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Classe Spica

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Torpilleurs de la série Perseo à Naples le 5 mai 1938 pour la revue H. Torpilleurs de la série Perseo à Naples le 5 mai 1938 pour la revue H. Life

Premiers torpilleurs développés en Italie après la fin de la Grande Guerre, les Spica furent les véritables chevilles ouvrières de la Regia Marina tout au long de la seconde guerre mondiale et payèrent par conséquent un très lourd tribut.

Développement

En 1930, l'état-major de la Regia Marina chargea le generale del Genio Navale Gustavo Bozzoni du Comitato Progetto Navi de mettre à l'étude une nouvelle classe de navires d'escorte dans le but de remplacer les vieux contre-torpilleurs déclassés au rang de torpilleurs (notamment les tre pipe) qui approchaient de leur âge limite.

Étant donné que le traité naval de Londres de 1930 ne limitait pas le nombre de navires dont le déplacement standard était inférieur à 600 tonnes, l'état-major imposa aux ingénieurs de ne pas le dépasser. Cependant, au regard de l'armement, de la vitesse et de l'autonomie exigés par la marine sur les nouveaux torpilleurs, le déplacement ne pouvait être maintenu sous les 600 tonnes. Le Comitato Progetto Navi proposa alors de supprimer une tourelle de 100/47. Malgré cela, les deux prototypes, le Spica et l'Astore mis sur cale le 24 mai 1933, affichaient un déplacement standard de 630 tonnes environ. La dénonciation du traité de Londres par Berlin et Tokyo entraîna finalement l'abandon de la limite des 600 tonnes, et les torpilleurs de la série Alcione atteignirent un déplacement standard de 679 tonnes.

Le Spica en construction à Naples en 1934.
(crédits photo : F. Petronio)
L'Astore vu de profil en 1935.
(crédits photo : Marcello Risolo)

Production et carrière opérationnelle

Au total, 32 torpilleurs de la classe Spica répartis en 3 séries (6 de la série Climene, 8 de la série Perseo et 16 de la série Alcione, plus les deux prototypes) furent construits dans cinq chantiers navals entre 1933 et 1938.

Les deux prototypes, le Spica et l'Astore, effectuèrent leur croisière d'endurance dans le Dodécanèse en 1936. Durant l'été 1937, ils participèrent au blocus naval des ports aux mains des Républicains espagnols depuis leurs bases de Sicile. Ils furent ensuite assignés à la 9a squadriglia torpediniere à La Maddalena. Le 2 juin 1939, ils escortèrent avec le Canopo le navire Città di Palermo à bord duquel se trouvait les Princes de Piémont pour une revue navale.

Le 27 mars 1940, les deux prototypes furent vendus à la Suède et renommés Romulus (ex Spica) et Remus (ex Astore). Ils restèrent en service dans la marine suédoise jusqu'en 1958.

Le Spica passant devant un cuirassé de la classe Cavour. Le Spica à La Maddalena à la fin des années 1930. Le Spica à quai à Naples.

Les 30 unités participant au conflit sous les couleurs de la Regia Marina furent très fortement sollicitées pour l'escorte des convois vers l'Afrique du Nord, les Balkans et la mer Égée. Au cours de la guerre, les Spica coulèrent 6 sous-marins (les Grampus, Triton, Union, Tempest et P 38 anglais ainsi que le Proteus grec) et en endommagèrent 7 autres. Au total, 23 Spica furent perdus pendant le conflit. Les 7 unités ayant survécu à la guerre furent modernisées entre 1950 et 1953 et restèrent en service dans la Marina Militare jusqu'à la fin des années 1950, le Sagittario étant le dernier à être désarmé en 1964.

De gauche à droite, les Sirio, Cigno, Centauro, Castore, Climene, Cassiopea, Canopo, Spica et Astore à Naples en 1938.
(crédits photo : F. Bargoni)
Torpilleurs de la série Perseo réunis à Naples le 7 mai 1938 pour la revue navale en l'honneur d'Hitler. Les 16 Spica appartenant à la Scuola Comando photographiés à Tripoli le 5 mars 1939.
(crédits photo : F. Bargoni)
Le Libra, le Climene et un autre torpilleur de la classe Spica lors de la revue navale du 5 mai 1939 dans la baie de Naples.
(crédits photo : Istituto Luce via Aymeric Lopez)
Les Lupo et Sagittario dans un port grec en mai 1941. Le Cassiopea à Tarente en 1946.

Caractéristiques techniques

Les prestations des torpilleurs de la classe Spica répondaient globalement aux attentes de la Regia Marina au moment de leur mise en service. La forme de leur coque leur permit de dépasser les 34 noeuds contractuels : durant les essais, certaines unités affichèrent une vitesse de pointe de 37,5 noeuds pour un déplacement moyen de 730 tonnes.

Par rapport aux deux prototypes, les torpilleurs de la série Climene furent allongés d'un mètre environ et virent leur déplacement augmenter de 20 tonnes.

Les lignes sobres et bien proportionnées des Spica leurs assuraient une bonne manoeuvrabilité, ainsi qu'une conduite aisée et sûre. Le compartimentage et les installations logistiques de ces unités étaient rationnels et fonctionnels pour l'époque, même si le confort de l'équipage était sacrifié. Leur tenue à la mer n'était pas brillante : ils devaient réduire leur vitesse lorsqu'ils naviguaient contre le vent pour éviter les fortes vibrations de la coque. De plus, lorsqu'ils avaient le vent dans le dos, ils étaient sujets à des "embardées" qui nuisaient au maintient du cap et avaient tendance à rouler.

Sections longitudinale et transversales d'un torpilleur classe Spica. Hélices du Lince lors d'un carénage en dock flottant à l'été 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Hélice et gouvernail du Lince en entretien en 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)

La motorisation composée de deux chaudières Yarrow et de deux turboréducteurs Tosi était bien adaptée au déplacement initial, mais l'ajout d'armements supplémentaires finit par priver les Spica de leur marge de puissance initiale. En effet, ces torpilleurs effectuèrent leurs essais avec un déplacement moyen de 740 tonnes, alors qu'en temps de guerre, leur déplacement dépassait largement les 1000 tonnes. Au-delà de l'impact sur leur vitesse maximale, cette surcharge grevait surtout l'autonomie des Spica, performance essentielle pour leurs missions d'escorte de convois.

Comme évoqué précédemment, l'augmentation du déplacement des Spica venait d'une nécessité de renforcer leur armement, notamment dans les domaines de la lutte antiaérienne et anti-sous-marine. L'artillerie principale comprenait trois affûts simples de 100/47, répartis un à l'avant et deux à l'arrière. L'armement antiaérien d'origine, composé de mitrailleuses de 13,2 mm, fut progressivement remplacé par des canons Breda de 20/65. Des mitrailleuses de 8 mm furent également ajoutées par la suite.

Détail du canon de 100/47 OTO 37 sur la plage avant du Lince, échoué dans le golfe de Tarente le 29 août 1943. Affûts arrière de 100/47 d'un torpilleur série Climene au printempts 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Affût double de 13,2 mm sur un torpilleur de la série Climene au printemps 1941.
(crédits photos : Archivio Centrale dello Stato)
Affût double Breda de 20/65 sur le Canopo au printemps 1941.
(crédits photos : Archivio Centrale dello Stato)

La configuration des tubes lance-torpilles de 450 mm changea plusieurs fois : sur les prototypes, on trouvait une plate-forme double sur l'axe de symétrie du navire et deux plate-formes simples sur les abords. Sur les torpilleurs de la série Climene (sauf les Climene et Centauro qui conservèrent la configuration du Spica), les quatre plate-formes simples étaient réparties à raison de deux par bord. Puis, sur les Alcione, la disposition passa à deux plate-formes doubles sur l'axe de symétrie du navire, permettant d'utiliser toutes les armes sur un même bord. Seuls les quatre Alcione construits à Fiume (Lira, Libra, Lince et Lupo) retinrent dans un premier temps la disposition des Climene. Mais entre 1939 et 1941, la disposition retenue pour la série Alcione fut appliquée sur toutes les unités de la classe Spica.

Mise en oeuvre d'une plate-forme lance-torpilles simple de 450 mm sur un torpilleur classe Spica à l'été 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Les deux plate-formes lance-torpilles simples de 450 mm sur le côté tribord du Lupo.
Les deux plate-formes lance-torpilles doubles du Lupo au centre du navire en juin 1942 après refonte sur le modèle des autres navires de la série Alcione.
(crédits photo : A. Fraccaroli)
Tir d'une torpille d'exercice depuis un torpilleur de la classe Spica au printemps 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)

Enfin, les deux lance-grenades ASM pneumatiques mod.34/37 d'origine furent remplacés à partir de 1941 par des lance-grenades mod. G explosifs, souvent au nombre de quatre.

Liste des torpilleurs de la classe Spica
NomMarque de coqueMis sur caleLancéEn serviceSérie
Bacini e Scali Napoletani, Naples
Spica SP 24/05/1933 11/03/1934 30/05/1935 Prototype
Astore AS 24/05/1933 22/04/1934 16/06/1935 Prototype
Pleiadi PL 04/01/1937 05/09/1937 04/07/1938 Alcione
Polluce PC 13/02/1937 24/10/1937 08/08/1938 Alcione
Pallade PD 13/02/1937 19/12/1937 05/10/1938 Alcione
Partenope PN 31/01/1937 27/02/1938 26/11/1938 Alcione
Cantieri Navali del Quarnaro, Fiume
Perseo PS 12/11/1934 09/10/1935 01/02/1936 Perseo
Sirio SI 12/11/1934 14/11/1935 01/03/1936 Perseo
Sagittario SG 14/11/1935 21/06/1936 08/10/1936 Perseo
Vega VG 14/11/1935 21/06/1936 12/10/1936 Perseo
Lira LR 07/12/1936 12/09/1937 01/01/1938 Alcione
Libra LB 07/12/1936 03/10/1937 19/01/1938 Alcione
Lupo LP/LU 07/12/1936 07/11/1937 28/02/1938 Alcione
Lince LC 07/12/1936 15/01/1938 01/04/1938 Alcione
Cantieri Navali Riuniti, Ancône
Climene CE 25/07/1934 07/01/1936 24/04/1936 Climene
Centauro CO 30/05/1934 19/02/1936 16/06/1936 Climene
Castore CT 25/01/1936 27/09/1936 16/01/1937 Climene
Cigno CG 11/03/1936 24/11/1936 15/03/1937 Climene
Ansaldo, Sestri Ponente
Aldebaran AL 02/10/1935 14/06/1936 06/12/1936 Perseo
Andromeda AD 02/10/1935 28/06/1936 06/12/1936 Perseo
Altair AT 02/10/1935 26/07/1936 23/12/1936 Perseo
Antares AN 02/10/1935 19/07/1936 23/12/1936 Perseo
Airone AO 29/10/1936 23/01/1938 10/05/1938 Alcione
Alcione AC 29/10/1936 23/12/1937 10/05/1938 Alcione
Aretusa AU 29/10/1936 06/02/1938 01/07/1938 Alcione
Ariel AE 29/10/1936 14/03/1938 01/07/1938 Alcione
Clio CL 29/10/1936 03/04/1938 02/10/1938 Alcione
Circe CC 29/09/1937 29/06/1938 04/10/1938 Alcione
Calliope CP 26/05/1937 16/04/1938 28/10/1938 Alcione
Calipso CI 29/09/1937 12/06/1938 16/11/1938 Alcione
Cantieri del Tirreno, Riva Trigoso
Canopo CA 10/12/1935 01/10/1936 31/03/1937 Climene
Cassiopea CS 10/12/1935 22/11/1936 26/04/1937 Climene
Fiche technique
SérieClimenePerseoAlcione
Déplacement standard 652 t 642 t 679 t
Déplacement à pleine charge 1010 t (1940)
1200 t (1942)
1000 t (1940)
1200 t (1942)
975 t (1940)
1200 t (1942)
Longueur 81,40 m 81,95 m 81,42 m
Largeur 8,20 m 8,20 m 7,92 m
Tirant d'eau 3,05 m 3,01 m 3,09 m
Propulsion 2 chaudières Yarrow et 2 turboréducteurs Tosi développant 19 000 ch et entraînant 2 hélices
Vitesse maximale 32 noeuds
26 à 29 noeuds en 1942
Autonomie 620 à 700 miles nautiques à 30 noeuds
1750 à 1900 miles nautiques à 15 noeuds
Armement
  • 3 canons de 100/47 sur 3 affûts simples
  • 6 à 8 mitrailleuses de 13,2 mm sur 3 à 4 affûts doubles (1939-1940)
  • 7 canons de 20/65 sur 3 affûts doubles et 1 affût simple (1941-1942)
  • 4 tubes lance-torpilles de 450 mm
  • 2 à 4 lance-grenades ASM
Équipage 6 à 9 officiers, 110 sous-officiers et matelots
Vues de profil et de dessus du Climene avant guerre.
(crédits : Franco Gay)
Vues de profil et de dessus du Castore.
(crédits : Franco Gay)
Sources :
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • Le torpediniere italiane, contramm. Paolo M. Pollina, Ufficio Storico della Marina Militare, 1974
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2005
  • Navi e marinai italiani, Elio Ando & Erminio Bagnasco, 1999
  • Le armi delle navi italiane nella seconda guerra mondiale, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2007
  • L'impegno navale italiano durante la guerra civile spagnola (1936-1939), Franco Bargoni, Ufficio Storico della Marina Militare, 1992
Pour reproduire ce navire :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Delphis Models 1/700 Torpediniere classe Spica "R.N. Castore 1943" Maquette d'Aymeric Lopez
Delphis Models 1/700 DM-002 RN Sagittario -
Lu 8931 fois Dernière modification le samedi, 18 novembre 2017 18:19

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