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Ettore Fieramosca

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Le Fieramosca passant sous le pont tournant de Tarente. Le navire se trouve dans sa configuration définitive. Le Fieramosca passant sous le pont tournant de Tarente. Le navire se trouve dans sa configuration définitive. USMM

L'Ettore Fieramosca fut l'unique tentative italienne, quoiqu'avortée, de réaliser un croiseur sous-marin comparable aux types M et X1 britanniques ou au Surcouf français.

Un développement chaotique

Au sortir de la Grande Guerre, l'arme sous-marine avait pris une importance telle que certains membres de l'état-major des grandes marines pensaient pouvoir utiliser le submersible dans tous les rôles occupés par les bâtiments de surface. En particulier, plusieurs projets de croiseurs sous-marins aux dimensions imposantes furent mis à l'étude dans les années 1920.

En Italie, la Regia Marina se lança également dans cette voie, sans grand enthousiasme toutefois. Le développement du croiseur sous-marin transalpin, baptisé Ettore Fieramosca, fut confié au colonel du génie naval Curio Bernardis. Dérivé des submersibles de la classe Pisani, il devait initialement être armé d'un canon de 203 mm protégé par un bouclier, disposé en avant du massif, de quatre mitrailleuses de 13,2 mm, de quatre tubes lance-torpilles de 533 mm internes à l'avant, de deux tubes de 533 mm externes et de deux tubes de mouillage de mines internes à l'arrière. Enfin, un hangar de pont étanche destiné à recevoir un petit hydravion devait être installé sur l'arrière du massif.

Dès la phase d'étude, le canon de 203 mm envisagé initiallement fut remplacé par une arme de 120 mm et les deux tubes de mouillage de mines abandonnés, tout comme les tubes lance-torpilles extérieurs de poupe, remplacés par quatre tubes internes. Au final, le navire se trouva surdimensionné par rapport à l'armement embarqué.

Mis sur cale au chantier Tosi de Tarente en juillet 1926, le submersible ne fut lancé qu'en avril 1929 du fait des nombreux changements apportés au projet initial. Durant les essais, le bouclier du canon fut supprimé tout comme le hangar de pont suite à des tests peu concluants menés avec un hydravion sur un vieux submersible. D'autre part, la proue du navire fut rehaussée pour améliorer la stabilité en surface par mer formée.

Lancement du Fieramosca à Tarente le 14 avril 1929. Le hangar de pont destiné à l'hydravion est bien visible derrière le sas d'accès.
(crédits photo : collection Guido Alfano)
Le Fieramosca durant ses essais à la mer. Le hangar de pont a été supprimé.
(crédits photo : F21 sur Betasom)
Le Fieramosca de retour à Tarente en 1930, pendant ses essais. Le canon n'est pas encore monté mais son carénage est bien visible.
(crédits photo : USMM)
Le Fieramosca franchissant le canal de Tarente pour une sortie d'essai. Le Fieramosca quittant Mar Piccolo à Tarente en mai 1933. Sa proue a été rehaussée et le bouclier du canon retiré.
(crédits photo : collection Marcello Risolo)
Matelots au poste de propreté sur la proue rehaussée du Fieramosca.

Description technique

Développé par Bernardis, le Fieramosca adoptait en conséquence une architecture à simple coque caractérisée toutefois par des contre-carènes beaucoup plus volumineuses que sur les autres submersibles du type Bernardis.

La coque assemblée par rivetage était réalisée en acier au nickel caractérisé par une limite élastique de 420 MPa et une contrainte à la rupture de 600 MPa. Son épaisseur variait de 19,5 mm dans la section centrale à 16,6 mm aux extrémités. La maille courante mesurait 520 mm.

La coque résistante était divisée en cinq compartiments étanches :

  • le compartiment torpilles avant;
  • la zone vie et la batterie avant;
  • le poste central;
  • le local diesel;
  • le local des moteurs électriques de propulsion et le compartiment torpilles arrière.
Plan général d'emménagement du Fieramosca. Détail du massif dans sa configuration définitive fin 1940. Le canon de 120/45, débarassé de son bouclier, se trouve sur une plateforme surélevée. Les mitrailleuses de 13,2 mm ont été débarquées.

Les ballasts étaient répartis entre les superstructures avant et arrière, les contre-carènes et les caisses résistantes emménagées dans le compartiment du poste central. La chasse pouvait être assurée par une installation d'air HP ou par un compresseur électrique BP.

Les deux moteurs diesel Tosi quatre temps de huit cylindres en ligne développaient une puissance nominale de 3000 ch chacun à 292 tr/min. En surcharge, ils pouvaient produire 3500 ch unitaires. Pour limiter la consommation, un groupe électrogène constitué d'un moteur diesel Beardmore accouplé à une génératrice de 220 kW permettait d'alimenter les moteurs électriques de propulsion Marelli aux faibles vitesses sans décharger la batterie. Cette dernière était composée d’accumulateurs de type Catanodo 508 produits par Marelli et répartis en quatre ensembles de 60 éléments.

Le Fieramosca assurait une autonomie de 40 jours à ses 78 membres d'équipage. L'eau douce était stockée dans deux caisses d'une capacité totale de 21,1 m3. Un bouilleur électrique de type Kirkaldy permettait de produire de l'eau distillée. L'usine frigorifique de type Ortofrigor permettait la conservation des produits frais. Deux cuisines étaient embarquées, l'une à gazole stockée dans le massif à utiliser en surface uniquement et l'autre électrique utilisée en immersion.

Le Fieramosca souffrait de nombreux défauts et fut sujet à de nombreuses pannes et accidents au cours de sa carrière. La vitesse maximale calculée de 20 nœuds sur diesel ne fut jamais atteinte, l'autonomie du navire était trop faible pour mener des missions de guerre au commerce, le temps de plongée était excessif et la manoeuvrabilité insuffisante, tant en surface qu'en plongée.

Une carrière opérationnelle très limitée

Livré à la Regia Marina le 5 décembre 1931, le Fieramosca resta à Tarente pour essais jusqu'en 1932 avant de rejoindre La Spezia où il fut versé à la 1a sq. de la I fl.smg. Son activité fut drastiquement limitée du fait des nombreuses avaries auxquelles il était sujet.

En 1935, le Fieramosca retourna à Tarente pour un grand carénage au terme duquel il fut affecté à la 2a sq., basée à Tarente. C'est certainement durant ces travaux que la plateforme soutenant le canon fut rehaussée.

Durant la guerre civile espagnole, le Fieramosca effectua trois missions spéciales. Durant la première d'entre elles, qui dura 16 jours, il lança trois torpilles contre le croiseur républicain Mendez Nuñez le 27 décembre 1936, sans le toucher. La seconde mission, en janvier 1937, fut interrompue suite à une avarie. Durant la troisième mission qui dura deux semaines, il bombarda le port de Barcelone les 8 et 9 février 1937, endommageant légèrement le pétrolier Zorrosa.

En 1937, le submersible effectua une croisière de représentation à Tripoli, suivie l'année suivante par une escale à Barcelone.

Le Fieramosca appareillant de Tarente en mai 1933.
(crédits photo : collection Marcello Risolo)
Le Fieramosca en escale à Barletta.
(crédits photo : USMM)
Le Fieramosca à quai en mai 1938. Les quatre mitrailleuses de 13,2 mm sont bien visibles sur le massif.
(crédits photo : collection Giorgio Parodi)

Transféré de nouveau à La Spezia, le Fieramosca entra dans le second conflit mondial au cours d'un déploiement au large des côtés françaises. Le 14 juin 1940, il rentra à Gênes sans avoir aperçu aucun navire ennemi. Le 18 juin, le navire appareilla de Gênes pour se mettre en embuscade au large de Hyères. Mais la mission tourna court à la suite de l'explosion d'une batterie qui fit une dizaine de blessés et provoque de nombreux dégâts.

De retour à Gênes le 25 juin, le submersible entra au bassin pour effectuer les réparations qui s'achevèrent en octobre. À l'issue, le bâtiment fut affecté à l'école de sous-mariniers de Pola et effectua 26 sorties d'entraînement jusqu'au 1er mars 1941. Désarmé le 10 avril de la même année, le Fieramosca fut radié en octobre 1946 puis ferraillé.

Le Fieramosca à la mer en 1940. Les dégâts que l'on constate sur le coupe-filet sont peut être dûs à un violent coup de mer.
(crédits photo : collection Alessandro Turrini)
Le Fieramosca lors d'une sortie d'exercice en décembre 1940. Le Fieramosca photographié depuis le remorqueur de sauvetage Titano en décembre 1940.
Liste des submersibles de la classe Fieramosca
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
 
Ettore Fieramosca 17/07/1926 14/04/1929 05/12/1931 Nunc saltem pateat quid possit itala virtus
Fiche technique
Déplacement en surface 1555,95 t
Déplacement en plongée 1965,00 t
Longueur hors-tout 82,38 m
Largeur au fort 8,04 m
Tirant d'eau 5,30 m
Énergie et propulsion
  • 2 moteurs diesel Tosi - puissance totale 6000 ch
  • 1 groupe électrogène Beardmore de 325 ch
  • 2 moteurs électriques Marelli - puissance totale 2000 ch
  • 240 accumulateurs au plomb organisés en 4 batteries de 60 éléments
  • 2 lignes d'arbres, 2 hélices à 3 pales
Vitesse maximale 15,5 nœuds en surface
9 nœuds en plongée
Autonomie 5300 miles nautiques à 8 nœuds en surface
90 miles nautiques à 3 nœuds en plongée
Immersion opérationnelle 100 m
Armement
  • 4 tubes lance-torpilles de proue de 533 mm / 7 torpilles
  • 4 tubes lance-torpilles de poupe de 533 mm / 7 torpilles
  • 1 canon de 120/45
  • 4 mitrailleuses de 13,2 mm sur 2 affûts doubles
Équipage 7 officiers, 71 sous-officiers et matelots
Profil du Fieramosca tel que projeté initialement. Vues de profil et de dessus du Fieramosca dans sa configuration définitive.
Sources :
  • Sommergibili e mezzi d'assalto subacquei italiani, Alessandro Turrini, Ottorino Ottone Miozzi & Manuel Moreno Minuto, Ufficio Storico della Marina Militare, 2010
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • Sommergibili in guerra, Erminio Bagnasco & Achille Rastelli, Albertelli, 2007
  • Gli squali dell'Adriatico, Monfalcone e i suoi sommergibili nella storia navale italiana, Alessandro Turrini, Vittorelli edizioni, 1999
  • I sommergibili italiani 1940-1943, Parte 2a – Oceani, Erminio Bagnasco & Maurizio Brescia, Storia Militare Dossier n°12, 2014
  • L'impegno navale italiano durante la Guerra Civile Spagnola (1936-1939), Franco Bargoni, Ufficio Storico della Marina Militare, 1992

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