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Classe Trento

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Le Trento et le Trieste en escale à Livourne entre le 5 et le 19 juin 1939. Le Trento et le Trieste en escale à Livourne entre le 5 et le 19 juin 1939. Aymeric Lopez

Premiers croiseurs lourds italiens de l'entre-deux guerre, les Trento furent conçus selon les limitations du traité de Washington qui en fit des croiseurs en fer blanc.

Les effets du traité de Washington

La marine italienne sortit de la Grande Guerre avec une flotte de croiseurs vétuste qu'elle allait devoir remplacer. Cependant, la situation économique du pays ne permettait pas de lancer de coûteux programmes de construction navale, c'est pourquoi la conférence de Washington sur le désarmement qui s'ouvrit le 12 novembre 1921 fut accueillie favorablement par l'Italie. Au cours de ce sommet, le secrétaire d'état américain Huges proposa de considérer comme navire de ligne tout bâtiment déplaçant plus de 10 000 tW ou armé de canons d'un calibre supérieur à 203 mm. Étant donnée que la construction de navires de ligne fut interrompue jusqu'en 1934, toutes les grandes marines mirent en chantier des croiseurs lourds suivant ces caractéristiques, d'où leur appellation de "type Washington".

Du fait de la limitation imposée sur le déplacement, le croiseur type Washington devait sacrifier l'une des caractéristiques saillantes du bâtiment, à savoir la vitesse, l'autonomie, l'armement ou la protection. C'est cette dernière qui fut délaissée dans un premier temps au profit de la vitesse, notamment sur les navires anglais de la classe County, sur les français de la classe Duquesne et sur les italiens de la classe Trento. Ces derniers furent inscrits au programme de constructions navales pour le renouvellement de la flotte en 1923 et étudiés par le Comitato Progetti Navi du ministère de la marine, sous la direction du t.gen. del Genio Navale Filippo Bonfiglietti. Les deux premiers type Washington italiens, baptisés Trento et Trieste, furent inscrits sur la liste navale par le décret royal n°195 du 7 février 1924. Les contrats de construction furent passés avec le chantier OTO de Livourne pour le Trento le 25 mars 1924 et avec le Stabilimento Tecnico Triestino pour le Trieste le 11 avril 1924. Le Trento devait coûter 95.160.000 lires et le Trieste 94.915.000 lires, sans l'armement ni les centrales de tir. Tous deux mis sur cale l'année suivante, ils entrèrent en service dans la Regia Marina en 1928 et 1929.

Mise sur cale du Trento le 8 février 1925 au chantier Orlando de Livourne. Le Trento en construction sur la cale Morosini du chantier Orlando durant l'hiver 1925-26. Le Trieste en construction dans la ville éponyme en octobre 1926.
Le Trento lors des essais sur base de vitesse au large de La Spezia le 27 août 1928. Le Trieste peu après son admission au service actif début 1929. Trento et Trieste au mouillage.

Description technique des Trento et Trieste

Taillés pour la vitesse, les croiseurs de la classe Trento se caractérisaient par un coefficient de finesse très élevé qui permettait d'exploiter au mieux la puissance propulsive. Ce furent les premiers navires italiens dotés d'un bulbe d'étrave, certes modeste par rapport à celui dont serront dotés les Zara. Les Trento avaient une coque à pont continu, ce qui posait des problèmes d'emménagement. En effet, si la hauteur des locaux sous le pont principal était de 2,35 m au centre, elle atteignait 4,40 m sur l'avant, bien trop pour une utilisation rationnelle de l'espace. La coque était construite en acier à haute résistance, sauf dans les zones soumises à de fortes vibrations pour lesquelles était employé l'acier doux "Martin Siemens". Des doubles fonds existaient entre les couples 62 arrière et 80 avant. Le compartimentage était assuré par 22 cloisons étanches s'élevant jusqu'au pont-batterie, sauf à l'avant et à l'arrière où elles atteignaient le pont principal. La flottabilité et la stabilité du navire étaient assurées même avec deux compartiments adjacents inondés. La robustesse structurelle ayant été sacrifiée pour gagner quelques noeuds, certaines zones de la coque et des superstructures étaient soumises à d'importantes vibrations, au point que l'utilisation des télémètres devenait trop aléatoire au-delà d'une vitesse de 24 noeuds.

Le Trento au large de la côte ligure à l'été 1934. La ligne élégante des Trento se caractérisait par leur pont continu. Coupe longitudinale et plan de protection du Trento. Plan vertical des formes du Trento.
Étraves des Trento et Trieste, premiers navires italiens dotés d'un bulbe.

Comme nous l'avons vu plus haut, la protection des croiseurs classe Trento avait été réduite au minimum pour respecter le déplacement Washington. Au total, le blindage ne représentait que 8,7% du déplacement standard, soit 880 tonnes. Le réduit central, comprenant l'appareil moteur, les soutes à munitions et le local diesel, était protégé par une ceinture de blindage constituée de tôles en acier au nickel-chrome de 70 mm d'épaisseur. Transversalement, il était fermé par deux cloisons de 50 mm d'épaisseur, tandis que le pont-batterie au-dessus avait lui aussi une épaisseur de 50 mm. Le pont principal avait une épaisseur de 20 mm au droit du réduit, et de 12 mm au-delà. Les anneaux blindés des tourelles de 203 mm mesuraient 70 mm d'épaisseur. Le blockhaus bénéficiait d'un blindage de 100 mm, le poste de conduite de tir d'un blindage de 50 mm et le tube reliant le blockhaus au pont-batterie d'une protection de 60 mm.

Coupe au maître montrant la disposition du blindage.

Sur le pont principal s'élevait un rouf continu reliant les deux tourelles de 203 mm surélevées. Les deux cheminées de forme elliptique, évasées à leur base, étaient installées sur le rouf, la première derrière la tour avant, la seconde derrière le mât tripode arrière. Privées de chapeau au neuvage, les cheminées des Trento n'en furent dotées que pendant la guerre. La tour avant comptait trois niveaux au-dessus du rouf, le dernier abritant le blockhaus, la cabine des cartes et l'abri de navigation. Le poste de conduite de tir situé sur la plate-forme supérieure de la tour surmontait le blockhaus. La tour était surplombée par le mât tripode avant dont le pied principal, vertical, partait du pont-batterie. Les fortes vibrations auxquelles était soumis ce mât imposèrent l'ajout de deux pieds supplémentaires peu après le retour des navires de leur croisière sud-américaine en 1929. Ainsi, le mât avant devint pentapode, mais le problème des vibrations ne fut pas totalement résolu. Ce mât accueillait l'abri de navigation de l'amiral, le poste de tir antiaérien, les tourelles de télépointage de l'artillerie antiaérienne et le télépointeur de l'artillerie principale à 29,5 m au-dessus de la flottaison. Le mât tripode arrière abritait à mi-hauteur le poste de tir antiaérien auxiliaire et une plate-forme de télémétrie.

Coupe longitudinale de la tour-donjon du Trieste. Coupe au couple 36 AV vue de l'arrière montrant le mât tripode. Tourelles avant et tour du Trento en mai 1929. Remarquez les renforts en V sur le mât tripode pour tenter de réduire les vibrations.
Le Trieste durant l'hiver 1929. Le mât avant est encore tripode. Trento au bassin à La Spezia le 26 juin 1931 au terme des travaux de renforcement du mât avant. Cette photo du Trento prise à Shangaï en mai 1932 met en évidence les cinq pieds du mât avant après travaux.
Vue des superstructures du Trieste après renforcement du mât avant. Les cheminées sont encore privées de chapeau. Tourelles avant et tour-donjon du Trieste après renforcement du mât avant. Détail du mât pentapode du Trieste au bassin à La Spezia en 1940.
Coupe au couple 21 AV vue de l'arrière montrant la cheminée avant. Coupe au couple 3 AR vue de l'avant montrant le mât tripode et la cheminée arrière. Cheminée arrière du Trento. La plate-forme au premier plan accueille les deux projecteurs de 90 cm arrière.

L'appareil moteur comportait quatre ensembles de turbines à vapeur Parsons actionnant chacun un propulseur par le biais d'un réducteur à engrenages. La vapeur était fournie par 12 chaudières à mazout de type Yarrow réparties dans trois compartiments chaufferie étanches, deux en avant du compartiment machine avant et un entre les deux compartiments machine. Chaque chaudière fonctionnait à la pression de 21 kg.cm-2 et comptait 9 brûleurs de type Mejani. Dans chaque chaufferie prenaient place deux turbo-ventilateurs de chauffe et deux pompes alimentaires. Le mazout était réparti dans 22 soutes logées dans les compartiments étanches en avant et en arrière des soutes à munitions ainsi que dans les doubles fonds, pour un total de 2357 m3 dont 2252 m3 utiles. Chaque ensemble turbines de 37 500 ch à l'arbre comprenait une turbine HP et une turbine BP évacuant la vapeur vers le condenseur central, ainsi qu'une turbine de marche arrière. Les deux ensembles avant entraînaient les arbres latérauxde 58,34 m de long tandis que les deux ensembles arrière actionnaient les arbres centraux de 41,53 m. Les hélices tripales en bronze avaient un pas de 4,40 m. Durant les essais, les deux navires atteignirent la vitesse de 35,6 noeuds.

Plan de l'appareil moteur du Trieste. Plan des lignes d'arbre du Trieste. Coupe au couple 81 AR vue de l'avant montrant les deux hélices centrales.

Le gouvernail de type semi-compensé avait une surface totale de 29,35 m2 et pouvait être porté à 35° à droite ou à gauche. L'appareil à gouverner construit par Brown à Édimbourg était hydraulique, commandé par un servomoteur électrohydraulique. En secours, il pouvait être commandé à bras.

Si l'on occulte les expérimentations réalisées en 1928-29 sur le croiseur Ancona, les unités de la classe Trento furent les premières à être dotées de manière permanente d'une catapulte de proue. De type Gagnotto, elle se composait d'un chariot de lancement propulsé à air comprimé et guidé par deux rails situés sur la plage avant, dans l'axe longitudinal du navire. Le hangar abritant les hydravions, d'une longueur de 13,70 m, se trouvait entre le pont-batterie et le pont principal, sur l'avant de la tourelle de 203 mm n°1. Pour être catapultés, les hydravions étaient hissés sur le pont principal à l'aide d'un mât de charge de 2 tonnes, qui permettait également de "repêcher" les appareils après l'amerrissage. Les Trento embarquèrent dans un premier temps trois Cant 25AR, qui furent remplacés en 1937-38 par autant de Romeo Ro.43.

Coupe au couple 75 AV vue de l'arrière montrant le hangar à hydravions et le mât de charge. Vue de la plage avant du Trieste en 1941. Remarquez les rails de la catapulte ainsi que les bandes d'identification blanches et rouges. Catapultage d'un Ro.43 depuis le Trento le 7 septembre 1940.

L'artillerie principale des Trento était composée de 4 tourelles doubles Ansaldo de 203/50 mod.1924, le plus gros calibre autorisé à bord des croiseurs lourds par le traité de Washington. Les tourelles n°2 et 3 étaient surélevées par rapport aux n°1 et 4 de manière à obtenir un champ de battage de 300° environ pour chacune. Pour limiter le poids des tourelles, les deux armes avaient un berceau unique et un monte-charge unique. L'angle de chargement fixe de 15° limitait grandement la cadence de tir : si à faible hausse, la tourelle pouvait tirer une salve toutes les 20 s, il fallait attendre 40 s à forte hausse. L'artillerie secondaire comptait 16 canons de 100/47 RM OTO 1928 montés en 8 affûts doubles Minisini qui permettaient le rechargement à n'importe quelle élévation. Les deux affûts avant se trouvaient sur une plate-forme reliée au rouf à la hauteur du mât pentapode, les quatre affûts centraux étaient situés sur le pont principal au niveau des cheminées, et les deux affûts arrière prenaient place sur une plate-forme au niveau du rouf, derrière la cheminée arrière. Ces deux derniers affûts furent débarqués en 1937 pour être remplacés par 8 canons de 37/54 montés sur affûts doubles.

Embarquement du fût de la tourelle principale n°4 du Trieste. Embarquement d'une pièce double de 203/50 mod.24 sur le Trento. Tourelles n°1 et 2 du Trento en 1938.
Tourelles n°1 et 2 du Trieste en 1942. Tourelles n°3 et 4 du Trento pendant l'hiver 1932. Tourelles n°3 et 4 du Trieste de retour de la bataille de Cap Teulada.
Coupe au couple 42 AR vue de l'avant montrant la tourelle n°3. L'un des deux affûts de 100/47 sur le pont principal tribord du Trieste. Affûts de 100/47 sur l'avant tribord du Trieste. Un Ro.43 est visible sur la catapulte.
Affûts doubles de 100/47 et de 37/54 sur l'arrière tribord du Trento à la fin de l'année 1940. Affût double de 37/54 et canon Vickers-Terni de 40/39 au niveau de la cheminée arrière du Trieste. Affûts doubles de 37/54 tribord du Trieste en 1940. On aperçoit en arrière plan le contre-torpilleur Bersagliere.

L'armement antiaérien comprenait initiallement 4 canons Vickers-Terni de 40/39 logés sur le pont principal entre les affûts de 100/47 centraux et 4 affûts doubles de 12,7 mm. Ces armes furent débarquées en 1937 et remplacées par 4 affûts doubles de 13,2 mm. En 1942, toutes les mitrailleuses de 13,2 mm du Trieste furent débarquées et substituées par 8 canons de 20/65 sur affûts simples, disposés ainsi : deux sur la tour avant, deux sur le mât pentapode et quatre sur des plates-formes derrière la cheminée arrière.

Configuration définitive de l'armement antiaérien (y compris l'artillerie secondaire) des Trento et Trieste.

Les Trento furent également armés de 8 tubes lance-torpilles de 533 mm montés sur 4 plates-formes doubles. Elles étaient situées sur le pont-batterie dans l'axe transversal du navire et réparties dans deux locaux. La dotation totale était de 16 torpilles, 8 aux tubes et 8 sur des rances. Le choix d'installer des tubes lance-torpilles sur des croiseurs lourds était très discutable, la probabilité pour qu'ils se trouvent à distance utile de lancement étant très faible.

Coupe au couple 22 AR vue de l'avant montrant le local torpilles arrière. Vue en coupe du local torpilles avant.

La conduite de tir comprenait deux tourelles de télépointage rotatives équipées chacune d'un télémètre de 5 m, une située au sommet du mât pentapode et l'autre sur la plate-forme supérieure de la tour-donjon. Les télémètres d'origine furent substitués dans les premiers mois de 1940 par des télémètres stéréoscopiques réalisés par Galileo. La conduite de tir de l'artillerie secondaire était assurée par 4 télépointeurs, dont deux situés sous la tourelle de télépointage de l'artillerie principale du le mât pentapode et deux à mi-hauteur du mât tripode. Ces dernières furent débarquées en 1937.

Une "erreur magnifiquement construite"

Afin de constituer une division navale homogène capable d'aligner en permanance au moins deux navires, il fut décidé d'ajouter une troisième unité à la classe Trento alors que les deux premiers croiseurs de la classe Zara étaient déjà en construction. Les études pour la construction du Bolzano furent réalisées entre 1928 et 1929 : le navire reprenait les caractéristiques générales des Trento moyennant de nombreuses améliorations, malgré le fait que les défauts de conception intrinsèques des deux premiers type Washington italiens soient alors parfaitement connus. C'est pourquoi les Français parlèrent du Bolzano comme d'une "erreur magnifiquement construite". Le navire fut inscrit sur la liste navale par le décret royal n°1400 du 8 juillet 1929, après approvation du proget définitif par le Comitato Progetti Navi. Commandé le 25 octobre 1929 au chantier Ansaldo de Gênes-Sestri Ponente pour un montant de 101.600.000 lires sans armement ni centrale de tir, le Bolzano fut admis au service actif en août 1933.

Modèle d'étude du Bolzano. Remarquez la position des mâts et l'inclinaison des cheminées, évolutions qui ne seront pas retenues sur le projet définitif. Le Bolzano en construction aux chantiers Ansaldo de Sestri Ponente. Le rouf et l'arbre quadripode avant sont déjà en place. Lancement du Bolzano le 31 août 1932.
Le Bolzano en achèvement à flot à Gênes fin septembre 1932. Premiers essais à la mer du Bolzano en 1933. Les canons de 203/53 ne sont pas encore montés. Le Bolzano au large de Gênes durant l'été 1933.

Malgré sa parenté directe avec les deux premiers Trento, le Bolzano se distinguait de ses prédécesseurs au premier coups d'oeil. Pour commencer, il abandonnait le pont continu par l'adjonction d'une longue teugue améliorant sensiblement sa tenue à la mer et l'emménagement. Ainsi, il fut possible de maintenir une hauteur constante de 2,30 m entre le pont-batterie et le pont principal. À l'avant, le bulbe d'étrave fut accentué. Le nombre de cloisons étanches fut porté de 22 à 26, ce qui permettait au navire de rester à flot avec 3 compartiments contigus noyés. Afin de renforcer la coque, l'épaisseur du pont principal fut portée à 22 mm au droit du réduit et à 16 mm au-delà. Pour compenser l'augmentation de poids, le réduit central fut arrêté au niveau de la soute à munitions avant, excluant ainsi le local diesel.

Section longitudinale et coupes transversales du Bolzano. Le bulbe d'étrave du Bolzano était plus prononcé que celui des Trento.

Sur le Bolzano, le rouf constituait un prolongement de la teugue. La cheminée avant était intégrée à la tour-donjon et fut dotée d'un chapeau au neuvage, tout comme la cheminée arrière. La tour était réhaussée d'un étage par rapport à celles des Trento et englobait la plus grande partie du mât quadripode avant, dont les quatre pieds partaient du pont-batterie pour assurer une plus grande robustesse et limiter les vibrations.

Sur le Bolzano, la cheminée avant et la tour-donjon ne formaient qu'un seul ensemble, comme le montre cette photo prise pendant les travaux de 1936 à Livourne.

L'appareil propulsif du Bolzano était alimenté en vapeur par 10 chaudières réparties dans 5 compartiments d'une longueur de 9 m au lieu de 13,5 m pour les 3 chaufferies des Trento. De l'avant vers l'arrière, on trouvait trois chaufferies, le compartiment machine avant, deux chaufferies et le compartiment machine arrière. Ce dernier était raccourci de 1,8 m grâce à la disposition des condenseurs sous les turbines BP. La puissance développée par l'appareil propulsif restait inchangée, à savoir 150 000 ch, grâce à l'augmentation de la pression des chaudières (22 kg.cm-2).

Les installations d'aviation furent complètement revues sur le Bolzano. La catapulte, toujours de type Gagnotto, fut installée sur le rouf, entre la cheminée avant et le mât tripode arrière. Pour le catapultage, elle était orientée sur tribord ou sur bâbord. Le hangar fut supprimé et les deux hydravions (un troisième avait été prévu mais ne fut jamais embarqué) étaient stockés pour l'un sur la catapulte et pour l'autre sur un berceau à côté de la cheminée avant. Les deux Macchi M.40 embarqués au début furent remplacés en 1937 par deux Ro.43.

Les deux hydravions du Bolzano logés sur la catapulte et sur un support à droite de la cheminée avant. La catapulte du Bolzano orientée sur bâbord. IMAM Ro.43 sur la catapulte du Bolzano.

L'artillerie principale du Bolzano était identique à celle des Zara, à savoir 4 tourelles doubles de 203/53 Ansaldo mod.1929 qui pouvaient être rechargées à n'importe quelle hausse, permettant d'augmenter la cadence de tir. Au neuvage, seuls 4 affûts doubles de 100/47 furent embarqués, mais ce nombre fut porté à 8 par la suite, comme pour les Trento. En 1937, les 2 affûts arrière de 100/47 furent débarqués pour laisser place à 4 affûts double de 37/54. Au neuvage, l'armement antiaérien se composait de 4 canons Vickers-Terni de 40/39 et de 4 affûts doubles de 13,2 mm. Les deux canons de 40/39 situés sur la tour-donjon furent débarqués peu après l'admission au service actif, tandis que les deux armes se trouvant sur la plage arrière ne furent retirées qu'en 1938. Enfin, en 1942, les 8 mitrailleuses de 13,2 mm furent remplacées par 4 canons de 20/65, deux sur le mât tripode et deux sur des plates-formes derrière la cheminée arrière.

Plage avant du Bolzano avec les tourelles de 203/53 n°1 et 2. Tourelles n°1 et 2 du Bolzano en cours d'achèvement en 1933 à Gênes. Les tourelles n°3 et 4 du Bolzano avaient été baptisées Brennero et Stelvio.
Poste de propreté sur la tourelle n°4 du Bolzano. Le Bolzano franchissant le canal de Tarente durant l'hiver 1936. On distingue deux affûts doubles de 100/47 et deux affûts doubles de 13,2 mm. Configuration définitive de l'armement antiaérien (y compris l'artillerie secondaire) du Bolzano.

Activité opérationnelle

À leur admission au service actif, les Trento et Trieste formèrent la Divisione Incrociatori sous les ordres de l'Amm.Div. Ferdinando di Savoia. À l'activité d'entraînement succédèrent des croisières en Méditerranée, en Amérique du Sud et en Asie. Lors de l'entrée en service du Bolzano, la 2a Div.Incr. fut formée au sein de la 1a Sq. dans le but de regrouper les trois navires de la classe Trento. Le commandement en revint à l'Amm.Div. Vincenzo de Feo qui hissa sa marque sur le Trento le 2 décembre 1933. En juillet 1934, l'unité devint la 3a Div.Incr., dans laquelle les Trento restèrent affectés jusqu'au terme de leur carrière.

Malgré une conception privilégiant la vitesse sur la protection, les Trento révélèrent dans certaines occasions une capacité à encaisser inattendue. Lorsque, le 21 novembre 1941, le Trieste fut touché par une torpille du HMS Utmost qui provoqua l'explosion d'une chaudière et stoppa les machines, l'équipage réussit à remettre l'unité en mouvement au bout d'une heure et demie à l'aide des seules chaudières arrière. Le 26 août 1941, le Bolzano fut à son tour touché par une torpille du submersible HMS Triumph qui provoqua une importante voie d'eau à l'arrière. Avec l'aide de deux remorqueurs, l'unité put regagner Messine pour y être réparée. Cependant, le croiseur fut de nouveau endommagé par une bombe en septembre, et dut être transféré à Gênes pour poursuivre ses réparations, qui ne s'achevèrent qu'en juin 1942.

Lors de la seconde bataille de la Sirte en mars 1942, une salve de 203 mm du Trento toucha le contre-torpilleur HMS Kingston. Mais le 15 juin, le navire fut immobilisé par l'arme d'un avion torpilleur avant d'être coulé par une torpille du sous-marin HMS Umbra suite à l'explosion des soutes à munitions avant. Le 13 août 1942, une torpille du HMS Unbroken toucha de nouveau le Bolzano au centre causant d'importants dégats et déclenchant un incendie. Pour éviter le naufrage, le navire alla s'échouer sur l'île de Panarea avec l'aide d'un contre-torpilleur. Il fut ensuite remorqué à Naples puis à La Spezia, mais les travaux de réparation ne furent jamais lancés. Enfin, le Trieste fut coulé lors d'un bombardement de quadrimoteurs américains sur la rade de La Maddalena le 10 avril 1943.

Messe dominicale à bord des croiseurs de la 3a Div.Incr. dans le port de Tarente. Le Trento sous grand pavois en 1936.
(crédits photo : Giorgio Parodi)
Le Trento et le Bolzano à quai à Tarente en 1937-38.
Le Trento et le Trieste à couple pour la fête de la marine à Livourne le 10 juin 1939. Les trois croiseurs de la classe Trento sous le feu des projecteurs le 10 juin 1939.
La 3a Div.Incr. à Messine à la fin de l'année 1940. Le Trieste protégé par un filet pare-torpilles. Au second plan, on reconnaît les cheminées du Bolzano.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
De gauche à droite, un croiseur léger de la classe Di Giussano, le Bolzano et le Trieste.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Liste croiseurs des de la classe Trento
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
OTO, Livourne
Trento 08/02/1925 04/10/1927 03/04/1929 Nomen Neptunus dedit dabo Neptuno gloriam
Stabilimento Tecnico Triestino, Trieste
Trieste 22/06/1925 26/10/1926 21/12/1928 Redenta redimo
Ansaldo, Sestri Ponente
Bolzano 11/06/1930 31/08/1932 19/08/1933 A magnanima impresa intenta ho l'alma
Fiche technique
 Trento/TriesteBolzano
Déplacement standard 10 511 t (Trento)
10 505 t (Trieste)
11 065 t
Déplacement à pleine charge 13 358 t (Trento)
13 540 t (Trieste)
13 885 t
Longueur hors-tout 196,6 m 196,9 m
Largeur 20,6 m 20,6 m
Tirant d'eau 6,8 m 6,8 m
Propulsion 12 chaudières Yarrow et 4 turboréducteurs Parsons développant 150 000 ch et entraînant 4 hélices 10 chaudières Yarrow et 4 turboréducteurs Parsons développant 150 000 ch et entraînant 4 hélices
Vitesse maximale 31 nœuds
35,6 nœuds aux essais
33 nœuds
36,8 nœuds aux essais
Autonomie 4160 miles nautiques à 16 nœuds 4432 miles nautiques à 16 nœuds
Protection
  • Ceinture : 70 mm
  • Ponts : 50 mm
  • Tourelles : 70 mm
  • Ceinture : 70 mm
  • Ponts : 50 mm
  • Tourelles : 80 mm
Armement
  • 8 canons de 203/50 sur 4 tourelles doubles
  • 12 canons de 100/47 sur 6 affûts doubles (16 canons jusqu'en 1937)
  • 4 canons de 40/39 sur 4 affûts simple jusqu'en 1937
  • 8 canons de 37/54 sur 4 affûts doubles à partir de 1937
  • 8 mitrailleuses de 12,7 mm sur 4 affûts doubles jusqu'en 1937
  • 8 mitrailleuses de 13,2 mm sur 4 affûts doubles à partir de 1937 (et jusqu'en 1942 sur le Trieste)
  • 8 canons de 20/65 sur 8 affûts simples à partir de 1942 sur le Trieste
  • 8 tubes lance-torpilles de 533 mm
  • 8 canons de 203/53 sur 4 tourelles doubles
  • 12 canons de 100/47 sur 6 affûts doubles (16 canons jusqu'en 1937)
  • 8 canons de 37/54 sur 4 affûts doubles à partir de 1937
  • 4 canons de 40/39 sur affûts simples jusqu'en 1938
  • 8 mitrailleuses de 13,2 mm sur 4 affûts doubles jusqu'en 1942
  • 8 canons de 20/65 sur 8 affûts simples à partir de 1942
  • 8 tubes lance-torpilles de 533 mm
Groupe aérien 3 hydravions, une catapulte sur la plage avant 2 hydravions, une catapulte au centre du navire
Équipage 25 officiers, 756 sous-officiers et matelots 28 officiers, 760 sous-officiers et matelots
Silhouettes des croiseurs de la classe Trento en 1941. Vues de profil et de dessus du Trento en 1932. Vues de profil et de dessus du Trieste en 1932.
Vue de profil du Trieste en 1941. Vues de profil et de dessus du Bolzano en 1933. Vue de profil du Bolzano en 1942.
Sources :
  • Gli Incrociatori Italiani, Giorgio Giorgerini & Augusto Nani, Ufficio Storico della Marina Militare, 1976
  • Italian Heavy Cruisers of WWII, Gordon E. Hogg & Steve Wiper, Warship Pictorial n°23, Classic Warships Publishing, 2004
  • Incrociatori pesanti italiani nella seconda guerra mondiale, Franco Gay, Elio Ando & Franco Bargoni, Edizioni dell'Ateneo & Bizzarri, 1978
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Navi e marinai italiani nella Seconda Guerra Mondiale, Elio Ando & Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 1999
  • Le armi delle navi italiane nella seconda guerra mondiale, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2007
  • I motti delle navi italiane, Ufficio Storico della Marina Militare, 1998
Pour reproduire ce navire :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Delphis Models 1/700 DM-008 RN Trento -
Delphis Models 1/700 DM-028 RN Bolzano Maquette d'Aymeric Lopez
Maquette d'Anthony Chu
Delphis Models 1/700 DM-50 RN Trieste -
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