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Pietro Micca

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Le Pietro Micca de retour à Tarente après une mission de transport vers la Libye le 30 janvier 1942. Le Pietro Micca de retour à Tarente après une mission de transport vers la Libye le 30 janvier 1942.

Premier submersible italien conçu expressément pour le mouillage des mines, le Pietro Micca reprenait le nom du soldat piémontais qui se sacrifia en faisant exploser les souterrains de la citadelle de Turin durant le siège de la ville par les Français en 1706.

Développement et construction

Jusqu'au début des années 1930, le développement des sous-marins mouilleurs de mines avait été négligé en Italie. Pour remédier à cette lacune, la Regia Marina décida de confier à l'ingénieur Cavallini la conception d'un submersible dévolu à cette tâche, doté de bonnes qualités nautiques et disposant d'un armement bien équilibré entre artillerie, torpilles et mines.

La construction, confiée au chantier Tosi de Tarente, se limita à une seule unité réalisée entre 1931 et 1935. En effet, bien que techniquement réussi, le Pietro Micca était un bâtiment particulièrement imposant et complexe à construire, et affichait des coûts d'acquisition et de possession très élevés. La Regia Marina décida par conséquent de ne pas lancer de production en série et de s'orienter vers le développement d'un navire moins complexe et plus abordable, qui donna naissance à la classe Foca.

Le Pietro Micca peu avant son lancement au chantier Tosi en 1935. Lancement du Pietro Micca le 31 mars 1935 à Tarente.
(crédits photo : collection Turrini)
Le Pietro Micca en phase d'achèvement assisté par un remorqueur dans le port de Tarente.

Description technique

Le Pietro Micca retenait une architecture à double coque partielle typique des projets de Cavallini. La coque épaisse avait un diamètre maximal de 5,73 m et mesurait 73 m de long. Elle était réalisée en tôles d'acier au nickel dont la limite élastique atteignait 420 MPa, assemblées par rivetage. L'épaisseur du bordé variait de 17,5 mm au centre à 14 mm aux extrémités, tandis que la maille courante mesurait 500 mm au centre et 520 mm aux extrémités.

La coque résistante était divisée en cinq compartiments étanches par des cloisons résistant à une colonne d'eau de 100 m. De l'arrière vers l'avant, les locaux se succédaient dans l'ordre suivant :

  • le local torpilles arrière accueillant également les moteurs électriques de propulsion et la zone vie de l'équipage ;
  • le local diesel ;
  • le poste central caractérisé par une double coque résistante ;
  • la zone vie des officiers et sous-officiers et la batterie ;
  • le local torpilles avant et la zone vie de l'équipage.
Plan général d'emménagement du Pietro Micca. Détail du massif et du canon avant de 120/45 après franchissement du dioptre. Configuration du massif en 1942.
Vue du fumoir avec la boussole magnétique et le répéteur du compas gyroscopique. Détail du canon de 120/45 sur la plage avant.
(crédits photo : collection Turrini)

La section de coque résistante située entre les couples 60 et 107 comprenait un tube central de section quasi circulaire de 1,47 m de diamètre, limité vers le bas par une paroi de section semi-circulaire. Le tube central, divisé en trois locaux, comprenait le poste de conduite de la propulsion à l'arrière, le PCNO au centre et le local auxiliaire à l'avant. La partie inférieure était également divisée en trois et comprenait deux compartiments pour le stockage des mines et la caisse d'immersion rapide au centre. Entre le tube central et la coque résistante étaient emménagés les caisses de compensation des mines et le régleur.

L'énergie du bord était produite par deux moteurs diesel Tosi E6 deux temps à 6 cylindres développant une puissance unitaire de 1500 ch. L'énergie était stockée dans la batterie d'accumulateurs au plomb divisée en deux groupes de 60 éléments type Hensemberger d'une capacité de 3200 Ah pour une décharge d'une heure ou 7150 Ah pour une décharge de 20 heures. Les deux moteurs électriques de propulsion fournis par Marelli développaient une puissance unitaire de 850 ch.

L'installation d'air HP à 200 bar comprenait une réserve de 20 500 L alimentée par deux électrocompresseurs San Giorgio.

Si l'armement de l'unité était relativement bien équilibré, on peut malgré tout relever que la présence de deux pièces de 120/45 était sans doute excessive pour un submersible destiné au mouillage des mines. La suppression d'un des canons au profit d'une dotation en mines plus importante aurait sans doute été préférable.

Activité opérationnelle

Affecté au IV Gr.smg de Tarente, le Pietro Micca débuta sa période d'entraînement en octobre 1935. En octobre 1936, il effectua une escale de représentation à Tripoli.

Durant la guerre civile espagnole, le Micca effectua deux missions spéciales sous les ordres du C.C. Ernesto Forza. Durant la première, entre le 23 janvier et le 2 février 1937, il croisa au large de Valence sans rencontrer de navire ennemi. La seconde, qui débuta le 13 février, fut interrompue le lendemain du fait des tractations en cours entre la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie sur le blocus de l'ensemble des côtes espagnoles, qui aboutirent à l'accord international du 22 février.

Lors de la revue H à Naples le 5 mai 1938, le Micca remplit le rôle d'unité amirale des forces sous-marines. En juin 1938, le submersible passa aux dépendances du I Gr.smg à La Spezia. Après un grand carénage, il fut affecté à l'Académie Navale.

À l'entrée en guerre, le bâtiment se trouvait sous le commandement du C.F. Vittorio Meneghini. Lors de sa première mission, entre le 12 et le 20 juin 1940, il mouilla 40 mines à 25 miles au Nord-Ouest d'Alexandrie. Le 12 août, aux ordres du C.F. Alberto Ginocchio, il mouilla de nouveau 40 mines au large d'Alexandrie. Le 14 août, en début d'après-midi, il repéra des contre-torpilleurs britanniques et lança une torpille à leur encontre à une distance de 800 m. Il parvint à se soustraire à la chasse des unités adverses sans avoir le temps de vérifier le résultat de son attaque.

Après une longue période de travaux, le submersible fut principalement employé pour le transport de matériel à partir de février 1941. Le 28 février, il convoya 105 t de carburant et 70 t de vivres et munitions entre Tarente et Leros. Reparti de Leros le 11 mars, il attaqua sans résultat une formation de contre-torpilleurs britanniques après avoir doubler l'île de Cythère.

Lors de la mission suivante, toujours destinée à ravitailler Leros où il accosta le 5 avril, le submersible fut victime d'une explosion sur l'arrière alors qu'il manoeuvrait à l'entrée du port. Probablement causée par une mine, cette explosion rendit inutilisable l'appareil à gouverner arrière. Après avoir effectué des réparations sommaires sur l'île, l'unité regagna Tarente en mai 1941. Il resta en réparation jusqu'en novembre 1941, puis reprit ses missions de transport, à destination de l'Afrique du Nord cette fois.

Le Pietro Micca à la mer.
(crédits photo : USMM)
Le Micca à Tarente le 8 février 1941 arborant son schéma de camouflage. On reconnaît amarré de l'autre côté du quai un sous-marin de la classe Bandiera.
(crédits photo : collection Turrini)
Le Pietro Micca en 1942.
(crédits photo : collection Giorgio Parodi)
Le Micca à Tarente le 30 janvier 1942 après une mission de transport de matériel vers l'Afrique du Nord. Le Pietro Micca à l'été 1943 à Tarente, peu avant son torpillage.

Le 24 juillet 1943, le Micca appareilla de Tarente à destination de Naples, sous le commandement du T.V. Paolo Scrobogna. Mais le 28 juillet, à la hauteur du cap Spartivento Calabro, l'unité dut faire demi-tour à la suite d'une avarie. Le 29 juillet à 06h05, au large du cap Santa Maria di Leuca, il fut torpillé par le sous-marin anglais HMS Trooper. Touché sur l'arrière du massif, le Micca sombra rapidement et seuls 18 membres d'équipage purent être sauvés par le navire d'escorte Bormio.

Sur l'ensemble de la guerre, le Micca effectua 4 missions offensives, 2 de mouillage de mines, 4 de transfert entre ports et 14 de transport de matériel, représentant un total de 2163,4 t de munitions, combustible, vivres et matériels divers.

Liste des submersibles de la classe Micca
NomMis sur caleLancéEn serviceDevise
Cantiere Tosi, Taranto
Pietro Micca 15/10/1931 31/03/1935 01/10/1935 Fino al sacrificio
Fiche technique
Déplacement en surface 1567,28 t
Déplacement en plongée 1967,13 t
Longueur hors-tout 90,315 m
Largeur au fort 7,700 m
Tirant d'eau 5,300 m
Énergie et propulsion
  • 2 moteurs diesel Tosi E6 - puissance totale 3000 ch
  • 2 moteurs électriques Marelli - puissance totale 1700 ch
  • 120 accumulateurs au plomb organisés en 1 batterie
  • 2 lignes d'arbres, 2 hélices à 3 pales
Vitesse maximale 14 nœuds en surface (15,5 noeuds aux essais)
8 nœuds en plongée
Autonomie 12000 miles nautiques à 8 nœuds en surface (en surcharge)
70 miles nautiques à 4 nœuds en plongée
Immersion opérationnelle 100 m
Armement
  • 4 tubes lance-torpilles de proue de 533 mm / 6 torpilles
  • 2 tubes lance-torpilles de poupe de 533 mm / 4 torpilles
  • 2 canon de 120/45
  • 4 mitrailleuses de 13,2 mm sur 2 affûts doubles
  • 4 puits de mouillage de mines / 40 mines
Équipage 7 officiers, 65 sous-officiers et matelots
Profil du Micca en 1940 et détail du massif en 1942.
Sources :
  • Sommergibili e mezzi d'assalto subacquei italiani, Alessandro Turrini, Ottorino Ottone Miozzi & Manuel Moreno Minuto, Ufficio Storico della Marina Militare, 2010
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Albertelli, 2005
  • Sommergibili in guerra, Erminio Bagnasco & Achille Rastelli, Albertelli, 2007
  • Gli squali dell'Adriatico, Monfalcone e i suoi sommergibili nella storia navale italiana, Alessandro Turrini, Vittorelli edizioni, 1999
  • I sommergibili italiani 1940-1943, Parte 2a – Oceani, Erminio Bagnasco & Maurizio Brescia, Storia Militare Dossier n°12, 2014
  • L'impegno navale italiano durante la Guerra Civile Spagnola (1936-1939), Franco Bargoni, Ufficio Storico della Marina Militare, 1992
  • Page sur le Micca du site Sommergibili.com

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