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samedi, 06 octobre 2012 21:09

Canon de 105/28

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Canons de 105/28 alignés dans la cour d'une caserne. Canons de 105/28 alignés dans la cour d'une caserne. Archivio Pergher

Dérivé du canon français Schneider mle 1913, le canon de 105/28 constitua la colonne vertébrale de l'artillerie lourde de campagne italienne jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale.

Le 105 Schneider-Ansaldo pendant la Grande Guerre

Les origines du canon de 105/28 remontent à 1912, lorsque le chef d'état-major de l'Esercito décida d'abandonner les études pour une pièce de 120 mm à affût rigide au profit d'un canon de campagne à déformation d'un calibre de 105 mm environ. Deux sociétés furent sollicitées : Vickers Terni, qui bénéficiait de l'aide du colonel français Déport, et Ansaldo, qui se rapprocha de Schneider pour obtenir les plans du canon de 105 mm de campagne mle 1913. Après des tests comparatifs, le modèle Schneider-Ansaldo fut retenu. La décision fut surtout motivée par des raisons économiques, Ansaldo étant le seul grand arsenal italien resté sans commande importante après que Vickers Terni ait remporté le concours pour la pièce de 75 mm. Par rapport au canon Schneider, seul le système de pointage en direction avait été modifié.

La production débuta en septembre 1914 dans le plus grand secret, et les premières pièces furent livrées à l'Esercito en juillet 1915. Le premier groupe entièrement équipé de ce matériel fut formé en septembre de la même année et envoyé sur le front en avril 1916. En septembre 1918, 426 canons de 105/28 étaient en service, avec en moyenne 1776 coups disponibles par arme. De 1915 à 1919, Ansaldo produisit un total de 1736 bouches à feu et 1331 affûts de 105/28, en tenant compte également des pièces de 106,7 mm destinées initialement à la Russie tsariste. Durant la Grande Guerre, 6 batteries furent dotées de canons de 105 automoteurs, mais sans succès.

Le canon de 105 mm proposé par Vickers Terni, concurrent malheureux du modèle Schneider-Ansaldo. Batterie de canons de 105/28 avec au fond le prototype de l'obusier lourd de campagne 149 A mod.1916.
(crédits photo : Andrea Curami)
Canon de 105/28 en batterie durant la Grande Guerre.

Le canon de 105/28 se comporta honorablement durant la première guerre mondiale, malgré une usure prématurée de l'âme du tube et la faible puissance des obus employés. La portée du matériel Ansaldo (8000 m à l'époque) était inférieure de deux kilomètres à celle du canon Skoda de 10,4 cm M15, mais ce dernier était bien plus lourd et difficile à manoeuvrer que la pièce italo-française. Le 105/28 avait un autre avantag : sa fiabilité. Durant la guerre, seules 6 explosions accidentelles de la bouche à feu furent à déplorer, contre 133 pour le canon de 149A. Ainsi, après-guerre, le canon resta en service au sein des régiments d'artillerie lourde de campagne, à raison de 2 groupes équipés sur 4.

Description technique et évolutions

La bouche à feu longue de 28,4 calibres était renforcée à mi-longueur par un manchon s'étendant jusqu'à la culasse et reposait sur une glissière qui participait aux mouvements de recul et de retour en batterie. L'ensemble pouvait coulisser dans le berceau de la position de tir à la position de marche, plus reculée. La glissière contenait les cylindres du frein hydraulique et du récupérateur hydropneumatique. La culasse à vis à ouverture rapide disposait de 4 mécanismes de sécurité contre une ouverture accidentelle, un tir fortuit, un tir prématuré et un retard d'allumage. L'affût à recul constant s'achevait par une flèche unique munie d'une bêche d'ancrage mobile. Le bouclier avait une épaisseur de 4,5 m. Les roues en bois de 1330 mm de diamètre à cerclage métallique comptaient 12 rais.

Profil légendé du canon de 105/28. Canon de 105/28 conservé au Sacrario della Grande Guerra d'Asiago.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Canon de 105/28 conservé au Sacrario della Grande Guerra de Montello.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Détail de l'extrémité arrière du manchon où sont inscrites les caractéristiques de la bouche à feu.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Extrémité du tube à âme rayée.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Culasse à vis en position ouverte.
(crédits photo : museowalterrama.it)
Berceau soutenant la bouche à feu.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Volant de pointage en hauteur sur la gauche de l'affût.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Secteurs dentés du berceau pour l'élévation.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Mécanisme de pointage en direction.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Frein de roue.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Extrémité de la flèche avec sa bêche d'ancrage.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Partie supérieure du bouclier fixée à l'affût.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Bouclier articulé.
(crédits photos : Aymeric Lopez)

Pour remédier en partie aux problèmes du manque de puissance du projectile et de la trop faible portée rencontrés pendant la Grande Guerre, de nouvelles munitions furent mises au point en 1932, permettant d'atteindre des cibles situées à 13,6 km. Pendant la seconde guerre mondiale, le canon de 105/28 pouvait mettre en oeuvre les munitions suivantes :

  • l'obus monobloc de 105, affichant une portée de 11 425 m ;
  • l'obus en fonte de 105, avec une portée de 10 980 m ;
  • l'obus de 105 mod.32 portant à 12 780 m ;
  • l'obus de 105 mod.32G portant à 12 780 m ;
  • l'obus double effet de 105 mod.32 portant à 13 640 m ;
  • l'obus double effet de 105 mod.36 portant à 13 640 m ;
  • l'obus double effet mod.36G portant à 12 500 m ;
  • l'obus perforant de 105 portant à 12 500 m ;
  • l'obus de 105 antichar mod.43 EP portant à 12 360 m ;
  • l'obus de 105 antichar mod.43 portant à 9400 m ;
  • l'obus de 105 fumigène ;
  • l'obus de 105 fumigène incendiaire.

Malgré l'adoption de nouvelles munitions, le 105/28 était clairement dépassé en tant que canon lourd de campagne. À titre de comparaison, son homologue allemand 10 cm sK18, adopté par la Wehrmacht au milieu des années trente, avait une portée de 19 km. Les études menées à partir de 1934 par la DSSTAM et OTO pour un canon de 105 mm long de 40 calibres furent suspendues en 1938, à cause d'une usure prématurée de l'âme du tube constatée sur le prototype et un poids supérieur à celui spécifié. Le canon de 105/28 resta donc la principale pièce de l'artillerie de corps d'armée durant toute la seconde guerre mondiale, et dut pour cela s'adapter à la traction mécanique.

Conçu à l'origine pour la traction hippomobile et de ce fait privé de suspensions, le canon de 105/28 ne pouvait pas être tracté par un véhicule automobile à vive allure (pour l'époque...), sous peine d'être exposé à des dégradations importantes. Pour y remédier, l'armée décida d'équiper toutes les pièces de trains rouleurs pour la traction mécanisée à la fin des années 1920. Le train rouleur était constitué de deux roues métalliques à bande de roulement en caoutchouc reliées par un essieu doté de suspensions à lames métalliques. La partie supérieure du train rouleur venait se fixer sous l'affût du canon, de manière à ce que ses roues ne touchent pas le sol. Pour la traction en tout terrain, étant donné que la vitesse était très limité, le train rouleur était placé entre la flèche du canon et le tracteur, servant ainsi d'avant-train. Le tracteur retenu pour le halage du canon de 105/28 fut le Pavesi P4.

Profil montrant le train rouleur en place sous l'affût du 105/28.
(crédits : A.M. Feller)
Canons de 105/28 en position de marche sur train rouleur.
(crédits photo : Archivio Pergher)
Canon de 105/28 sur train rouleur tracté par un Pavesi P4 en direction de Suse.
(crédits photo : L'Illustrazione Italiana, 1940)
Mise en place du train rouleur sous un canon de 105/28.
(crédits photo : USSME)

Malgré son utilité indéniable, le train rouleur présentait l'inconvénient de rallonger le temps de mise en batterie du canon et limitait la vitesse de traction à 18 km/h. En 1937, l'Esercito décida de lancer diverses expérimentations pour tenter de porter la vitesse de déplacement du canon à 40 km/h. Trois solutions furent proposées et testées en Libye : le transport sur le plateau d'un camion Lancia Ro, l'adoption de roue munies de bandages semi-penumatiques Pirelli et l'adoption d'un nouveau train rouleur à pneus. Pour la première solution, le camion transportait deux rampes permettant de charger et décharger le canon. Cette méthode fut écartée car le temps de mise en batterie était jugé beaucoup trop long.

Essai de chargement d'un canon de 105/28 sur le plateau d'un Lancia Ro à l'aide de deux rampes métalliques.

Pour les pièces destinées à l'Afrique du Nord, il fut décidé d'adopter des roues en elektron (alliage de magnésium) cerclées d'un bandage semi-pneumatique Celerflex proposé par Pirelli. Ces roues de 1300 mm de diamètre faisaient passer le poids en batterie à 3000 kg et augmentaient la voie à 2010 mm. Durant la guerre, les jantes en acier moulé furent préférées à celles en elektron.

Canon de 105/28 doté de roues en elektron tracté par un Pavesi P4 lors de l'offensive sur Sidi-el-Barrani en septembre 1940. Canon de 105/28 équipé de roues en elektron cerclées d'un bandage semi-pneumatique Celerflex. Canons de 105/28 avec roues en elektron conservés devant le château de Barletta.
(crédits photo : Mario Antonio Rossi sur panoramio.com)
Canons de 105/28 équipés de roues à jantes en acier moulé. Canons de 105/28 avec roues en acier de la batterie Battisti sur le Doss Trento.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail de la roue à jante acier d'un canon de la batterie Battisti.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

L'utilisation de roues à pneu fut également testée mais ne fit pas l'objet d'un emploi opérationnel.

Canon de 105/28 doté de roues à pneu tracté par un Pavesi PC.
(crédits photo : Centro di Documentazione - Museo Nazionale dell'Automobile di Torino)

Le 105/28 sur tous les fronts

Le canon de 105/28 Ansaldo participa à toutes les opération militaires de l'entre-deux guerres, à commencer par la reconquête de la Libye. Lors de l'invasion de l'Éthiopie, seul un groupe sur deux batteries (8 pièces au total) fut employé sur le front Nord. En revanche, 403 canons de 105/28 furent envoyés en Espagne au sein du CTV entre 1936 et 1939. Le 105/28 fut encore employé pour l'occupation de l'Albanie en 1939. Il fut aussi exporté en Pologne et en Yougoslavie. En octobre 1939, les 945 pièces disponibles équipaient en majorité les régiments d'artillerie de corps d'armée. La GaF déployait également des 105/28 de positions en Italie, en Albanie et en Libye. L'Esercito et la Regia Marina se servaient aussi de batteries de 105/28 pour la défense côtière.

Canon de 105/28 sur train rouleur tracté par un Pavesi P4 en Érythrée en 1936. Canons de 105/28 dans le fort de Gondar.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Pièces de 105/28 du CTV regroupées à Sigüenza en vue de l'offensive sur Guadalajara en mars 1937. Canons de 105/28 participant au défilé de la victoire à Barcelone en 1938.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Durant la seconde guerre mondiale, cette pièce d'artillerie fut employée sur tous les fronts. En AOI, 59 canons de 105/28 participèrent à la défense de l'empire. En Europe, le 105/28 fut déployé dans les Alpes en juin 1940 et durant la campagne contre la Grèce, avec 84 pièces en mars 1941, puis contre la Yougoslavie. En Russie, les divisions d'infanterie Ravenna, Sforzesca et Cosseria avaient chacune en dotation un groupe de 105/28, et le rgpt.art. du II CA comprenait les XXII et XXIII gr. sur 105/28.

Canons de 105/28 tractés par des Pavesi PC sur la route du Mont-Cenis en juin 1940.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Mussolini passant les troupes en revue à Ventimille le 25 juin 1940. Au premier plan, un canon de 105/28 sur train rouleur.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Canon de 105/28 en batterie en Albanie, dans une vallée du massif du Pinde, en novembre 1940.
(crédits photos : Istituto Luce)

Au 1er novembre 1940, de nombreuses pièces de 105/28 se trouvaient en Libye. En étaient équipés les XVII et XV/10° rgpt.CA, les I et II/20° rgpt.A, les XLII et XLIII/22° rgpt.CA, les I et II/21° rgpt.CA, une batterie postée en défense de Bardia, des batteries du XXXI settore di copertura de la GaF dans le secteur de Tobrouk et du XXX settore di copertura à Bardia. En juin 1941, le nombre de pièces de 105/28 disponibles en Afrique du Nord était de 114, contre 33 lors de la campagne de Tunisie début 1943. Les divisions blindées Ariete, Centauro et Littorio reçurent chacune un groupe de 105/28 sur 8 pièces. En septembre 1942, le 134° rgt.art.mot. de la divisione celere Emanuele Filiberto Testa di Ferro comprenait également un groupe de 105/28 sur deux batteries.

Photo colorisée d'une batterie de 105/28 en Afrique du Nord. Les pièces sont encore dotées de roues en bois. Canon de 105/28 dans le secteur de Tobrouk à l'été 1941.
(crédits photo : US Nara via David Zambon)
Canon de 105/28 tracté par un Pavesi PC traversant une ville libyenne.
(crédits photo : collection Mario Gariboldi)
Servants mettant en batterie un canon de 105/28 en Libye au printemps 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Canon de 105/28 en batterie dans le secteur de Tobrouk. Canons de 105/28 pointés sur Tobrouk à l'automne 1941.
(crédits photo : USSME)

En avril 1942, 839 canons de 105/28 étaient encore en service, dont 108 seulement dotés de roues à bandage semi-pneumatique. En juin 1943, 27 groupes d'artillerie de corps d'armée étaient toujours équipés de 105/28. Entre 1942 et 1943, de nombreuses pièces passèrent à la défense côtière. Avec l'adoption de munitions antichars en 1943 et la disponibilité de tracteurs TM 40, certaines batteries furent entraînées tout spécialement pour être utilisées contre les blindés. Au moment de l'invasion de la Sicile, le canon de 105/28 équipait les XXI et XLVIII/12° rgpt.CA du XII CA, les X, XVI et XXIX/40° rgpt.CA du XVI CA ainsi que plusieurs batteries côtières.

Alignement de canons de 105/28 lors d'une cérémonie militaire. Artilleurs à l'entraînement sur une pièce de 105/28. Canons de 105/28 recouverts par des filets de camouflage.
(crédits photo : Archivio Pergher)

Après le 8 septembre 1943, le canon de 105/28 resta en service au Sud avec le 11° rgt.art. du rgpt.mot. du CIL jusqu'en août 1944. En Italie du Nord, les Allemands en récupérèrent 104 exemplaires, qu'ils désignèrent 10.5 cm K-338(i). Le gr.art. San Giorgio du bataillon Barbarigo de la Xa Mas l'utilisa à Anzio-Nettuno en juin 1944.

Canon de 105/28 utilisé par la Wehrmaht.
(crédits photo : Narodowe Archiwum Cyfrowe)
Canon de 105/28 da la 1a btr. du gr.art. San Giorgio en action sur le front de Nettuno.
Fiche technique
Longueur de la bouche à feu 2987 mm
Longueur totale en batterie 6925 mm
Voie 1650 mm
Poids de la bouche à feu 850 kg
Poids de la pièce en batterie 2470 kg
Équipe de pièce 1 chef de pièce et 4 canonniers
Pointage en hauteur : -5° à +37°
en direction : 13,5°
Cadence de tir maximale : 6 coups/min
pratique : 2 coups/min
Vitesse initiale du projectile 774 m/s
Portée maximale 13 600 m
Pouvoir de pénétration 100 mm sous une incidence de 60°
Plan 3 vues du canon de 105/28. Canon de 105/28 avec roues en bois.
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Enrico Finazzer, Italia Storica, 2012
  • L'artiglieria italiana nella Grande Guerra, Andrea Curami & Alessandro Massignani, Gino Rossato Editore, 2011
  • Il 105/28 del Regio Esercito, Nicola Pignato, Storia Militare n°182, 2008
  • Autocarro pesante militare Lancia Ro, seconda parte, Claudio Pergher, Notiziario Modellistico GMT n°2/10, 2012
  • Le macchine di Pavesi, le trattrici, i trattori, i rimorchi, Claudio Pergher, GMT, 2002
  • La artilleria en la guerra civil, Material de origen italiano importado por el ejercito nacional, Artemio Mortera & José Luis Infiesta, Quiron ediciones, 1997
  • Come la Fenice, Storia del gruppo artiglieria San Giorgio nella Decima Flottiglia Mas, Marzo 1944 - aprile 1945, Mariano Perissinotto & Carlo Panzarasa, Editoriale Lupo, 2003
  • page sur le canon de 105/28 du site regioesercito.it
Pour reproduire cette pièce d'artillerie :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
CRI.EL Model 1/35 R043 105/28 Field Gun w. Electron wheels K 330(i) 10,5 cm -
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