une heure après le retour des Gamma sur l'Olterra.

À l'exception de Gianoli qui est fait prisonnier, les cinq autres opérateurs rentrent sain et sauf à la base et sont décorés de la MAVM.

Le cargo anglais Stanridge qui sera coulé lors de l'opération BG 7 le 4 août 1943.

Une petite anecdote pour finir : le T.V. Licio Visintini aimait à rappeler à ses hommes que c'est la Grande Ourse qui montre le chemin du retour du Rocher. Après la guerre, on donnera le nom d'escadrille de la Grande Ourse (squadriglia dell'Orsa Maggiore) à son groupe. Leur action inspirera au réalisateur Duilio Coletti le film I sette dell'Orsa maggiore sorti en 1953.

Affiche du film I sette dell'Orsa maggiore.
Sources :
  • I mezzi d'assalto della Xa flottiglia MAS 1940-1945, Marco Spertini & Erminio Bagnasco, Albertelli Editore, 2005
  • I mezzi d'assalto italiani 1940-1945, Parte 1a, Erminio Bagnasco, Storia Militare Dossier n°22, 2015
  • I mezzi d'assalto italiani 1940-1945, Parte 2a, Erminio Bagnasco, Storia Militare Dossier n°23, 2016
  • Sommergibili e mezzi d'assalto subacquei italiani, Alessandro Turrini, Ottorino Ottone Miozzi & Manuel Moreno Minuto, Ufficio Storico della Marina Militare, 2010
  • Navi e marinai italiani nella Seconda Guerra Mondiale, Elio Ando & Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 1999
  • Gli assaltatori del mare, Luis de la Sierra, Club degli Editori, 1971
  • Assaltatori Gamma, La leggenda degli uomini straordinari, Riccardo Furiassi, Edizioni Edelweiss, 2011
  • La « X MAS » ad Algeciras e i mezzi « R », Giorgio Pitaco, Storia Militare n°31, 1996
  • La Decima MAS, Les nageurs de combat italiens de la Grande Guerre à Mussolini, Enzo et Laurent Berrafato. Histoire et Collections, 2001
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