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Classe Di Giussano

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Le Colleoni (à gauche) et le Di Giussano (à droite) en carénage au bassin Ferraris à Tarente en 1935. Le Colleoni (à gauche) et le Di Giussano (à droite) en carénage au bassin Ferraris à Tarente en 1935. coll. Bargoni

Les quatre premiers condottieri italiens furent développés en réponse à la construction des trois croiseurs légers de la classe Duguay-Trouin par la France dans la première moitié des années 1920.

Développement

Les condottieri de la classe Di Giussano furent projetés par le T.Gen.GN Giuseppe Vian du CPN, organisme relevant du Ministère de la Marine. En prenant en compte les caractéristiques des contre-torpilleurs de 2440 tonnes de la classe Guépard réalisés en France, armés de canons de 138 mm, Giuseppe Vian définit un navire de 5000-6000 tonnes donnant la priorité à la vitesse, en sacrifiant la protection. D'ailleurs, dans un premier temps, ces navires furent désignés grandi esploratori da 37 nodi (croiseurs éclaireurs de 37 noeuds) et ne furent classés parmi les croiseurs légers qu'après leur entrée en service. Ces nouveaux condottieri devaient avoir des prestations équivalentes aux Duguay-Trouin, avec une vitesse supérieure de 4 noeuds.

La Regia Marina estimait son besoin à 6 de ces unités, mais les limitations financières ne lui permirent d'acquérir que 4 navires. Les 3 premiers (Alberto Di Giussano, Alberico Da Barbiano et Bartolomeo Colleoni) furent commandés au chantier Ansaldo de Gênes - Sestri Ponente, et le dernier, le Giovanni delle Bande Nere, au chantier de Castellammare di Stabia, près de Naples. Leur construction débuta en 1928 pour s'achever en 1930. Leur coût de construction sans l'artillerie et les centrales de tir était de 59.170.000 lires.

Mise sur cale du Colleoni à Sestri Ponente le 21 juin 1928.
(crédits photo : Ansaldo)
Coque du Colleoni en construction le 30 septembre 1928.
(crédits photo : coll. Bargoni)
Lancement du Di Giussano le 27 avril 1930 à Sestri Ponente.
Lancement du Da Barbiano à Sestri Ponente le 23 août 1930.
(crédits photo : coll. Bargoni)
Le Bande Nere peu avant son lancement le 27 avril 1930 à Castellammare di Stabia. Essai de vitesse du Di Giussano le 18 juillet 1930.

Description technique

Les croiseurs légers de la classe Di Giussano avaient une coque en acier dont la structure légère grevait la résistance. La hauteur importante de la proue, permettant de protéger l'hydravion et la catapulte qui y étaient logés, le poids dans les hauts ainsi que la faible largeur du bâtiment engendraient un manque de stabilité transversale, si bien que par mer formée, le roulis atteignait facilement 27 à 30°. Les quilles de roulis, hautes de 1 m sur le Bande Nere et de 80 cm sur ses sister-ships pour une longueur de 36 m, parvenaient à peine à atténuer ce phénomène. La précision de l'artillerie s'en trouvait nettement diminuée. Le faible blindage en acier au vanadium avait une épaisseur de 24 mm dans la partie centrale de la ceinture et de 20 mm aux extrémités. Le réduit central était protégé par 40 mm d'acier. Le poids total du blindage vertical s'élevait à 290,8 tonnes, contre 271 tonnes (241 t sur le Colleoni qui avait retenu l'alliage nickel-chrome) pour les protections horizontales.

Plan vertical des formes des croiseurs de la classe Di Giussano. Le Colleoni (à gauche) et le Di Giussano (à droite) en carénage au bassin Ferraris à Tarente en 1935.
(crédits photo : coll. Bargoni)
Le Da Barbiano et le Di Giussano au bassin.

Le Bande Nere était légèrement différent des trois croiseurs construits à Sestri Ponente, notamment au niveau du château et des cheminées. D'autre part, l'aménagement intérieur laissait à désirer sur l'unité construite à Castellammare di Stabia, qui fut affublée par son équipage du sobriquet "Brande nere" (bannettes noires).

Les appareils propulsifs furent développés et construits par Ansaldo, sauf celui du Bande Nere qui provenait du Stabilimento Tecnico Triestino et avait été étudié par les CRDA. Ils comprenaient deux groupes turboréducteurs indépendants de type Belluzzo d'une puissance totale de 95 000 ch, entraînant chacun une ligne d'arbre. Chaque groupe était composé d'une turbine haute pression, d'une turbine basse pression, d'un réducteur à engrenages, d'un condenseur principal et d'un condenseur auxiliaire. La vapeur était fournie par 6 chaudières de type Yarrow-Ansaldo de 20 000 ch unitaires réparties dans trois compartiments étanches. Les soutes à mazout avaient une capacité totale de 1290 tonnes, dont 1240 utilisables. Les deux hélices tripales de 4,4 m de diamètre étaient conçues pour tourner à la vitesse maximale de 300 tr/min. Avec une seule turbine, le navire pouvait atteindre une vitesse de 26-28 noeuds. Au cours des essais, le Da Barbiano atteignit la vitesse record de 42,05 noeuds pour un déplacement de 5608 tonnes en développant 123 479 ch, et ce pendant 32 minutes. Mais après 10 ans de service, la vitesse des unités de la classe Di Giussano était tombée à 31-32 noeuds.

Plan de l'appareil propulsif des croiseurs de la classe Di Giussano. Groupe turboréducteur destiné au Di Giussano lors des essais à l'usine Ansaldo de Sampierdarena.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Transport d'un condenseur principal du Di Giussano entre Sampierdarena et Sestri Ponente.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Condenseur auxiliaire du Di Giussano à l'usine de Sampierdarena.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Transport d'une chaudière du Di Giussano de Sampierdarena vers Sestri Ponente.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Embarquement d'une chaudière à bord du Di Giussano au chantier de Sestri Ponente.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)

L'armement principal des Di Giussano comprenait 8 canons de 152/53 construits par Ansaldo à Terni et répartis en quatre tourelles doubles, deux à l'avant et deux à l'arrière. La dotation normale était de 280 obus, et pouvait être augmentée de 50% en temps de guerre. La cadence de tir pratique était de 4 coups/min, les canons produits par Ansaldo ayant un système de chargement plus lent que ceux construits par OTO. L'artillerie secondaire comportait 6 canons de 100/47 OTO mod.28 répartis en trois affûts doubles protégés par un blindage de 8 mm. Deux se trouvaient sur l'arrière de la cheminée avant, à bâbord et tribord, et le troisième était situé devant la cheminée arrière, au centre du navire. La dotation de 2640 obus pouvait aussi être augmentée de moitié en temps de guerre.

Disposition générale de l'armement jusqu'en 1940. Disposition générale de l'armement à partir de 1940. Tourelles de 152/53 de proue du Colleoni.
(crédits photo : coll. Bargoni)
Tourelles de proue du Bande Nere à leur élévation maximale de 45°. Tourelles de 152/53 de poupe du Bande Nere. Affûts bâbord et central de 100/47 sur un croiseur de la classe Di Giussano. On remarque aussi un affût double de 20/65 et la plate-forme lance-torpilles bâbord.

Jusqu'à l'été 1940, la défense antiaérienne était assurée par deux canons Vickers-Terni de 40/39 sur affûts simples logés sur les flancs du château et par 8 mitrailleuses de 13,2 mm sur affûts doubles, situés au-dessus du hangar hydravions et sur la timonerie arrière. Entre 1940 et 1941, les armes de 40/39 furent remplacées par 4 affûts doubles de 20/65, les deux nouveaux affûts étant placés de part et d'autre de la cheminée avant. Deux plate-formes lance-torpilles doubles San Giorgio permettant de mettre en oeuvre des torpilles de 533 mm étaient situées sur chaque bord, entre l'affût arrière de 100/47 et la cheminée arrière.

Les Di Giussano pouvaient embarquer 16 grenades ASM de 100 kg auxquelles s'ajoutèrent 24 grenades de 50 kg. Ces armes étaient mises en oeuvre par deux lance-grenades situés sur la plage arrière et par une rampe multiple qui pouvait être mise en place sur la poupe. Enfin, pour les missions de mouillage de mines, ces croiseurs pouvaient en embarquer jusqu'à 111 tonnes.

Vue de la passerelle du Da Barbiano. On reconnaît en bas à droite un canon Vickers-Terni de 40/39 bâché. Vue de l'affût central de 100/47 du Bande Nere avec en arrière plan les deux affûts doubles de 20/65 tribord. Affûts doubles de 13,2 mm sur la timonerie arrière du Di Giussano le 4 juillet 1940.
Plate-forme lance-torpilles de 533 mm tribord du Di Giussano en 1935. Mines P.200/1936 sur le Da Barbiano, peu avant son départ d'Augusta pour poser le champ "7 AN" dans le canal de Sicile le 5 août 1940.

Les deux hydravions (Cant 25 AR puis Ro.43) étaient logés dans un hangar de 4,7 m de haut situé à la base du château, auquel ils accédaient par deux grands sabords. Deux rails sur bâbord et tribord permettaient d'acheminer les hydravions vers la catapulte de proue. À l'origine, il s'agissait d'une catapulte type Magaldi à explosif, remplacée ensuite par une catapulte à air comprimé type Cagnotto.

Vue en coupe du château montrant l'emplacement du hangar hydravions. Vue du sabord tribord du hangar hydravions du Da Barbiano le jour de son lancement.
Plage avant du Da Barbiano. Remarquez les rails de convoyage de l'hydravion vers la catapulte. Catapultage d'un Cant 25 AR depuis le Da Barbiano lors de la revue navale de novembre 1936 à Naples.

Carrière opérationnelle

Lors de leur admission au service actif entre 1931 et 1932, les unités de la classe Di Giussano furent affectées à la 2a Squadra Navale. Après les essais et l'entraînement des équipages, ils effectuèrent plusieurs croisières en Méditerranée et au-delà. Durant la guerre civile espagnole, ils escortèrent des cargos emmenant du matériel et des troupes en Espagne et patrouillèrent en Méditerranée occidentale pour signaler aux nationalistes le trafic à destination des ports républicains.

Au 10 juin 1940, le Di Giussano et le Da Barbiano faisaient partie de la 4a Div. Incr. de la 1a Squadra Navale, tandis que le Bande Nere et le Colleoni formaient la 2a Div. Incr. de la 2a Squadra Navale à Palerme. Aucun des croiseurs de la classe Di Giussano ne survécut à la guerre : le Colleoni fut mis hors de combat par le croiseur HMAS Sydney dès le 19 juillet 1940 puis achevé à la torpille, le Da Barbiano et le Di Giussano furent coulés par des contre-torpilleurs dans la nuit du 13 décembre 1941 alors qu'ils transportaient des futs d'essence sur leurs ponts, et le Bande Nere sombra coupé en deux par deux torpilles d'un submersible britannique le 1er avril 1942. Le choix de la vitesse au détriment de la protection fut donc lourdement payé par ces unités.

Le Colleoni (à gauche) et le Di Giussano (à droite) en carénage au bassin Ferraris à Tarente en 1935.
(crédits photo : coll. Bargoni)
Croiseur de la classe Di Giussano en 1937.
(crédits photo : Aldo Fraccaroli)
De gauche à droite : le Bande Nere, le Colleoni, le Di Giussano et le Cadorna à Gênes en mai 1938. Le Colleoni au mouillage.
(crédits photo : Giorgio Parodi)
Liste des croiseurs de la classe Di Giussano
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
Ansaldo, Sestri Ponente
Alberto Di Giussano 29/03/1928 27/04/1930 05/02/1931 ...E vincere bisogna
Alberico Da Barbiano 16/04/1928 23/08/1930 09/06/1931 Temerariamente
Bartolomeo Colleoni 21/06/1928 21/12/1930 10/02/1932 Veloce e veemente
Regio Cantiere di Castellammare di Stabia
Giovanni delle Bande Nere 31/10/1928 27/04/1930 27/04/1931 Folgore di guerra
Fiche technique
Déplacement standard 5191 t (Di Giussano)
5238 t (Da Barbiano)
5252 t (Colleoni)
5213 t (Bande Nere)
Déplacement à pleine charge 7800 - 8050 t
Longueur hors-tout 169,3 m
Largeur 15,6 m
Tirant d'eau 5,9 m
Propulsion 6 chaudières Yarrow-Ansaldo et 2 turboréducteurs Belluzzo développant 95 000 ch et entraînant 2 hélices
Vitesse maximale 31 - 32 nœuds
38 - 42 nœuds pendant les essais
Autonomie 3800 miles nautiques à 18 nœuds
Protection
  • Ceinture : 24 + 18 mm
  • Ponts : 20 mm
  • Tourelles : 23 mm
Armement
  • 8 canons de 152/53 sur 4 tourelles doubles
  • 6 canons de 100/47 sur 3 affûts doubles
  • 2 canons de 40/39 sur 2 affûts simples jusqu'en 1940
  • 8 canons de 20/65 sur 4 affûts doubles à partir de 1940
  • 8 mitrailleuses de 13,2 mm sur 4 affûts doubles
  • 4 tubes lance-torpilles de 533 mm sur 2 plate-formes doubles
  • 2 lance-grenades ASM
Groupe aérien 2 hydravions, une catapulte sur la plage avant
Équipage 19 officiers, 488 sous-officiers et matelots
Silhouettes des croiseurs de la classe Di Giussano. Vues de profil et de dessus du Di Giussano. Vues de profil et de dessus du Bande Nere.
Sources :
  • The cruiser Bartolomeo Colleoni, Franco Gay & Valerio Gay, Conway Maritime Press, 1987
  • Incrociatori leggeri classe Di Giussano, Elio Andò, Franco Bargoni & Franco Gay, Orizzonte Mare 6/I et 6/II, Edizioni dell'Ateneo & Bizzarri, 1979
  • Gli Incrociatori Italiani, Giorgio Giorgerini & Augusto Nani, Ufficio Storico della Marina Militare, 1976
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Navi e marinai italiani nella Seconda Guerra Mondiale, Elio Ando & Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 1999
  • Le armi delle navi italiane nella seconda guerra mondiale, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2007
Pour reproduire ce navire :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Delphis Models 1/700 DM-018 RN Giovanni delle Bande Nere -
Lu 8322 fois Dernière modification le dimanche, 10 juillet 2016 18:59

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