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lundi, 16 juillet 2012 18:52

Canon de 149/35

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Canons de 149/35 tractés par des Breda 32 défilant à Rome en 1938. Canons de 149/35 tractés par des Breda 32 défilant à Rome en 1938.

Malgré des origines remontant à la fin du XIXème siècle, le canon à affût rigide de 149/35 constituait encore durant la seconde guerre mondiale le gros des forces de l'artillerie lourde italienne.

 

Origine et évolution

Le développement d'une nouvelle pièce d'artillerie lourde capable de remplacer le canon de 149G (pour ghisa, fonte) débuta en 1890. Les premiers essais de tir sur le prototype furent menés par l'ARET en 1896, et trois ans plus tard quelques batteries expérimentales furent soumises à des tests pratiques dans les environs de Suse, lesquels donnèrent des résultats satisfaisants. Le canon, tout d'abord désigné 15AL/36 (acier, long de 36 calibres) puis cannone da 149A (pour acciaio, acier), fut adopté en 1901 sur affût rigide. Mais en 1911, la nécessité de disposer d'un affût à déformation conduisit l'armée à lancer une consultation auprès de Krupp et Schneider. C'est le projet Krupp qui fut retenu en mars 1915, mais les commandes furent annulées suite au déclenchement du conflit entre l'Italie et l'Allemagne.

Malgré tout, la production de canons de 149/35 (autre dénomination du 149A) s'accélera auprès de l'AREP, d'Ansaldo, de Vickers Terni, de Franco Tosi et d'Armstrong Pozzuoli, avec un total de 598 pièces en service en septembre 1918. Durant la Grande Guerre, le 149A démontra de très bonnes qualités balistiques, notamment concernant la puissance de feu et la précision. L'éventail de projectiles qu'il pouvait tirer était particulièrement important, et sa construction était simple et peu onéreuse. En contrepartie, son affût rigide obligeait les servants à répéter le pointage après chaque coup, réduisant considérablement sa cadence de tir. D'autre part, pour modifier même très légèrement le pointage en direction, il fallait manoeuvrer la flèche du canon en l'absence de dispositif de pointage ad hoc.

En 1922, sur le polygone de Ciriè, l'AREN proposa un nouvel affût à déformation pour le canon de 149/35, avec bouclier et flèche unique, mais ce projet ne fut pas retenu, tout comme l'ajout d'un frein de bouche expérimenté en 1925. En revanche, les 400 pièces en service en 1933 adoptèrent des suspensions élastiques de type Cantono autorisant la traction motorisée à faible vitesse.

Prototype du canon de 149/35 à affût à déformation proposé par l'AREN en 1922.
(crédits photo : USSME)
Artilleurs prenant la pose sur un canon de 149/35 dans la province de La Spezia le 16 juin 1932.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Alignement de canons de 149/35 dans une caserne.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

Description technique

La bouche à feu à âme rayée était en acier au nickel. La culasse était fermée par un obturateur à vis, manoeuvré en trois temps, qui grevait la cadence de tir. Un dispositif de sécurité empêchait d'ouvrir le feu avant que l'obturateur ne soit complètement fermé. Pour faciliter le chargement, un tube amovible en laiton était fixé sur la culasse.

Schéma d'un canon de 149/35. Canon de 149/35 conservé au musée de l'artillerie de Turin et présenté en 2011 à l'exposition "Fare gli Italiani".
(crédits photos : Aymeric Lopez)
Détail de l'obturateur à vis.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Volant de pointage en élévation sur le flanc gauche de l'affût.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Secteur denté de hausse du canon.
(crédits photo : Guillaume Terret)

Pour le tir et le déplacement en tout terrain, les roues étaient équipées des cingoli (ceintures) Bonagente, du nom de leur inventeur, constituées de plateaux composites en bois et en fer. Les cingoli permettaient de réduire la pression au sol et donc d'éviter que le canon ne s'enfonce lors du tir, et absorbaient également une partie du recul. Le recul résiduel était freiné par deux coins de retour en batterie, plans inclinés en bois placés derrière les roues et assurant le retour en batterie par gravité.

Roue à 12 rais en bois et 6 tirants en acier du canon de 149/35 conservé au mémorial de Redipuglia.
(crédits photo : Joe Bortolazzi)
Détail des cingoli Bonagente appliquées pour le tir.
(crédits photo : Guillaume Terret)
Canons de 149/35 en avec leurs coins de retour en batterie en place.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

Pour la traction motorisée à une vitesse de lordre de 6 à 8 km/h, la pièce était munie d'un avant-train à suspension élastique. Pour la traction en montagne, la pièce était décomposée en quatre ensembles.

Canon de 149/35 et avant-train tractés par un Breda 32.

En 1938, le canon de 149/35 avait à disposition les munitions suivantes :

  • l'obus monobloc de 149/35 pesant entre 36,24 et 37,93 kg ;
  • l'obus anglais de 149/35 de 42,2 kg ;
  • l'obus anglais modifié de 149/35 de 41,45 ou 42,8 kg ;
  • l'obus en fonte de 149/12-35 de 37,52 ou 38,45 kg ;
  • l'obus de 149/35 mod.32 de 42,527 ou 42,498 kg ;
  • l'obus shrapnel de 149/12-35 de 42,35 ou 43 kg ;
  • et l'obus double effet de 149/35 mod.32 de 45,117 kg.
Artilleur portant un obus devant un canon de 149/35 à Riva del Garda.
(crédits photo : Gruff1983 sur flickr)
Chargement d'un pièce de 149/35 de la 137a btr. GaF à Bardonecchia le 24 juin 1940.
(crédits photo : ICSM)

De la guerre civile espagnole à la défense de la Sicile

Six canons de 149/35 furent envoyés en Espagne durant la guerre civile. La vétusté de ces pièces et leur disponibilité en destinèrent un bon nombre à la défense des frontières comme batteries fixes incorporées dans les unités de la GaF, qui disposait de plus de 60 batteries de 149/35 en 1940.

En juin 1940, l'armée italienne disposait encore de 870 canons de 149/35, plus 24 bouches à feu installées sur des affûts de fortification de type Armstrong-Montagna, Grillo et Armstrong dans des tourelles ou coupoles blindées des forts Chaberton, Pramand, Paradiso, La Court et Sertoli du Vallo Alpino.

Mussolini passant en revue une unité d'artillerie équipée de canons de 149/35. Coupoles blindées de 149/35 dans un fort des Alpes occidentales.
Coupoles blindées du fort de La Court le 22 août 1942.
(crédits photos : Claudio Piasenza sur Moncenisio.com)
Démontage des tourelles du Chaberton par les ouvriers de l'ARET en juillet 1943.

Le canon de 149/35 participa à la brève campagne contre la France, mais sans grand résultat. Les tirs effectués contre les forts français, notamment celui du Janus, n'eurent aucun effet à cause de l'emploi d'obus inadaptés ou du fait que certains obus n'aient pas explosé. Le 149/35 fut ensuite utilisé contre la Grèce et la Yougoslavie, avec 72 pièces disponibles en Albanie en avril 1941.

Mise en batterie d'un canon de 149/35 dans les Alpes en juin 1940. Canon de 149/35 du 19° rgpt.art. GaF à Oulx, dans le Piémont. Canon de 149/35 de la 137a btr. GaF avec, au second plan, le fort du Jafferau.
Canon de 149/35 en batterie en Albanie, sous un filet de camouflage. Certains servants de ce canon de 149/35 en Albanie portent encore le casque Adrian. Canon de 149/35 camouflé derrière des branchages en juillet 1940 en Albanie.
(crédits photo : Istituto Luce)

En Libye, la 5a Armata disposait en mars 1940 de 48 canons de 149/35 au sein du rgpt. artiglieria d'armata en plus des 37 pièces de la GaF déployées sur ce front. En janvier 1942, on comptait encore 46 canons de ce type en Afrique du Nord, et plus que 16 en Tunisie en février 1943.

En juin 1943, 16 groupes d'artillerie étaient toujours dotés du canon de 149/35, sans compter les centaines de pièces reléguées à la défense côtière en Italie, Albanie, France, Grèce, Dalmatie et en mer Egée. En Sicile, les canons de 149/35 des divisions côtières prirent part à la bataille contre les Alliés en juillet.

Canons de 149/35 et 120/25 (au second plan) capturés par les Anglais durant l'offensive de l'hiver 1940-41 en Cyrénaïque.
(crédits photo : IWM)
Canon de 149/35 du 5° rgt.art.A à Riva del Garda le 6 décembre 1941. Le premier artilleur à droite est Giovanni Gaiardi.
(crédits photo : Michel de Salvador)
Artilleurs posant avec un canon de 149/35 en août 1942.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Fiche technique
Longueur de la bouche à feu 5722 mm
Longueur totale en batterie 7960 mm
Voie 1480 mm
Poids de la bouche à feu 3700 kg
Poids de la pièce en batterie 8600 kg
Pointage en hauteur : -10° à +35°
en direction : aucun
Cadence de tir maximale : 1 coups toutes les 2 minutes
pratique : 1 coups toutes les 6 minutes
Vitesse initiale du projectile 628 m/s
Portée maximale 17 500 m
Profil de canon de 149/35.
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Battaglie di confine della Seconda Guerra Mondiale, Mauro Minola, Susalibri, 2010
  • La Battaglia delle Alpi, 10-25 giugno 1940, La Divisione Superga e gli Alpini nell'Alta Valle di Susa, Alberto Turinetti di Priero, Susalibri, 2010
  • page sur le canon de 149/35 du site Regio Esercito
  • page sur le système "Ragon de Bange" du site www.fortsteynard.com
Pour reproduire cette pièce d'artillerie :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
1/72 MR Panzer MP03 Cannone da 149 A Maquette de Lukasz Gawdyn
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