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Classe Leone

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Le Pantera à La Spezia en 1934. Le Pantera à La Spezia en 1934. collection Aymeric Lopez

Conçus à la fin de la Grande Guerre, les éclaireurs de la classe Leone se révélèrent être des navires réussis de part leur bonne tenue à la mer, leur vitesse élevée pour l'époque et un armement conséquent. Ces qualités leurs permirent d'être employés jusque dans les premières années de la seconde guerre mondiale en Mer Rouge.

Développement et construction

L'étude et la construction de cette nouvelle classe d'éclaireurs furent confiées à la société Ansaldo, qui, forte de l'expérience obtenue avec la classe Mirabello, en proposa une évolution. Le résultat donna un navire à la fois rapide et bien armé, dont 5 exemplaires furent commandés le 18 janvier 1917. Faute de matériaux ferreux, la construction ne put commencer avant la fin de la Grande Guerre. À l'issue du conflit, la commande fut annulée, puis, devant le besoin de renouvellement de la flotte, la Regia Marina reçut les crédits pour se procurer 3 éclaireur sur les 5 prévus initialement. Une nouvelle commande fut donc passée le 30 octobre 1920, et les 3 navires furent mis sur cale entre 1921 et 1922 au chantier de Sestri Ponente. Du fait des difficultés financières de l'après-guerre, seules 3 unités furent achevées en 1924 : le Leone, le Pantera et le Tigre.

Le Leone en construction au chantier Ansaldo de Sestri Ponente en 1923. Le Tigre peu avant son lancement à Sestri Ponente en 1924. Le Pantera juste après son lancement le 18 octobre 1924 à Sestri Ponente.

Description technique

La coque à quille plate était construite en acier à haute résistance pour les parties de la structure les plus sollicitées. La résistance longitudinale était assurée par une carlingue centrale et deux carlingues latérales le long des compartiments machines et chaufferies. Les couples étaient distants de 55,8 cm, et un porque était inséré tous les 5 couples.

Le pont principal était continu de la proue à la poupe. À l'avant, il était couvert par une teugue de 43,5 m de long. Le pont inférieur était discontinu : il s'étendait de la perpendiculaire avant à la cloison étanche du local chaufferie n°1, au centre entre les deux compartiments machines et à l'arrière de la cloison étanche du compartiment machine arrière à la perpendiculaire arrière. La coque était divisée par 20 cloisons étanches transversales, dont 10 s'élevant de la quille au pont principal et 10 limitées au pont inférieur.

Coupe longitudinale au neuvage.
(crédits : Valerio Manlio Gay)
Plan vertical des formes.

Le rouf antérieur abritait la station radiotélégraphique, la passerelle de navigation et la centrale de tir. La zone vie était répartie entre l'avant et l'arrière : sous la teugue se trouvaient les quartiers de l'équipage et des sous-officiers, tandis que sous le pont principal, derrière le compartiment machine arrière, se succédaient le logement des mécaniciens, le carré officier, les chambres des officiers et la salle à manger du commandant, un second carré sous-officiers et le local appareil à gouverner.

L'un des 2 carrés sous-officiers du Leone. Râteliers des armes du bord sur le pont inférieur du Leone. Aménagement de la zone vie arrière sur le pont inférieur.
Carré officiers du Leone. Chambre du commandant du Leone.
Salle à manger du commandant sur le Leone.

Le gouvernail compensé avait une surface de 9,65 m2 et pouvait être orienté de 35° de part et d'autre de l'axe longitudinal du navire. Il était actionné par un servomoteur à vapeur commandé hydrauliquement depuis la passerelle ou mécaniquement depuis la timonerie du rouf arrière. En cas d'avarie, le gouvernail pouvait être manoeuvré manuellement. Les deux ancres type Hall pesaient 1800 kg chacune et étaient actionnées par deux cabestans électriques.

Coupe entre les couples 196 et 197 vue de l'arrière, au droit du gouvernail. Coupe au couple 24 vue de l'arrière, au droit des cabestans et du carré sous-officiers avant.

L'appareil propulsif reposait sur deux groupes de turbines à vapeur type Parsons construits par Ansaldo dans l'usine de Gênes Sampierdarena en 1923 et développant 21 000 ch chacun. Chaque groupe, comprenant une turbine haute pression, une turbine basse pression et un réducteur à engrenages hélicoïdaux, était emménagé dans un compartiment étanche. Le groupe entraînant la ligne d'arbre bâbord se trouvait dans le local machine avant et celui entraînant la ligne tribord dans le local machine arrière. Chaque groupe turbines disposait d'un condenseur à tubes Uniflux offrant une surface d'échange de 875 m2. Les deux hélices tripales en alliage de bronze-manganèse avaient un diamètre de 2,9 m.

Engrenages hélicoïdaux destinés à l'un des réducteurs du Leone à Sampierdarena en 1922.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Assemblage d'un des réducteurs du Leone à Sampierdarena.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Assemblage du rotor d'une des turbines du Leone à Sampierdarena en 1923.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Condenseur principal pour une unité de la classe Leone en construction à Sampierdarena.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
L'un des 2 compartiments machines du Leone.
Coupe au couple 101 vue de l'arrière, au droit du compartiment machines avant. Coupe au couple 133 vue de l'arrière, au droit du compartiment machines arrière. Coupe au couple 188 vue de l'arrière, au droit du carré sous-officiers arrière et des hélices.

La production de vapeur était assurée par 4 chaudières à mazout de type Yarrow. Emménagées chacune dans un compartiment chaufferie étanche, elles étaient situées sous la cheminée avant pour les n°1 et 2 et sous la cheminée arrière pour les n°3 et 4. L'emport standard en mazout était de 180 tonnes, et pouvait atteindre au maximum 400 tonnes réparties dans 14 soutes sous la flottaison.

Générateurs de vapeur destinés aux chaudières Ansaldo Tischbein du Leone à Sampierdarena en 1923.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Embarquement d'une des chaudières du Leone sur une barge à destination de Sestri Ponente en 1923.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
L'un des 4 compartiments chaufferie du Leone. Coupe au couple 94 vue de l'arrière, au droit de la cheminée arrière et du compartiment chaufferie n°4.

L'appareil propulsif des Leone donna toute satisfaction, tant en termes de prestations que de fiabilité. Il ne connut en effet aucune avarie grave, même dans les conditions climatiques difficile de la Mer Rouge. La puissance développée, excédant de 20% la valeur nominale, permit aux navires de dépasser les 33 nœuds lors des essais sur la base de vitesse d'Isola del Tino – Punta Chiappa, le Pantera atteignant même 34,29 nœuds.

Le Leone lors des essais sur base de vitesse.
(crédits photo : collection Giorgio Parodi)

L'installation électrique comprenait 3 turbodynamos associant chacune une turbine Legnano de 50 ch à une dynamo Tosi de 30 kW et 3 groupes électrogènes San Giorgio couplant une moteur à boule chaude de 29 ch à une dynamo de 18 kW. Ces matériels étaient emménagés dans le local dynamo situé entre les deux compartiments machines.

Coupe au couple 116 vue de l'arrière, au droit de l'affût de 120/45 n°3 et du local dynamo.

L'artillerie principale des Leone, restée inchangée tout au long de leur carrière, comprenait 8 canons de 120/45 Canet-Schneider-Armstrong 1918-19 arrangés en 4 affûts doubles. L'affût n°1 se trouvait sur la teugue, devant le rouf, le n°2 toujours sur la teugue, entre les deux cheminées, le n°3 au centre du navire, sur le pont principal, et le n°4 derrière le rouf arrière.

Artilleurs s'entraînant au chargement de l'affût double de 120/45 n°1 du Leone peu après son entrée en service.
(crédits photo : collection Franco Bargoni)
Affût double de 120/45 n°3 du Pantera. La photo a été prise après l'embarquement des 2 plates-formes lance-torpilles doubles San Giorgio en 1931.
Coupe au couple 40 vue de l'arrière, au droit de l'affût de 120/45 n°1. Coupe au couple 162 vue de l'arrière, au droit de l'affût de 120/45 n°4.

Au neuvage, l'armement antiaérien était constitué de 2 canons de 76/40 en 2 affûts simples situés sur le pont principal, de part et d'autre de la cheminée arrière, et de 2 mitrailleuses portatives Colt de 6,5 mm.

La conduite de tir, assez rudimentaire, reposait sur la centrale de tir et le télémètre Zeiss de 3 m situés sur la passerelle de tir du rouf avant et sur le télémètre Barr & Stroud de 2,74 m du rouf arrière.

Dans leur configuration d'origine, les Leone disposaient de 6 tubes lance-torpilles de 450 mm montés sur 2 plates-formes triples situées au droit des locaux machines, sur le pont principal. L'orientation des plates-formes était assurée par des moteurs électriques. Ces équipements avaient été fabriqués par la DAAN de La Spezia en récupérant des tubes austro-hongrois produits par Whitehead.

Les Leone pouvaient embarquer 82 mines Bollo ou 70 mines Vickers-Elia, ce qui impliquait de renoncer à l'utilisation des armes du pont principal. Pour utiliser sans restriction l'ensemble des armes du bord, il fallait limiter l'emport à 41 mines Bollo ou 35 mines Vickers-Elia. Lorsqu'ils n'étaient pas utilisés, les rails de guidage étaient stockés sur les flancs de la cheminée arrière et sous la plate-forme de l'affût de 120/45 n°3.

Disposition des mines sur le pont principal.

Pour la lutte ASM, les navires étaient dotés de 8 grenades sous-marines de 100 kg, remplacées ensuite par 18 à 30 grenades type 1917. Elles étaient mises en œuvre par une rampe multiple démontable. Deux torpilles remorquées 1917/30 T complétaient l'armement ASM.

Modifications et carrière opérationnelle

À leur entrée en service, les 3 éclaireurs de la classe Leone constituèrent le Gruppo Autonomo Esploratori Leggeri institué le 5 février 1925 et placé sous les ordres du C.V. Domenico Cavagnari. Entre le 4 avril et le 22 septembre 1925, les 3 navires effectuèrent un périple en Europe et en Afrique du Nord.

Le Tigre dans l'océan Atlantique à l'été 1925.

Entre 1927 et 1928, à l'occasion d'une période de carénage, les 3 unités reçurent des quilles anti-roulis pour augmenter leur stabilité.

Entre 1930 et 1931, la conduite de tir fut modernisée, avec notamment la substitution de la centrale de tir du rouf avant par une tourelle de télépointage abritant un télémètre stéréoscopique Galileo de 3 m et un télémètre stéréoscopique Zeiss de 1,5 m porté à 3 m par Galileo. Le télémètre Barr & Stroud du rouf arrière fut quant à lui remplacé par une tourelle de télépointage contenant un télémètre Zeiss de 1,5 m allongé à 3 m par San Giorgio. Dans le même temps, les 6 tubes lance-torpilles de 450 mm furent débarqués et remplacés in situ par 4 tubes de 533 mm montés sur 2 plates-formes doubles San Giorgio.

Rouf arrière du Tigre après l'embarquement de la tourelle de télépointage abritant le télémètre Zeiss-San Giorgio.

En 1931, les cheminées furent rehaussées et les ailerons de passerelle renforcés pour accueillir 2 canons antiaériens Vickers de 40/39.

Entre 1935 et 1936, les 3 unités de la classe Leone partirent pour l'Afrique Orientale et y restèrent jusqu'à la fin de leur carrière, mises à part pour de courtes périodes d'entretien en métropole. Pour rendre la vie de l'équipage plus supportable dans les conditions climatiques de la Mer Rouge, les bâtiments furent équipés avant leur départ d'un système de climatisation sur deux groupes frigorifiques Bazzi composés chacun d'un diesel San Giorgio à 4 cylindres développant 42 ch couplé à un compresseur de chlorométhane. L'air refroidis était distribué dans les zones vie par une électropompe centrifuge de 24 m3/h. Avec une température extérieure de 44°C, la température des zones vie était de 35°C à l'arrière et 37°C à l'avant. L'installation du système de climatisation fut rendue possible par le débarquement des 2 canons de 76/40 et l'agrandissement de quelques mètres de la teugue.

En 1938, l'armement antiaérien fut renforcé par l'installation de 2 affûts doubles de 13,2 mm et de 2 mitrailleuses Fiat de 6,5 mm sur la passerelle de tir, de part et d'autre de la tourelle de télépointage. Les torpilles remorquées furent remplacées par celles plus modernes du type GP 1937/30 T.

Le 5 septembre 1938, les 3 éclaireurs de la classe Leone furent reclassés comme contre-torpilleurs par le décret royal n°1483. Ce n'est qu'à ce moment-là que les 3 unités reçurent leur marque de coque.

En 1940, à Massaoua, les 3 groupes électrogènes à boule chaude furent remplacés par 3 diesel dynamo 4 SR 14 San Giorgio de 26 kW, mieux adaptés au climat tropical.

Au moment de l'entrée en guerre, les 3 navires se trouvaient à Massaoua et formaient la 5a sq.Ct. Fin mars 1941, à l'approche de la chute de Massaoua, n'ayant pas l'autonomie suffisante pour gagner l'Extrême Orient, les Leone se préparèrent pour une dernière mission dont l'issue devait être le sabordage. L'opération qui devait les mener à Suez échoua suite à la perte du Leone qui heurta des hauts-fonds le 1er avril. Les Pantera et Tigre se sabordèrent le 4 avril 1941 au large du Yemen.

Le Tigre vu depuis l'aviso colonial Eritrea lors d'un exercice en Mer Rouge en 1939.
(crédits photo : collection Franco Bargoni)
Liste des éclaireurs de la classe Leone
NomMarque de coqueMis sur caleLancéEn serviceDevise
Ansaldo, Sestri Ponente
Leone LE 23/11/1921 01/10/1923 11/07/1924 Quia sum leo
Tigre TI 23/01/1922 07/08/1924 10/10/1924 Unguibus et faucibus
Pantera PA 19/12/1921 18/10/1924 28/10/1924 Quaerens Praedam
Leopardo - 1921 - - -
Lince - 1921 - - -
Fiche technique
 Au neuvageAprès 1938
Déplacement standard 1773 t -
Déplacement à pleine charge 2203 t 2650 t
Longueur hors-tout 113,41 m 113,41 m
Largeur 10,36 m 10,36 m
Tirant d'eau 3,63 m à pleine charge 4,3 m à pleine charge
Propulsion 4 chaudières Yarrow et 2 turbines Parsons développant 42 000 ch et entraînant 2 hélices 4 chaudières Yarrow et 2 turbines Parsons développant 42 000 ch et entraînant 2 hélices
Vitesse maximale 31 nœuds 29 nœuds
Autonomie 534 miles nautiques à 31 nœuds
2070 miles nautiques à 15 nœuds
534 miles nautiques à 31 nœuds
2070 miles nautiques à 15 nœuds
Armement
  • 8 canons de 120/45 sur 4 affûts doubles
  • 2 canons de 76/40 sur 2 affûts simples
  • 2 mitrailleuses Colt de 6,5 mm
  • 6 tubes lance-torpilles de 450 mm sur 2 plate-formes triples
  • 82 mines
  • 8 grenades ASM
  • 2 torpilles remorquées 1917/30 T
  • 8 canons de 120/45 sur 4 affûts doubles
  • 2 canons Vickers de 40/39 sur 2 affûts simples
  • 4 mitrailleuses de 13,2 mm sur 2 affûts doubles
  • 2 mitraileuses Fiat de 6,5 mm
  • 4 tubes lance-torpilles de 533 mm sur 2 plate-formes doubles
  • 82 mines
  • 18 à 30 grenades ASM
  • 2 torpilles remorquées 1937/30 T
Équipage 10 officiers, 194 sous-officiers et matelots 10 officiers, 194 sous-officiers et matelots
Vue de profil du Tigre en 1938.
(crédits : Valerio Manlio Gay)
Sources :
  • In guerra sul mare, Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Le navi da guerra italiane 1940-1945, Erminio Bagnasco & Enrico Cernuschi, Ermanno Albertelli Editore, 2005
  • Navi e marinai italiani nella Seconda Guerra Mondiale, Elio Ando & Erminio Bagnasco, Ermanno Albertelli Editore, 1999
  • Le armi delle navi italiane nella seconda guerra mondiale, Erminio Bagnasco, Albertelli, 2007
  • Esploratori Italiani, Ufficio Storico della Marina Militare, Franco Bargoni, 1996
Pour reproduire ce navire :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Delphis Models 1/700 DM-072 RN Tigre classe Leone -

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Lu 5154 fois Dernière modification le mardi, 12 juillet 2016 18:47