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Classe Balilla

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Deux submersibles de la classe Balilla à quai à Naples au début des années 1930. On reconnaît deux unités du type Bragadin sur la droite. Deux submersibles de la classe Balilla à quai à Naples au début des années 1930. On reconnaît deux unités du type Bragadin sur la droite. F. Bargoni

Développement et carrière opérationnelle

La première guerre mondiale avait apporter un éclairage nouveau sur les potentialités de l'arme sous-marine, notamment sur la menace qu'elle pouvait faire peser sur le trafic de l'adversaire, même loin de ses bases. En conséquence, au début des années 1920, la Regia Marina décida de lancer un programme de sous-marin de fort tonnage capable d'opérer en-dehors de la Méditerranée pour une longue période. Pour mener à bien ce projet, la Marine retint le chantier Ansaldo-San Giorgio (devenu OTO en 1925) de Muggiano (province de La Spezia) qui avait construit la plupart des submersibles italiens de la Grande Guerre.

 

La classe Balilla fut basée sur le principe des croiseurs sous-marins allemands de la Grande Guerre. Alors que les études n'étaient pas encore achevées, la marine brésilienne se montra intéressée par l'acquisition d'un submersible de cette classe, qui reçut le nom de Humaytà. Les cinq sous-marins océaniques de la classe Balilla furent tous construits aux chantiers OTO (Odero Terni Orlando) de Muggiano entre 1925 et 1929. Il s'agissait, en plus du bâtiment destiné au Brésil, du Balilla, du Domenico Millelire, de l'Enrico Toti et de l'Antonio Sciesa.

L'Enrico Toti le jour de son lancement à Muggiano. Le Balilla, l'Humaytà et le Domenico Millelire en achèvement à Muggiano.

Les bâtiments de cette classe étaient conçus pour mener une guerre au trafic marchand loin de leur port d'attache. Malgré de fréquentes avaries au moteur, leurs prestations générales étaient satisfaisantes. Suffisamment robustes et tenant bien la mer, ils servirent de base de travail pour la réalisation de la classe Pietro Calvi.

Les quatres submersibles de la Regia Marina furent regroupés au sein de la 1a squadriglia pour la formation des équipages. Ils effectuèrent 7 missions pendant la guerre d'Espagne, entre décembre 1936 et septembre 1937. Au début de la seconde guerre mondiale, la fiabilité des submersibles de la classe Balilla commençait à décliner, c'est pourquoi les Balilla et Millelire furent désarmés en 1941 et transformés en citernes flottantes. Le Toti servit à la formation des équipages à l'école de Pola à partir de 1941, tandis que le Sciesa fut perdu en novembre 1942. L'Humaytà resta en servie au sein de la marine brésilienne jusqu'au 25 novembre 1950.

Le Balilla dans sa configuration initiale. Le Balilla et le Millelire au mouillage. Ce submersible de la classe Balilla, probablement le Millelire, participe à la revue H à Naples le 5 mai 1938.

Description technique

Les unités de la classe Balilla étaient des submersibles à double coque intégrale. Les couples raidisseurs se trouvaient à l'intérieur de la coque épaisse, espacés de 820 mm. Le bordé, d'une épaisseur variant de 21 mm au centre à 17 mm aux extrémités, était assemblépar rivetage. Les cloisons d'extrémité étaient semi-sphériques, incurvées vers l'intérieur. La forme de la coque mince était adaptée à la navigation en surface. L'espace entre les deux coques était occupé par des capacités résistantes ou non.

La coque résistante comptait 6 cloisons résistant à 40 m de colonne d'eau, divisant le submersible en 7 compartiments :

  • le compartiment torpilles avant;
  • la zone vie des officiers, sous-officiers et le local batterie avant;
  • le poste central et la batterie arrière;
  • le local des auxiliaires;
  • le local diesel;
  • le local des moteurs électriques de propulsion;
  • le compartiment torpilles arrière.
Assemblage rivé de la coque résistante du Balilla.
(crédits photo : Turrini)
Construction de la partie résistante du massif du Balilla.
(crédits photo : Turrini)
Plan général d'emménagement d'un submersible de la classe Balilla.

Les unités de la classe Balilla étaient pourvues d'une barre de direction unique, d'une surface de 7,4 m2. Les barres de plongée avant, situées au-dessus de la ligne de flottaison, étaient rabattables. Quant aux barres de plongée arrière, elles étaient placées juste derrière les hélices. La manoeuvre des barres était effectuée en mode nominal depuis le poste central via une commande électrique, mais pouvait être opérée manuellement en mode secours depuis le compartiment torpilles avant (pour les barres de plongée avant) ou arrière.

Les ballasts permettaient d'embarquer 456 tonnes d'eau. La chasse aux ballasts était assurée par de l'air haute ou basse pression. La chasse rapide utilisait l'air HP stocké dans des accumulateurs d'une capacité totale de 11 900 litres et ne devait être effectuée qu'en cas d'urgence, car le rechargement des accumulateurs par les deux électrocompresseurs San Giorgio nécessitait que le sous-marin restât longtemps en surface.

Les Balilla étaient équipés de deux moteurs diesel Fiat Q 458 deux temps dont le lancement était effectué à l'air comprimé, ou, en mode dégradé, par les moteurs électriques de propulsion. Ils développaient chacun une puissance de 2000 ch (soit 1472 kW) à une vitesse de 380 tr/min. Un petit moteur auxliaire Fiat Q 304 développant une puissance de 500 ch (368 kW) à 500 tr/min entraînait une dynamo qui fournissait du courant continu au bord.

Pour la navigation en immersion, deux moteurs électriques Savigliano à courant continu entraînaient chacun une ligne d'arbre. Ils pouvaient développer une puissance unitaire de 1100 ch (809,6 kW) à 280 tr/min pendant une heure ou de 600 ch (441,6 kW) à 230 tr/min pendant 3 heures. La batterie au plomb était divisée en quatre groupes de 60 accumulateurs chacun. Chaque accumulateur pouvait délivrer 3200 Ah pour une décharge d'une heure ou 6300 Ah pour une décharge de 10 heures.

Mise en place du vilebrequin d'un des deux moteurs Fiat Q 458 du Balilla.
(crédits photo : Turrini)
Le poste central de l'Enrico Toti.
(crédits photo : Turrini)
Plan du télémètre périscopique hissé (trait plein) et affalé (trait pointillé). Le Toti et le Balilla, sous grand pavois, à couple du Trento. Les mâts radio d'origine sont clairement visibles.
(crédits photo : Gay)

L'équipage était constitué de 7 officiers, 14 sous-officiers et 49 matelots. Les officiers et sous-officiers étaient logés dans deux cabines adjacentes au-dessus de la batterie avant, tandis que les matelots partageaient des bannettes chaudes dans les compartiments torpilles. L'eau douce était embarquée dans trois caisses d'une contenance totale de 12 m3. En cas de besoin, 11 m3 supplémentaires pouvaient être embarqués dans les caisses de compensation des armes. Enfin, l'électrodistillateur du bord pouvait produire 2000 litres d'eau douce par jour. Les produits frais étaient conservés dans une chambre froide du type Audiffen Singrun. Il y avait deux cuisines à bord : l'une électrique située dans le compartiment torpilles avant, à utiliser en immersion, et une à gazole dans le massif.

Au poste central aboutissaient deux périscopes, un d'attaque et un de veille, ainsi qu'un télémètre périscopique. L'installation radio comprenait à l'origine deux antennes tubulaires de 15 m de long rabattables, logées sur le pont passerelle. Ces antennes furent débarquées en 1934.

À l'origine, chaque unité disposait d'un tube servant au mouillage de mines, opérationnel sur le Sciesa uniquement, qui leur fut retiré en 1934 (sauf sur le Balilla). De même, le canon principal de 120/27 avec bouclier en avant du massif fut remplacé en 1934 par un affût de 120/45 privé de protection. La dotation en torpilles de 533 mm comprenait 8 armes à l'avant, dont 4 en tube et 4 sur rances, et 4 à l'arrière, dont 2 en tube.

Submersible de la classe Balilla après refonte, comme en témoignent la nouvelle forme du massif et l'affût de 120/45 sans bouclier. Les quatre tubes lance-torpilles avant du Toti. Affût double de 13,2 mm du Sciesa à l'approche des côtes libyennes en 1942.
(crédits photo : G. Denon)
Liste des submersibles de la classe Balilla
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
OTO, Muggiano
Balilla 12/01/1925 20/02/1927 21/07/1928 Che l'inse?
Domenico Millelire 19/01/1925 19/09/1927 21/08/1928 Per Dio per il Re vincere o morire
Enrico Toti 26/01/1925 14/04/1928 20/09/1928 Vincere ad ogni costo
Antonio Sciesa 20/10/1925 18/08/1928 12/04/1929 Tiremm innanz
Fiche technique
Déplacement en surface 1464,4 t
Déplacement en plongée 1927,4 t
Longueur hors-tout 86,75 m
Largeur au fort 7,80 m
Tirant d'eau 4,115 m
Énergie et propulsion
  • 2 moteurs diesel Fiat Q 458 - puissance totale 4000 ch
  • 1 groupe électrogène Fiat Q 304 de 500 ch
  • 2 moteurs électriques Savigliano - puissance totale 2200 ch
  • 240 accumulateurs au plomb organisés 4 en batteries de 60 éléments
  • 2 lignes d'arbres, 2 hélices à 3 pales
Vitesse maximale 17 nœuds en surface
9 nœuds en plongée
Autonomie 12 000 miles nautiques à 7 nœuds en surface
110 miles nautiques à 3 nœuds en plongée
Immersion opérationnelle 100 m
Armement
  • 4 tubes lance-torpilles de proue de 533 mm / 8 torpilles
  • 2 tubes lance-torpilles de poupe de 533 mm / 4 torpilles
  • 1 canon de 120/27 (1 canon de 120/45 après 1934)
  • 2 mitrailleuses de 13,2 mm
  • 1 tube de mouillage de mines
Équipage 7 officiers, 63 sous-officiers et matelots
Vues de profil et de dessus d'un submersible de la classe Balilla avant refonte. Profil des submersibles de la classe Balilla après refonte.
Sources :
  • Sommergibili e mezzi d'assalto subacquei italiani, Alessandro Turrini, Ottorino Ottone Miozzi & Manuel Moreno Minuto, Ufficio Storico della Marina Militare, 2010
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • Sommergibili in guerra, Erminio Bagnasco & Achille Rastelli, Albertelli, 2007
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