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Monday, 02 December 2013 19:52

Canon de 149/40 mod.35

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Mise en batterie d'un canon de 149/40 en Afrique du Nord. À gauche, deux servants enfoncent les couteaux d'ancrage au maillet tandis qu'à droite un artilleur retire la tape de bouche. Mise en batterie d'un canon de 149/40 en Afrique du Nord. À gauche, deux servants enfoncent les couteaux d'ancrage au maillet tandis qu'à droite un artilleur retire la tape de bouche.

Développé par Ansaldo dans le but de remplacer les pièces d'artillerie lourde issues de la Grande Guerre, le canon de 149/40 se révéla être une excellente pièce d'artillerie, aux prestations équivalentes à celles du 15 cm K18 allemand et du M1A1 de 155 mm américain.

Développement et production

En 1929, le général Ettore Giuria, à la tête de l'Ispettorato di Artiglieria, lança en accord avec le chef d'état-major du Regio Esercito Alberto Bonzani et le ministre de la guerre Pietro Gazzera un vaste de programme de renouvellement des pièces d'artillerie. Ce programe prévoyait entre autre la conception d'un nouveau canon lourd pour remplacer les pièces de 149/35, 152/45 et 152/37 remontant à la Grande Guerre, voire au-delà. Les exigences auxquelles devrait répondre ce nouveau canon étaient les suivantes : une portée minimale de 20 km, un poids en batterie de 11 tonnes environ, la possibilité de traction automobile de l'ensemble en deux ou trois voitures de 4,5 tonnes, un temps de mise en batterie inférieur à une demi-heure, un affût biflèche s'adaptant aux déclivités du terrain, un champ de tir horizontal de 60° et la possibilité de mettre en oeuvre les munitions du canon de 149/35.

L'étude de cette nouvelle pièce fut confiée à la fois à l'industrie privée et à la DSSTAM. Ansaldo prit contact avec le ministère de la guerre dès 1929 et présenta un an plus tard sa première esquisse. Il s'agissait d'une pièce de 149/37 avec frein de bouche et des roues de 1,5 m de diamètre. En novembre 1930, le ministère ordonna la réalisation d'un prototype à présenter en mai 1933, incorporant les modifications demandées par le STeA. Les évolutions apportées en cours de construction, dont l'allongement de la bouche à feu qui atteignait 40 calibres, retardèrent le début des essais constructeur au mois de novembre 1933. En parallèle, l'AREN présenta son projet de canon de 37 calibres dont la bouche à feu dérivait de celle du vieux 149/35.

Projet de canon de 149/37 présenté par Ansaldo en 1930. Prototype du canon de 149/37 proposé par l'AREN, concurrent malheureux du 149/40 d'Ansaldo.

Suite aux essais de tir sur le polygone de Nettunia entre décembre 1933 et décembre 1934, la commission examinatrice retint la réalisation Ansaldo de 149/40. Début 1935, le prototype Ansaldo fut renvoyé à Gênes pour recevoir les modifications suivantes : ajout d'une plate-forme visant à améliorer la stabilité de la pièce lors du tir, adoption d'une culasse de type Schneider et réduction à deux du nombre de voitures nécessaires au transport.

Prototype du canon de 149/40 à l'usine Ansaldo de Cornigliano en 1935. Le prototype Ansaldo du canon de 149/40 au polygone de tir.
(crédits photo : Archivio Ansaldo)
Voiture-canon du prototype devant l'usine Ansaldo de Cornigliano.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Voiture-canon du prototype. Remarquez le volumineux contre-poids sur l'arrière de la bouche à feu.
(crédits photo : USSME)
Voiture-affût du prototype.
(crédits photo : USSME)
Essai simulant la traction de la voiture-affût sur un terrain accidenté à l'usine Ansaldo de Cornigliano en 1935.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Assemblage de la bouche à feu sur l'affût du prototype.
(crédits photo : Archivio Ansaldo)
Dessins montrant le protype du canon de 149/40 en position de tir et sa voiture-canon.
Le prototype Ansaldo en batterie. La bouche à feu du prototype Ansaldo est conservée au Sacrario dei Caduti d'Oltremare de Bari.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
La culasse et le contre-poids du prototype seront modifiés sur les canons de série.
(crédits photo : Giuseppe Calò)

En juillet 1935, le canon de 149/40 (désigné officiellement cannone da 149/40 mod.35) fut homologué et le Regio Esercito passa commande à Ansaldo pour l'acquisition de 48 exemplaires. Contrairement aux autres pièces d'artillerie de nouvelle génération développées en Italie dans les années 1930, la mise au point du 149/40 fut plutôt rapide, si bien qu'en avril 1940, 36 des 48 canons commandés avaient déjà été livrés au Regio Esercito. En revanche, les 132 autres pièces commandées en décembre 1938 et qui auraient dû être livrées en mars 1941 ainsi que les 590 commandées en mai 1940 subirent d'incessants reports et annulations, si bien que les seules parties de canons de 149/40 construites pendant la guerre furent les 52 tubes de rechange livrés en 1940 et 1941 pour les bouches à feu déjà en service. Outre les difficultés d'approvisionnement en matières premières, les constants retards s'expliquent par le fait qu'une bonne partie de l'état major de l'Esercito pensait que l'appui fourni par l'artillerie lourde d'armée ne jouait qu'un rôle secondaire dans la guerre de mouvement. La priorité étant donnée aux pièces antichars, antiaériennes, divisionnaires et de corps d'armée à grande mobilité, les canons de 149/40 en commande n'étaient plus que 108 en mai 1941. Pour s'affranchir de la production des affûts et augmenter la mobilité de sa pièce, Ansaldo étudia à partir de novembre 1941 une version automotrice du canon de 149/40 sur le châssis du char lourd P 26/40, mais le prototype ne vit le jour qu'en juillet 1943, trop tard pour entrer en production.

Description technique

La bouche à feu était constituée d'un machon et d'une âme de tube en acier séparables à froid. La substitution de l'âme du tube sur le terrain nécessitait une heure. Étant donnée la longueur du tube, un contre-poids était fixé au-dessus de la chambre, moins volumineux sur les pièces de série que sur le prototype. Le tube était fermé par une culasse à vis divisée en 9 secteurs, 3 lisses et 6 filetés, permettant une fermeture en 1/9 de tour pour accélérer la manoeuvre. Le mécanisme de tir était à répétition, de manière à garantir un réarmement automatique du percuteur après chaque tir.

La glissière renfermait 5 chambres cylindriques longitudinales, celle du milieu pour le frein de recul et les latérales pour les deux récupérateurs hydropneumatiques. Le frein hydraulique avait un recul variable en fonction de la hausse du canon, dans un intervalle de 800 à 1400 mm. La glissière reposait sur le berceau qui recevait les deux secteurs dentés d'élévation. Pour accélérer la cadence de tir, le chargement des obus pouvait se faire jusqu'à une élévation de 20°.

Brochure commerciale éditée par Ansaldo en 1938. Canon de 149/40 en position de tir. L'exemplaire du musée de l'artillerie de Turin est le seul à avoir été conservé intégralement.
(crédits photo : Recos sur Modellismo Più)
Détail de la culasse à vis du canon conservé à Turin. Artilleurs posant devant un canon de 149/40.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Pour assurer une stabilité optimale lors du tir tout en évitant toute préparation préalable du terrain, les deux flèches ouvrantes s'adaptaient aux déclivités du sol. À l'extremité des flèches se trouvaient les caissons de bêche contenant chacun cinq couteaux en té pour l'ancrage au terrain. En retirant les caissons de bêche, le canon pouvait facilement être orienté sur 360°. Les roues en acier percées de 8 trous mesuraient 1300 mm de diamètre et étaient cerclées de bandage semi-pneumatiques.

Pour la traction automobile, le canon était séparé en deux éléments : la voiture-canon d'un poids de 7836 kg avec avant-train supportait la bouche à feu, la glissière et les caissons de bêche, tandis que la voiture-affût pesant 6923 kg avec avant-train recevait le berceau et l'affût avec ses flèches. Les deux voitures étaient tractées par un Breda 32 à la vitesse de 39 km/h. La mise en batterie prenait entre 15 et 20 minutes.

Caisson de bêche équipé de ses couteaux. Remarquez la culasse à vis ouverte au second plan.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Artilleurs posant sur la voiture-canon. Les caissons de bêche sont placés de part et d'autre du tube.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Artilleurs posant devant une voiture-canon dans une caserne de Naples.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Le canon de 149/40 pouvait mettre en oeuvre les munitions suivantes :

  • l'obus explosif de 149/35 mod.32 ;
  • l'obus double effet de 149/40 mod.35 pesant 46,2 kg ;
  • l'obus semi-perforant de 149/35 ;
  • l'obus perforant de 149/40.

En opération

Le manque de tracteurs d'artillerie lourde se fit cruellement sentir au début de la guerre : les canons de 149/40 ne furent pas affectés à des unités mobiles dans les effectifs des armées, mais employés au sein de batteries ou groupes autonomes de défense côtière. Six batteries furent ainsi utilisées durant plus d'un an pour défendre les ports de Bari, de Naples et de Civitavecchia. En septembre 1940 fut organisé un cours pratique de 10 jours auprès du centre expérimental de Nettunia destiné aux officiers et sous-officiers pour l'apprentissage sur canon de 149/40. Dans le même mois fut mis sur pied le XXXIII gr.art.PC privé de tracteur.

Ce n'est qu'en 1941 que furent mobilisés les XXXI, XXXII et XXXIV gr. (constitués chacun de 3 batteries, avec 9 tracteurs et 4 canons par batterie) en prévision d'un éventuel déploiement en Afrique du Nord. En avril 1941, le XXXIII gr. à son tour motorisé fut envoyé en Yougoslavie pour opérer au sein de la 2a A. Rattaché au rgpt.art.A constitué à Reggio Emilia en juin 1941, le XXXIII gr. gagna l'Afrique du Nord en octobre de la même année. Le rgpt.art.A fut affecté au XXI CA et participa au siège de Tobrouk avant de subir l'opération Crusader qui le força à se replier jusqu'à El Agheila. En janvier 1942, le groupe prit part à la seconde contre-offensive italo-allemande en Cyrénaïque, puis passa sous le commandement du XX CA en mai. Il accompagna ensuite l'offensive de l'Axe sur Tobrouk, Marsa Matruh et El Alamein. Le 10 juillet 1942, la 99a btr. tira à vue sur les véhicules de la 26th Australian Brigade qui furent contraints à stopper leur avance. Du 23 au 28 octobre, le groupe tira une moyenne de 100 coups par jour pour contrer l'offensive de Montgomery, avant de se replier à partir du 4 novembre. Au 1er décembre, l'unité se trouvait dans la région de Sirte, réduit à deux batteries (97a et 98a). En avril 1943, seuls quatre canons de 149/40 étaient encore en conditions opérationnelles en Tunisie.

Voiture-canon tractée par un Breda 32 dans le secteur d'El Mechili en 1942.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Artilleur retirant la tape de bouche d'un canon de 149/40 en Afrique du Nord en février 1942.
(crédits photo : USSME)
Batterie du XXXIII gr. ouvrant le feu en Afrique du Nord.
Servants tendant un filet de camouflage sur une pièce de 149/40. Canons de 149/40 en batterie à El Mechili.
(crédits photo : Istituto Luce)
Chargement d'un obus dans un canon de 149/40.
(crédits photo : USSME)

Les XXXI, XXXII et XXXIV gr. furent rattachés au rgpt.art.A entre avril et mai 1942 pour être déployés non pas en Afrique mais sur le front russe. Le XXXI gr. arriva à Nikitovka entre le 1er et le 3 août 1942 et reçut son baptême du feu le 16 septembre. Le XXXII gr. gagna le front du Don mi-juillet, et le XXXIV gr. fut affecté au XXXV CA le 23 août. Du fait du manque de carburant, tous les canons de 149/40 furent perdus lors de l'offensive soviétique sur le Don, durant laquelle le rgpt.art.A se vit descerner la MAVM.

Artilleurs à l'entraînement sur un canon de 149/40 avant leur départ pour l'URSS. Pièce de 149/40 en batterie sur le front russe.
Canon de 149/40 en batterie en URSS. Canon de 149/40 en batterie sur le front du Don.
(crédits photo : USSME)

Après l'armisitice du 8 septembre 1943, les Allemands s'emparèrent de 3 canons de 149/40 qu'ils baptisèrent 15 cm K-408(i), auxquels s'ajoutèrent 13 autres pièces produites par Ansaldo qui furent utilisées sur les côtes en fonction antinavire. Les quelques exemplaires ayant survécu à la guerre furent radiés des effectifsde l'armée italienne en 1969.

Fiche technique
  
Longueur de la bouche à feu 6036 mm
Poids de la bouche à feu 3855 kg
Poids de la pièce en batterie 11 430 kg
Pointage en hauteur : 0° à +45°
en direction : 57°
Cadence de tir 1 coups/min
Vitesse initiale du projectile 800 m/s
Portée maximale 23 700 m
Profil de canon de 149/40 en position de tir. Canon de 149/40.
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Enrico Finazzer, Italia Storica, 2012
  • Armi portatili, artiglierie e semoventi del Regio Esercito Italiano 1900-1943, Giulio Benussi, Intergest
  • L'Esercito Italiano nel 1943, Parte 2a, Filippo Cappellano, Storia Militare Dossier n°6, 2013
  • Il cannone da 149/40 mod.35, Filippo Cappellano & Paolo Formiconi, Storia Militare n°216, 2011
  • page sur le canon de 149/40 mod.35 du site Regio Esercito
Pour reproduire cette pièce d'artillerie :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Waterloo 1815 1/72 AP 024 Italian Heavy Gun from 149/40 WWII -
Brach Model 1/35 BM-037 Cannone da 149/40 -
CRI.EL Model 1/35 R030 Italian Royal Army (R.E.) 149/40 Cannone mod. 35 -

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