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Classe Cavour

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De gauche à droite : les cuirassés Cesare et Cavour et les contre-torpilleurs Usodimare et Da Noli à Naples en 1939. De gauche à droite : les cuirassés Cesare et Cavour et les contre-torpilleurs Usodimare et Da Noli à Naples en 1939.

Le projet original

Les trois cuirassés de la classe Cavour furent conçus par le generale del Genio Navale Edoardo Masdea sur la base de sa réalisation précédente, le Dante Alighieri. Ce dreadnought achevé en 1913 était le premier cuirassé monocalibre italien.

 

Par rapport au Dante Alighieri, les nouveaux cuirassés de la classe Cavour devaient afficher un déplacement supérieur de manière à augmenter leur armement et leur blindage. L'armement principal retenu fut le même que sur le Dante Alighieri, à savoir des canons de 305/46, au nombre de 13, contre 12 pour l'Alighieri. La vitesse spécifiée dans le cahier des charges était de 21-22 noeuds.

Les études furent menées rapidement et, le 2 décembre 1909, les trois cuirassés de la classe Cavour furent commandés à l'arsenal de La Spezia, aux chantiers Ansaldo de Sestri Ponente et Odero de Gênes.

Lancement du Giulio Cesare à Sestri Ponente le 15 octobre 1911. Le Giulio Cesare à Tarente en 1917.
Le Conte di Cavour avant refonte. Le Leonardo da Vinci à la mer.
(crédits photo : Giorgio Parodi)

Pour la première fois en Italie, la proue en éperon fut abandonnée sur les nouveaux cuirassés. La ceinture de blindage avait une épaisseur de 250 mm au centre, allant en s'amincissant vers la poupe jusqu'à 130 mm et vers le proue jusqu'à 80 mm. Les tourelles de 305 mm recevaient une protection de 280 mm à l'avant et de 240 mm sur les flancs. Quant aux pièces de 120 mm, elles étaient protéges par 130 mm d'acier. Au total, le blindage en acier au nickel pesait 5150 tonnes, soit 25% du déplacement des Cavour.

Coupe transversale au maître-bau présentant le blindage d'un cuirassé classe Cavour avant refonte.

Les tourelles de 305/46 conçues par Armstrong étaient disposées de manière à bénéficier du volume de feu maximum dans tous les secteurs : à l'avant et à l'arrière, on trouvait une tourelle triple (angle de tir 300°) surmontée d'une tourelle double (angle de tir 310°), tandis qu'une tourelle triple prenait place au centre, entre les deux cheminées, avec un angle de tir de 260°. Les pièces de 120 mm étaient destinées à servir contre les torpilleurs. Toutes étaient installés en batterie pour économiser du blindage.

L'appareil de propulsion se composait de 20 chaudières de type Blechynden sur les Cavour et Da Vinci, et de 24 chaudières de type Babcock-Wilcox sur le Cesare. Ces chaudières alimentaient 3 turbines Parsons entraînant 4 lignes d'arbre. La puissance développée de 31 000 ch assurait aux navires une vitesse maximale de 21,5 noeuds. Durant ses essais, le Cavour atteignit 22,2 noeuds pour un déplacement de 21 612 tonnes.

Ces dreadnought n'eurent pas l'occasion de se mesurer à leurs adversaires austro-hongrois de la classe Viribus Unitis durant la Grande Guerre. Le 2 août 1916, un incendie provoqué par un acte de sabotage entraîna une violente explosion dans la sainte barbe arrière du Leonardo Da Vinci. L'unité commença à prendre de la gîte sur babord à cause des brèches dans la coque et chavira à 23h45. Au total, 21 officiers et 227 sous-officiers et matelots trouvèrent la mort. Malgré son renflouage en août 1919, le Da Vinci fut condamné le 22 mars 1923.

Renflouage du Leonardo da Vinci le 4 juin 1919 à Tarente. Le Da Vinci est redressé par pompage le 24 janvier 1921. Enfin, le 10 février 1921, le Da Vinci se trouve à sec au bassin.

Une refonte radicale

À la fin des années 1920, le coût d'exploitation des navires de la classe Cavour et de l'Alighieri était devenu rédhibitoire par rapport à leur efficacité supposée dans un l'éventualité d'un conflit. Ainsi, en 1928, la Regia Marina décida de condamner le Dante Alighieri, de désarmer le Conte di Cavour et de transformer le Giulio Cesare en navire école.

Le choix de ne pas condamner les deux unités de la classe Cavour était le résultat de considérations politiques : leur radiation aurait rompu l'équilibre naval en Méditerranée entre la France et l'Italie. Au moment où la France décida de construire les deux cuirassés de la classe Dunkerque armés de 8 pièces de 330 mm, l'Italie répliqua en ordonnant une refonte complète des deux Cavour.

Le projet de refonte fut porté par le generale del Genio Navale Francesco Rotundi du Comitato Progetto Navi. Il devait permettre d'augmenter la vitesse des navires et d'améliorer leur armement et leur protection, en particulier sous la ligne de flottaison. Les travaux commencèrent en 1933 aux Cantieri Riuniti dell'Adriatico à Trieste pour le Cavour, et aux Cantieri del Tirreno de Gêne pour le Cesare. La refonte des deux cuirassés fut radicale : seule 40% de la structure d'origine fut conservée et l'armement fut entirèrement remplacé. Les deux sisterships furent remis en service en 1937, avec des caractéristiques qui n'avaient plus rien à voir avec celles de dreadnought des années 1910.

Mise à part la suppression des deux lignes d'abre externes, la poupe du navire fut pratiquement conservée en l'état. En revanche, une nouvelle proue fut ajoutée sur l'ancienne étrave, sans que cette dernière ne soit retirée, permettant à la fois de renforcer la structure et d'accélérer la refonte. La nouvelle étrave, très inclinée, se terminait dans sa partie inférieure par un semblant de bulbe. Les études de carène furent particulièrement poussées afin d'augmenter le coefficient de finesse en allongeant la coque de près de 10 mètres. Ainsi, en doublant la puissance, le navire gagna 6 noeuds malgré un déplacement normal passant de 23 000 à 28 000 tonnes. Le poids de la coque nue fut augmenté de 2827 tonnes au cours de la refonte.

Le Cavour à sec avec sa proue d'origine à Trieste en 1934.
(crédits photo : M. Cicogna)
Assemblage de la nouvelle proue du Cavour à Trieste.
(crédits photo : F. Petronio)
Le Cavour arborant sa nouvelle proue dans le dock flottant GO 12, remorqué́ dans la baie de Muggia en 1935.
(E. Trevisan)

L'appareil propulsif fut intégralement remplacé. Les deux lignes d'arbre étaient entraînées par deux turboréducteurs Belluzzo comprenant chacun un étage haute pression et deux étages basse pression, alimentés par 8 chaudières Yarrow délivrant une vapeur à la pression de 22 kg/cm2. Lors des essais, le Cesare atteignait 28,249 noeuds avec un déplacement de 25 330 tonnes et une puissance de 93 490 ch. La puissance théorique était de 75 000 ch. Les deux turboréducteurs étaient assez éloignés l'un de l'autre : le premier se trouvait à l'arrière des chaudières bâbord, et le second en avant des chaudières tribord. Ainsi, lorsque le Cesare fut touché par un projectile de 381 mm à Punta Stilo qui mit hors service 4 de ses 8 chaudières, il put maintenir une vitesse suffisante.

Coupes longitudinale et transversales du Cavour. Appareil propulsif d'un cuirassé classe Cavour après refonte.

Les superstructures furent entièrement modifiées. Le nouveau château en tronc de cône était surmonté par les télépointeurs de l'artillerie principale. Entre le château et le mât tripode prenaient place les deux cheminées, rapprochées l'une de l'autre. Il était initialement prévu d'embarquer deux catapultes de part et d'autre des cheminées, mais seul le Cavour en fut doté et elles furent bien vite retirées car elles réduisaient considérablement le champs de tir des armes antiaériennes.

Vue du château du Cavour surmonté des télépointeurs portant l'inscription MOLTI NEMICI MOLTO ONORE. Le château du Cesare au pied duquel se trouve l'un des quatre affûts doubles de 100/47. Le Cavour à La Spezia en mars 1937. Remarquez la catapulte devant les cheminées, qui sera vite démontée.

La ceinture de blindage conservait une épaisseur de 250 mm au niveau de la ligne de flottaison. Le blindage du pont principal passa en revanche d'une épaisseur de 24 mm à 80 mm dans la section centrale. Mais le changement le plus important en ce qui concerne la protection intervint sous la ligne de flottaison, avec l'adoption du système Pugliese, du nom de son inventeur. Ce système anti-torpille était composé d'un cylindre en acier baignant dans un mélange fuel/eau et maintenu par des nervures entre la coque et la cloison pare-torpille. Cependant, les contraintes d'intégration de ce système sur un navire ancien empêchèrent d'installer des cylindres de taille optimale. Le poids total du blindage passa à 6000 tonnes environ.

Plan du blindage d'un cuirassé classe Cavour. Coupe transversale au maître-bau d'un Cavour avant refonte (à gauche) et après refonte (à droite).

L'artillerie principale se composait de 10 pièces de 320/44 réparties en deux tourelles triples et deux tourelles doubles, ces dernières étant surélevées. Chaque pièce disposait de 80 obus, et le poids total d'une tourelle triple atteignait 745 tonnes, contre 548 tonnes pour une tourelle double. La défense contre les petites unités de surface était assurée par 12 pièces de 120/50 réparties en trois tourelles doubles par bord, de part et d'autre des cheminées. Chaque pièce recevait une dotation de 200 projectiles. L'armement antiaérien lourd était assuré par 8 pièces de 100/47 réparties en quatre affûts doubles, chaque pièce disposant de 400 coups. En outre, 8 pièces de 37/54 (12 sur le Cesare) et 12 mitrailleuses de 13,2 mm complétaient l'armement antiaérien, qui se révéla assez faible. De ce fait, les mitrailleuses de 13,2 mm furent remplacées par 12 pièces Breda de 20/65 en 1940. Deux affûts doubles supplémentaires de 20/65 furent ajoutés sur le Cesare en 1941.

Disposition de l'artillerie principale des Cavour avant refonte (en haut) et après refonte (en bas). Tourelles avant de 320/44 d'un Cavour en 1938. Tourelle double avant de 320/44 du Cesare. Sur les télépointeurs, on devine l'inscription GUAI AGLI INERMI.
Embarquement d'une pièce de 320/44 sur le Cavour en 1942. Tourelles de 120/50 du Cesare en 1941. Affût double de 37/54 à l'avant bâbord du Cesare en 1941.

Pour conclure, on peut dire que les travaux de modernisation de ces cuirassés furent une réussite. Les points faibles demeurèrent une défense antiaérienne déficiente et un blindage modeste, notamment au niveau des œuvres vives. Les cylindres Pugliese ne pouvaient en effet être exploités à fond du fait des contraintes imposées par la coque préexistante. Cependant, le naufrage du Cavour dans la nuit du 11 au 12 novembre 1940 ne peut être attribué à une déficience du système Pugliese, puisque la torpille explosa sous la quille.

Durant la seconde guerre mondiale, les Cavour se trouvèrent en condition d'infériorité face aux Queen Elizabeth de la Royal Navy, eux aussi modernisés, qui disposaient d'une artillerie principale de calibre et portée supérieurs. Si des considérations politiques n'avaient pas imposé à l'Italie de disposer rapidement de navires de ligne modernes, il aurait sans doute été plus profitable d'investir les sommes dépensées dans la refonte des deux Cavour dans la réalisation d'un cuirassé de 35 000 tonnes.

Le Cavour lors de ses essais après refonte en 1937. Vue frontale du Cavour à Tarente en 1937. Le Cesare après refonte.
Liste des cuirassés de la classe Cavour
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
Regio Arsenale, La Spezia
Conte di Cavour 10/08/1910 10/08/1911 01/04/1915 A nessuno secondo
Ansaldo, Sestri Ponente
Giulio Cesare 24/06/1910 15/10/1911 14/05/1914 Caesar Adest
Cantieri Odero, Genova
Leonardo da Vinci 18/07/1910 14/10/1911 17/05/1914 Non si volta chi a stella è fiso
Fiche technique
 Avant refonteAprès refonte
Déplacement standard - 26 140 t
Déplacement à pleine charge 24 250 t (Cavour)
24 801 t (Cesare)
24 677 t (Da Vinci)
29 032 t (Cavour)
29 100 t (Cesare)
Longueur 176,09 m 186,4 m
Largeur 28 m 28,6 m
Tirant d'eau 9,4 m 10,4 m
Propulsion 20 chaudières Blechynden et 3 turbines Parsons développant 31 000 ch et entraînant 4 hélices 8 chaudières Yarrow et 2 turboréducteurs Belluzzo développant 75 000 ch et entraînant 2 hélices
Vitesse maximale 21,5 nœuds 28 nœuds
Autonomie 4800 miles nautiques à 10 nœuds 5200 à 5400 miles nautiques à 18 nœuds
Blindage
  • Ceinture : 250 mm
  • Ponts : 111 mm
  • Tourelles : 280 mm
  • Ceinture : 250 mm
  • Ponts : 135 mm
  • Tourelles : 280 mm
Armement
  • 13 canons de 305/46 sur 3 tourelles triples et 2 tourelles doubles
  • 18 canons de 120/50 en batterie
  • 13 canons de 76/50
  • 6 canons de 76/40
  • 2 canons Vickers de 40/39
  • 3 tubes lance-torpilles de 450 mm
  • 10 canons de 320/44 sur 2 tourelles triples et 2 tourelles doubles
  • 12 canons de 120/50 sur 6 tourelles doubles
  • 8 canons de 100/47 sur 4 affûts doubles
  • 8 (12 sur le Cesare) canons de 37/54 sur 4 (6) affûts doubles
  • 12 canons de 20/65 sur 6 affûts double
Équipage 31 officiers, 969 sous-officiers et matelots 60 officiers, 1200 sous-officiers et matelots
Vues de profil et de dessus du Giulio Cesare en 1914. Profil du Leonardo da Vinci en 1914. Vues de profil et de dessus du Giulio Cesare en 1938.
Sources :
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco et Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2005
  • Le navi di linea italiane, Giorgio Giorgierini et Augusto Nani, Ufficio Storico della Marina Militare, 1973
  • Corazzate classe Conte di Cavour, Elio Andò, Franco Bargoni et Franco Gay, Orizzonte Mare 1, Edizioni Bizzarri, 1972
  • Le navi da battaglia classe "Littorio" 1937-1948, Erminio Bagnasco et Augusto de Toro, Albertelli, 2010
  • Regia Marina, Italian Battleships of World War Two, Erminio Bagnasco et Mark Grossman, Pictorial Histories Publishing, 2003
Pour reproduire ce navire :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Delphis Models 1/700 DM-04 RN Giulio Cesare Maquette d'Aymeric Lopez
Waveline 1/700 WL0074 Giulio Cesare -
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