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vendredi, 04 novembre 2016 20:54

IMAM Ro.58

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L'unique prototype du Ro.58 à Guidonia. Il n'est pas encore équipé de la gondole ventrale. L'unique prototype du Ro.58 à Guidonia. Il n'est pas encore équipé de la gondole ventrale.

Jugé particulièrement réussi par son pilote d'essai, le Romeo Ro.58 ne fut pas retenu par les autorités militaires dans un contexte particulièrement difficile pour la Regia Aeronautica.

Un bon avion né au mauvais moment

L'étude de ce chasseur lourd bimoteur dérivé du Ro.57 fut menée par le bureau d'études IMAM sous la direction de l'ingénieur Giovanni Galasso, assisté par Pietro Callerio et Manlio Fiore. Dès le début de la conception, le cap. Adriano Mantelli, pilote d'essai détaché à Naples par la DGCA en 1941 pour voler sur le Ro.57 bis, fut associé au projet, notamment pour le choix de la disposition des instruments de bord. Pour ce faire, un modèle en bois du cockpit à l'échelle 1 fut construit. Si ce fait démontre que l'industrie italienne savait utiliser des méthodes d'avant-garde en terme de conception, le manque chronique de moyens et les pénueries du temps de guerre obligèrent IMAM à utiliser deux moteurs Daimler Benz DB 601 d'occasion, récupérés au Luftpark de Naples. Ces propulseurs affichaient déjà de nombreuses heures de vol et furent soumis à une simple révision avant d'être montés sur le prototype. IMAM reçut une commande pour 2 prototypes (MM.431 et 432) pour un montant de 6 000 000 lires, mais le second ne fut jamais construit.

Le premier décollage du MM.431 depuis Naples-Capodichino tourna court : tout juste en l'air, l'appareil subit une panne moteur. Adriano Mantelli réagit immédiatement en coupant le second moteur pour annuller la gîte de l'appareil et réalisa un atterrissage de fortune sur le terrain. L'analyse de l'incident permit d'incriminer la pompe électrique de gavage, qui ne délivrait pas un débit suffisant au moment du décollage. Le défaut fut corrigé en modifiant l'emplacement du point d'aspiration sur le réservoir.

La seconde tentative de décollage fut la bonne et porta au premier vol en mai 1942. Mais rapidement, Mantelli vit s'affoler les aiguilles des thermomètres indicant la température des moteurs. Les deux radiateurs, situés dans l'emplanture des ailes, étaient sujets à un phénomène d'ombre aérodynamique et ne recevaient pas assez d'air frais. Mantelli décida donc d'atterrir au plus vite, mais au moment où il sortit les volets, l'appareil se mit à piquer à cause d'interférences aérodynamiques avec l'empennage. Le malheureux pilote se retrouvait donc obliger de sortir et rentrer continuellement les volets, tout en jettant un oeil sur les thermomètres, au moment où un convoi aérien de Junkers 52 ayant subi une attaque au large de la Sicile se présenta à l'atterrissage sur Capodichino. Mantelli ne pouvant se risquer à une nouvelle approche, il parvint à éviter un à un les trimoteurs allemands avant d'atterrir à quelques mètres de la patrouille de Macchi C.202 qui s'apprêtait à partir sur alarme.

Le MM.431 à Naples Capodichino en mai 1942. Remarquez la prise d'air du radiateur dans le bord d'attaque de l'aile. Le MM.431 au roulage sur le terrain de Naples Capodichino.

Les enseignements tirés de ce premier vol donnèrent lieu à de nombreuses modifications. Les radiateurs furent déplacés sous les nacelles moteurs, tandis que la queue de l'appareil subit une intervention plus radicale. Les concepteurs décidèrent en effet de découper l'arrière du fuselage pour le rendre mobile, en introduisant au niveau de la jonction une charnière en partie haute et un cric oléo-pneumatique en partie basse. La modification, réalisée par des techniciens de la firme Magnaghi, permettait à l'ensemble de l'empennage de pivoter de quelques degrés vers le haut, proportionnellement à l'angle de sortie des volets, de manière à supprimer les interférences constatées lors du premier vol. Enfin, la surface des dérives fut augmentée pour accroître leur efficacité. Toutes ces modifications permirent de corriger les défauts constatés jusque-là par Mantelli.

Cependant, Adriano Mantelli n'était pas au bout de ses surprises. Lors de l'essai de survitesse, pendant laquelle l'appareil dépassa sans problème de 50% la vitesse maximale en vol horizontal, Mantelli, pour faire décélérer l'avion, décida de sortir du piqué par un tonneau. Mais lors de ce dernier, la force centrifuge exercée sur l'une des jambes de train la fit brusquement sortir de son logement, en défonçant au passage la trappe. Du fait que la jambe de train n'était pas entièrement sortie, car bloquée dans ce qui restait de la trappe, Mantelli décida d'actionner le système hydraulique de secours. Ce faisant, la surpression dans le circuit dûe au blocage du train engendra la rupture d'un tuyau. Mantelli fut donc contraint d'atterrir sur une seule jambe de train, en compensant le plus possible en jouant sur la manette des gaz du côté où le train n'était pas entièrement sorti. L'avion stoppa après une légère embardée qui provoqua des dégâts minimes sur une hélice et un saumon d'aile. La sortie intempestive du train lors du tonneau était dûe à l'absence de verrouillage mécanique sur la position rétractée de la jambe.

Ces déboires de jeunesse, tout à fait communs au moment de la mise au point d'un prototype, ne doivent pas faire oublier que Mantelli considérait le Ro.58 comme un appareil d'exception.

Le MM.431 dans sa configuration définitive au centre d'essais de Guidonia.
Cette photo prise à Guidonia met en évidence le radiateur déplacé sous la nacelle moteur. Le MM.431 au roulage à Guidonia. Au second plan, on reconnaît un Macchi C.200 et un C.202.

À l'été 1942, après les essais constructeur à Capodichino, Mantelli porta le MM.431 au centre expérimental de Guidonia pour les essais d'acceptation. Au même moment s'y trouvait une délégation allemande avec un Messerschmitt Me.410, propulsé par 2 Daimler Benz DB 603A de 1750 ch unitaires. Mantelli, qui eut l'occasion d'essayer le bimoteur allemand, jugea que sa vitesse au niveau du sol était identique à celle du Ro.58. Ainsi, un jour, en voyant un attroupement d'officiers allemands et italiens autour du Me.410, il s'approcha et affirma devant eux qu'il existait déjà à Guidonia un avion plus performant. Une discussion animée débuta, suivie d'une confrontation directe entre les 2 appareils. Le cap. Paolo Moci, pilote d'essai du centre de Guidonia déjà familiarisé avec le Me.410, prit les commandes du bimoteur allemand, tandis que Mantelli sauta dans le Ro.58. Moci débuta par un copieux programme d'acrobatie, que Mantelli immita à la perfection. S'en suivit une course à basse altitude entre Guidonia et le mont Soratte, aller-retour. A l'arrivée, le Me.410, pourtant plus puissant, afficha 1 km de retard sur le Ro.58. Un tel résultat n'aurait cependant pas été possible à plus haute altitude, le DB 603 y affichant de meilleures performances que le DB 601.

Le lendemain, une réunion pour statuer sur le sort du Ro.58 se tint au Ministero dell'Aeronautica. La décision de ne pas retenir l'appareil pour la production en série fut dictée par la situation dans laquelle se trouvait la Regia Aeronautica et non par les qualités intrinsèques du bimoteur. Avec ses 5 heures d'autonomie et sa forte charge alaire (250 kg/m²), le Ro.58 était destiné à des pilotes chevronnés avec de bonnes connaissances en navigation aérienne, une catégorie qui commençait à faire cruellement défaut au sein de la Regia Aeronautica.

Bien que l'appareil ne soit pas retenu par les militaires, ces derniers pensèrent faire bon usage du prototype à disposition. À l'instar de ce qui était prévu pour les Reggiane RE 2005, le MM.431 devait être utilisé pour « bombarder » les formations de bombardiers alliés. En volant au-dessus de ces derniers, le Ro.58 devaient larguer ses bombes à leur verticale après avoir réglé les fusées pour qu'elles explosent à la hauteur de la formation ennemie, en espérant entraîner la détonation des munitions présentes dans les soutes des bombardiers.

Après plusieurs renvois de la mission, le Ro.58 fut redéployé sur le terrain de Ciampino, où ses moteurs furent démontés dans le courant du mois d'août 1943, officiellement pour en équiper des chasseurs. Il se peut que la véritable raison ait été de couper court à la réalisation de la mission de bombardement dans la perspective de l'armistice du 8 septembre 1943.

Description technique

Le Romeo Ro.58 était un chasseur lourd bimoteur monoplan à aile basse et structure entièrement métallique. Le fuselage était recouvert de panneaux de duralumin. Sur la voilure, seules les parties mobiles étaient entoilées, tout comme celles de l'empennage bidérive.

Le train principal rétractable vers l'arrière s'effaçait intégralement dans les nacelles moteurs. La roulette de queue était orientable et rétractable. L'habitacle était divisé en deux parties : le poste de pilotage à l'avant et celui de l'observateur/bombardier à l'arrière.

Les deux moteurs DB 601A entraînaient des hélices métalliques tripales Alfa Romeo à pas variable. Le réservoir principal situé dans le fuselage était complété de 2 réservoirs auxiliaires dans la voilure.

L'armement prévu initialement comprenait 3 mitrailleuses Breda SAFAT de 12,7 mm dans le nez et une quatrième actionnée par l'observateur pour défendre le secteur arrière du bimoteur. Suite à l'étude réalisée en septembre 1942, l'armement de nez fut porté à 3 canons Mauser MG 151/20 de 20 mm, tandis que 2 autres canons MG 151/20 furent installés dans une gondole ventrale amovible.

Vue frontale du MM.431 sans gondole ventrale. Vue frontale du prototype à Guidonia après installation de la gondole ventrale.
L'ajout de la gondole ventrale permet de porter à 5 le nombre de canons de 20 mm. Détail de l'empennage bidérive et de la mitrailleuse Breda SAFAT de 12,7 mm.
Récapitulatif de la production
SérieCommandésConstruitsDatesMM.UsineRemarque
prototype 2 1 1941-1942 431 IMAM, Naples -
Fiche technique
Longueur 9,89 m
Envergure 13,40 m
Hauteur au sol 3,39 m
Surface alaire 26,20 m2
Masse à vide 4350 kg
Masse maximale au décollage 6100 kg
Équipage 2
Motorisation 2 Daimler Benz DB 601A
Puissance au décollage : 1175 ch unitaires
Plafon opérationnel 10 500 m
Vitesse maximale 605 km/h à 5120 m
Distance franchissable 1500 km
Armement 5 canons Mauser MG 151/20 de 20 mm, 1 mitrailleuse Breda SAFAT de 12,7 mm
Plan 3 vues du prototype MM.431 dans sa configuration définitive mais sans gondole ventrale.
Sources :
  • Tutti gli aerei del Re, Max Vinerba, 2011
  • Dimensione Cielo Caccia Assalto 3, Emilio Brotzu, Michele Caso & Gherardo Cosolo, Edizioni Bizzarri, 1972
  • Dimensione Cielo immagini D3, Caccia assalto, Emilio Brotzu & Giancarlo Garello, Edizioni dell'Ateneo & Bizzarri, 1978
  • Prototipi della Regia Aeronautica, Nico Sgarlato, Aerei nella Storia n°57, 2007
  • Il ritorno dei Romeo, Storia e restauro dei biplani Ro.37 e Ro.43, Gregory Alegi, Edizioni Rivista Aeronautica, 2012
  • Gente dell'aria 5, Giorgio Evangelisti, Editoriale Olimpia, 1998
  • page sur l'IMAM Ro.58 du site Gruppo Modellistico Sestese
Pour reproduire cet appareil :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
KPL Models 1/72 IMAM Ro.58 -
SEM Model 1/72 72013 IMAM Ro.58 -
Planet Models 1/72 PLT161 IMAM Ro 58 -

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