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dimanche, 11 janvier 2015 11:10

Fiat 508 Balilla

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Fiat 508 M spider militare 3 vitesses. Fiat 508 M spider militare 3 vitesses.

Utilitaire économique conçue pour répondre à la crise de 1929, la Fiat 508 Balilla connut un grand succès en Italie et en Europe et fut adoptée par l'Esercito qui l'utilisa jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale grâce à sa grande fiabilité.

Un pas de plus vers la voiture du peuple

Entre 1930 et 1931, la crise financière partie des États-Unis en 1929 fit sentir ses effets en Italie. La production Fiat passa de 65 500 véhicules en 1928 à 25 800 en 1931, tandis que l’année suivante, les salaires des ouvriers furent réduits de 20% et la consommation de viande et de sucre par habitant recula de plus de 30%.

Dans ce contexte, Fiat chercha à s’adapter au marché en proposant une voiture utilitaire à faible coût d’achat et de possession. La production de la Fiat 509 A avait pris fin en 1929 et la Fiat 514, construite jusqu’en 1932, était un intermédiaire entre l’utilitaire et la voiture de moyenne gamme. Il fallait donc combler le vide existant en entrée de gamme.

Deux concepts furent développés en parallèle. Le premier, confié à l’ingénieur Oreste Lardone, représentait un saut technologique important avec un moteur bicylindre refroidis à l’air et une traction avant. Mais le projet tourna court du fait que, lors de la mise au point, le prototype fut entièrement détruit par un incendie.

Esquisse du projet de l'ingénieur Oreste Lardone abandonné suite à l'incendie du prototype.

Le second concept, plus en phase avec les architectures retenues à l’époque puisqu’il s’agissait d’une propulsion avec un moteur quatre cylindres à l’avant, fut attribué au bureau d’études dirigé par l’ingénieur Antonio Fessia. Pour mener à bien ce projet, désigné 508, Fessia pouvait compter sur Bartolomeo Nebbia pour développer un moteur à soupapes latérales et faible consommation, sur Votta et Martinotti pour le châssis et sur Rodolfo Schaeffer pour la carrosserie.

En août 1931, les premiers prototypes de la Fiat 508 commencèrent une longue série d’essais qui dura près d’un an pour vérifier le comportement et les prestations de la voiture dans toutes les conditions d’utilisation. L’essayeur officiel de Fiat, Carlo Salamano, emprunta le chemin muletier menant à l’abbaye de San Michele, dans la vallée de Suse, avec des pentes dépassant les 40%, et parcouru les 973 km reliant Naples à Turin à la vitesse moyenne de 64 km/h. En Cyrénaïque, un raid de près de 700 km fut organisé sur les pistes du massif du djebel Akhdar, à la vitesse moyenne de 50 km/h. Cette série de tests permit à Fiat d’annoncer une consommation moyenne de 8 L/100 km pour quatre personnes, la plus basse de sa catégorie.

Carlo Salamano, essayeur officiel de Fiat, au volant d'un prototype de la Balilla en mai 1932. Prototype de Fiat 508 attaquant la côte menant à l'abbaye de San Michele en mai 1932.
(crédits photo : Balilla Registro Italiano)

La Fiat 508 fut présentée par Giovanni Agnelli et Vittorio Valletta à Mussolini à Rome, dans le parc de la villa Torlonia, le 9 avril 1932. Bien que le Duce entretint des relations compliquées avec Fiat et le sénateur Agnelli, il comprit rapidement l’avantage que pourrait tirer le régime fasciste d’une automobile à faible coût, visant à motoriser le plus d’Italiens possible. Ainsi, les slogans la désignèrent comme l’automobile du peuple, ou encore comme « le don de Fiat aux Italiens ». De plus, Fiat avait choisit pour son utilitaire le surnom de « Balilla », plébiscité par le régime. Mais ce choix n’avait pas été dicté par des raisons politiques : « Balilla » est le surnom donné au jeune génois Giovanni Battista Perasso qui était à l’origine de la rébellion contre les Autrichiens en 1746. Fiat a donc choisit cette appellation eut égard à la petite taille de la voiture et à l’espoir qu’elle devait susciter pour la jeunesse.

Le sénateur Agnelli présentant la Balilla à Mussolini dans le parc de la villa Torlonia à Rome le 9 avril 1932.

Dès le mois de mars, Agnelli avait demandé et obtenu de la part du gouvernement l’exemption de taxe de circulation pour les acquéreurs de la nouvelle utilitaire jusqu’au 30 juin 1933, pour contrebalancer l’augmentation du prix de l’essence. De plus, Fiat proposait à ses clients d'acheter à crédit. Mais bien que le prix catalogue de la berline soit de 10 800 lires contre 19 500 lires pour la Fiat 514, la voiture était encore loin d’être accessible pour toutes les bourses. En effet, le salaire moyen d’un ouvrier qualifié était de 400 lires, et celui d’un dessinateur mécanique de 600 lires. Afin de toucher une nouvelle clientèle, la Balilla fut la première voiture italienne à être spécifiquement destinée aux femmes, comme l'attestent les nombreuses affiches publicitaires.

Affiche de 1932 signée Plinio Codognato mettant en scène un jeune Balilla devant une Fiat 508 berline.
(crédits : Archives Fiat)
Esquisse de Ferenzi datée de 1932. Cette silhouette féminine marchant d'un pas décidé vers la Balilla 4 vitesses a été dessinée par Marcello Dudovich en 1934.
(crédit : Archives Fiat)

Pour assurer le lancement de la Balilla, Fiat n’avait pas fait les choses à moitié. La voiture fut dévoilée au grand public à l’occasion du salon automobile de Milan le 12 avril 1932, devant une foule immense venue de toute l’Italie et d’Europe grâce aux avis parus dans la presse les jours précédents. Le soir même, une émission de radio présentée par l’ex champion de l’écurie Fiat Felice Nazzaro et par l’actrice Giulietta de Riso fut consacrée à la Balilla. Une caravane promotionnelle fut ensuite montée pour présenter le nouveau modèle dans toute la péninsule. Une chanson intitulée Nina, già t’aspetta… la Balilla fut composée pour l’occasion par Vittorio Mascheroni, avec des paroles de Luciano Ramo. Enfin, pour toucher les plus jeunes (d'un milieu aisé), Fiat commanda à Omag un modèle réduit au 1/10ème de l’utilitaire.

L'ex coureur automobile Felice Nazzaro et l'actrice Giulietta de Riso animant une émission radio consacrée à la Balilla lors de sa présentation au salon de Milan le 12 avril 1932. Fiat 508 berline devant la basilique Saint-Marc de Venise lors de la tournée promotionnelle en 1932. Présentation de la Balilla à Naples en présence du baron La Via en avril 1932.
Maquette de la Balilla réalisée par la marque Omag de Turin sur demande de Fiat.
(crédits photo : Balilla Registro Italiano)

Le succès fut au rendez-vous, avec plus de 12 000 exemplaires produits en 1932, dont 10 000 environ pour le marché intérieur. Les premiers exemplaires furent livrés le 15 juillet 1932. La production journalière, établie à 100 exemplaires en début de production, atteignit les 250 unités au bout d’un an et demi. Toutes versions confondues, la Balilla fut produite à 113 165 exemplaires (ce qui en fait la première voiture italienne à dépasser le cap des 100 000) jusqu'en 1937.

Ligne d'assemblage de la Balilla 3 vitesses au Lingotto en 1933. Matriçage des flancs de carrosserie de la Balilla 4 vitesses en 1934.
(crédits photo : Archives Fiat)
Chaîne de montage de la Balilla 4 vitesses au Lingotto en 1934.
Berlines 4 vitesses en attente de livraison en 1934. Aperçu de la gamme Balilla, avec au premier rang des 3 vitesses (une berline luxe, une berline et une spider) et des 4 vitesses derrière.

La première série à 3 vitesses

La première version de la Balilla fut la berline 3 vitesses produite entre 1932 et 1934 à 41 396 exemplaires. Le moteur essence quatre cylindres type 108 à soupapes latérales proposé à l’origine affichait une puissance de 20 ch pour une cylindrée de 995 cm3 avec un taux de compression de 5,8:1. Pour répondre à la demande de la clientèle, Fiat proposa, sans supplément, un moteur avec un taux de compression de 6,3:1 permettant de développer 24 ch à 3800 tr/min, qui supplanta le précédent sur tous les modèles de la première série en 1933. L'alimentation se faisait par gravité depuis le réservoir de 26 litres situé devant la planche de bord.

Berline 3 vitesses de pré-série au Lingotto en 1932. Berline 3 vitesses chez un concessionaire Fiat de Trieste en décembre 1932. La réclame affirme qu'il s'agit du "cadeau le plus apprécié pour Noël et le jour de l'an". Un jeune Balilla pose à côté d'une berline 3 vitesses en 1932.
Berline 3 vitesses devant l'arc de Constantin à Rome en 1932. Berline 3 vitesses dans le parc du Valentino à Turin. Il s'agit du modèle de base. Vue frontale d'une berline 3 vitesses à Naples.
(crédits photo : R. Carbone sur flickr)
Berline 3 vitesses devant la cathédrale de Turin. Publicité pour la berline 3 vitesses visant la clientèle féminine. La photo a été prise devant le château du Valentino à Turin. Berline 3 vitesses exposée au musée de l'automobile de Turin.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Écorché de la berline 3 vitesses. Moteur quatre cylindres essence type 108 développé par Bartolomeo Nebbia. Le réservoir surplombant le moteur permettait d'alimenter le carburateur par gravité.

Moteur, embrayage et boîte de vitesses formaient un bloc unique suspendu au châssis par l'intermédiaire de quatre silent blocs. L'embrayage était du type monodisque à sec et la boîte comptait trois rapports plus une marche arrière. Le rapport de pont était de 8/41.

Le châssis à deux longerons suivant le profil extérieur de la carrosserie était renforcé par un croisillon central en X. La carrosserie à deux portes était encore constituée d'une ossature bois sur laquelle étaient rapportés des panneaux en tôle d'acier. Elle conservait des formes très anguleuses, avec une calandre et un pare-brise verticaux, ce dernier étant surmonté d'une visière. En option, le client pouvait demander l'ajout d'une malle à bagages métallique sur l'arrière de la carrosserie, détachée de celle-ci. L'habitacle, assez spacieux, recevait confortablement ses quatre occupants.

Détail du châssis montrant l'ensemble moteur-embrayage-boîte. Détail du radiateur orné du monogramme Balilla.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
L'habitacle accueillait confortablement ses quatre occupants. Le dossier des sièges avant était basculant pour permettre l'accès à la banquette arrière.

Les freins à tambour étaient actionnés hydrauliquement sur les quatre roues. La suspension était assurée par des ressorts à lames semi-elliptiques couplés à des amortisseurs hydrauliques. Les roues à jante à voile plein de 17''x2,5'' adoptaient des pneumatiques basse pression Pirelli Superflex de dimension 4,00-17''. Une roue de secours légèrement encaissée dans le garde-boue du côté opposé au conducteur était prévue de série. Sur demande, une seconde pouvait être ajoutée en symétrique.

Schéma du système de freinage. Détail du pont avant. Sur le modèle de base, les quatre écrous de fixation de la jante n'étaient pas masqués.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Le propriétaire de cette berline 3 vitesses immatriculée à Bolzano a préféré prendre une seconde roue de secours en option.

Le circuit électrique 12V comprenait une dynamo et une batterie Marelli 6XC7-1H alimentant le démarreur, les phares, l'éclairage du tableau de bord, l'avertisseur sonore et l'unique essuie-glace.

La berline pouvait être livrée en finition luxe, avec des phares chromés au lieu d'être peints en noir, des marchepieds avec moulures chromées, des poignées de porte chromées, l'ajout de cabochons enjoliveurs, de pare-chocs chromés, d'une barre transversale de protection devant le radiateur et de rideaux d'occultation sur les vitres et la lunette arrière, et en option un intérieur cuir et des jantes à rayons. Bien sûr, chacune de ces options pouvaient être ajoutée individuellement sur la berline de base.

Châssis d'une berline 3 vitesses finition luxe montant des jantes à rayons. Berline 3 vitesses finition luxe dans le parc du Valentino. Berline 3 vitesses finition luxe conservée au centre historique Fiat de Turin. Remarquez le rideau d'occulation sur la vitre arrière.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Les phares des berlines finition luxe étaient entièrement chromés, alors qu'ils étaient peints en noir et recevaient un simple cerclage chromé sur les modèles de base.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Si les jantes à rayons restait en option, toutes les berlines finition luxe arboraient des cabochons enjoliveurs chromés.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Même sur les berlines finition luxe, la malle à bagages restait en option.
(crédits photo : Guillaume Terret)

Tout comme la berline, la 508 spider était disponible en finition normale ou luxe. Elle affichait un rapport de pont de 8/39 lui permettant d'augmenter légèrement sa vitesse de pointe par rapport à la berline. Pour marquer son caractère sportif, le siège passager était légèrement en retrait par rapport à celui du conducteur. Un petit coffre était aménagé à l'arrière de la carrosserie, juste au-dessus de l'emplacement de la roue de secours. Avec un prix de 9900 lires, elle constituait l'entrée de gamme des Balilla.

Publicité mettant en scène deux femmes au volant d'une berline 3 vitesses et d'une spider 3 vitesses dans une rue de Turin en 1932. Spider 3 vitesses finition luxe devant les bureaux du Lingotto. Spider 3 vitesses finition luxe avec sa capote fermée.
Spider 3 vitesses participant à une manifestation à Ascoli Piceno. Cette spider 3 vitesses porte une plaque du Servizio Militare quelque peu anachronique puisque les plaques marquées RE firent leur apparition en 1927.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Compartiment moteur d'une spider 3 vitesses. Remarquez le ventilateur à quatre pales.
Spider 3 vitesses finition luxe conservée au centre historique Fiat de Turin.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Sur la spider, la roue de secours était placée à l'arrière, sous le coffre.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Le siège passager était légèrement en retrait pour offrir une meilleure visibilité au conducteur.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

En janvier 1933, Fiat dévoila la 508 S spider sport carrossée par Ghia. Elle était propulsée par le moteur type 108 S de 30 ch à 4000 tr/min grâce au rapport de compression de 7:1. Le mélange était assuré par un carburateur Zénith 30 VEIZ. Avec un rapport de pont allongé à 10/43, la 508 S pouvait dépasser les 110 km/h. La capacité du réservoir passait à 63 litres.

Fiat 508 S spider sport 3 vitesses de 1933. L'ex champion de l'écurie Fiat Felice Nazzaro au volant d'une 508 S en 1933.
Compartiment moteur de la 508 S spider sport. Par rapport à la berline, le réservoir d'essence a été entièrement redessiné et agrandi. Fiat 508 S conservée au centre historique Fiat de Turin.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

La 508 torpédo présentée elle aussi en janvier 1933 n’était proposée qu’en finition luxe, et donc destinée en priorité à l’exportation.

Fiat 508 torpédo 3 vitesses de 1933. L'actrice Paola Borboni au volant d'une torpédo 3 vitesses. Giovanni Agnelli et le prince Nicolas de Roumanie à bord d'une torpédo 3 vitesses à Turin en 1934.

En plus des modèles de série, le châssis de la Balilla fut habillé par de nombreux carrossiers dont Balbo, Bertone, Brianza, Casaro, Castagna, Garavini, Ghia, Savio ou Viotti qui dessinèrent notamment des berlines, des cabriolets et des coupés.

La Balilla passe à 4 vitesses

En mars 1934, à l'occasion du salon automobile de Milan, Fiat présenta une nouvelle version de la 508 berline, à quatre portes, carrosserie dite aérodynamique réalisée par Savio, boîte à quatre rapports et taux de compression de 6,5:1. Les formes plus arrondies de la carrosserie valaient pour la partie haute et l'arrière, avec malle solidaire supportant la ou les roues de secours, tandis que le capot moteur et la calandre conservaient l'aspect d'origine. La première boîte à quatre rapports fut montée sur le châssis n°041397.

Fiat 508 aérodynamique présentée au salon de Milan en mars 1934. Dessinée par Savio, la nouvelle carrosserie de la berline laissait inchangés la calandre et le capot.

Rapidement, la carrosserie évolua à nouveau, reléguant la berline de mars 1934 au statut de modèle intermédiaire. La version définitive de la berline à deux et quatre portes fut présentée en juin 1934. Les modifications de la carrosserie touchaient cette fois-ci le capot moteur, avec des fentes d'aération inclinées, une calandre en goutte d'eau, des phares bombés, une malle mieux intégrée et des garde-boue plus enveloppants. Outre, les formes, la construction était également revue : le bois laissait la place à une carrosserie tout acier. D'autre part, le châssis fut allongé de 50 mm. La finition luxe sur la berline à deux portes correspondait au standard de la quatre porte, tandis que les roues à rayons, l'intérieur cuir, les feux de gabarit sur les ailes, la deuxième roue de secours et l'essuie-glace supplémentaire restaient en option.

Le châssis de la Balilla 4 vitesses était allongé de 50 mm. Coupe longitudinale de la berline 4 vitesses. L'ouverture antagoniste des portières facilitait l'accès à l'habitacle.
Planche de bord de la berline 4 vitesses. Berline 4 vitesses à deux portes. Berline 4 vitesses à quatre portes devant le Lingotto. Remarquez les deux roues de secours sur la malle.
Berline 4 vitesses à deux portes immatriculée à Cosenza.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Berline 4 vitesses immatriculée à Addis Abeba, en Éthiopie.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Berline 4 vitesses à deux portes exposée au musée del'automobile de San Martino in Rio.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Berline 4 vitesses à quatre portes exposée sur l'hippodrome de Bron-Parilly pour les 60 ans des Amateurs d'Automobiles Anciennes le 28 mai 2016.
(crédits photos : Guillaume Terret)
Détail du cache moyeu.
(crédits photo : Guillaume Terret)

Toute la gamme Balilla bénéficia des modifications esthétiques apportées à la berline, à savoir la torpédo, le spider et le spider sport.

Fiat 508 torpédo 4 vitesses. Fiat 508 spider 4 vitesses finition luxe. Spider 4 vitesses au col de Flexen en Autriche en juillet 1935.
(crédits photo : Felix Groebli sur carphoto.ch)

Quatre versions sportives furent proposées avec boîte à quatre rapports. On trouvait tout d'abord la berline, dont la carrosserie était identique à celle de la berline en finition luxe, mais affichant une vitesse de 105 km/h grâce aux 36 ch développés à 4400 tr/min par le moteur type 108 CS à soupapes en tête. Environ 1000 exemplaires de cette berline sport furent produits. Venait ensuite la spider sport, dont la carrosserie, dérivée de celle à 3 vitesses, était plus allongée pour s'adapter au nouveau châssis. La spider corsa, surnommée Coppa d'Oro, était habillée par une carrosserie signée Ghia rappelant celle de la spider sport, mais avec des garde-boue détachés et la suppression des marchepieds. Enfin, la berlinette Mille Miglia apparue en avril 1935. Caractérisée par ses lignes très aérodynamiques avec un pare-brise incliné à 45° et des ailes carénées, elle ne dépassait pas les 115 km/h à cause de sa carrosserie mixte bois et acier.

Extérieurement, la Fiat 508 S spider sport 4 vitesses se distinguait de la 3 vitesses par ses phares bombés. La spider corsa de Brignone et Aymini qui remporta la Coppa d'Oro en 1934. Fiat 508 CS berlinette Mille Miglia présentée à un concours d'élégance.

Entre 1932 et 1934, la Balilla 4 vitesses fut produite à 71 769 exemplaires.

Les versions commerciales

Dès 1932, deux versions de la Balilla à 3 vitesses furent proposées aux artisans, commerçants et agriculteurs : une fourgonnette et une camionnette capables de transporter respectivement 300 et 350 kg de charge utile. Les deux modèles voyaient leur châssis renforcé, leur rapport de pont raccourci à 8/43 pour augmenter le couple et la section des pneumatiques augmentée (4,25-17'').

Publicité pour les deux versions commerciales de la Balilla 3 vitesses : la fourgonnette et la camionnette. Camionnette sur châssis de Balilla 3 vitesses. Camionnette 3 vitesses de la Gazzetta dello Sport.
Fourgonnette sur châssis de Balilla 3 vitesses. Révision d'une fourgonnette dans une concession Fiat de Gênes. Fourgonnette publicitaire des cafés Brandizzi.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Avec l'apparition de la Balilla à 4 vitesses en 1934, les dérivées commerciales furent mises au goût du jour. Leur châssis fut allongé et leur charge utile passa à 400 et 450 kg. Pour ces modèles, les clients pouvaient choisir en option un pare-chocs avant, des cache-moyeux chromés, un feu stop ou encore une bâche imperméable pour protéger le chargement de la camionnette.

La camionnette 4 vitesses suivait les évolutions stylistiques de la berline. Fourgonnette 4 vitesses de 1934. Cette fourgonnette 4 vitesses monte des jantes en acier forgé.

L'armée utilisa également les camionnettes et fourgonnettes Balilla en les destinant aux unités d'artillerie.

Les versions sanitaires

De nombreuses ambulances furent réalisées sur le châssis de la Balilla à 3 puis 4 vitesses. Étant données les dimensions réduites de la voiture pour cet usage, le siège passager à l'avant était souvent sacrifié pour loger la civière dans le sens longitudinal. Certains carrossiers, comme Schieppati, élargirent nettement la caisse pour faciliter les mouvements de l'infirmier. Les ambulances Balilla furent largement diffusées auprès de la Croix Rouge italienne mais aussi dans les sociétés privées qui devaient disposer d'un véhicule de secours affecté à leur infirmerie.

Ambulance sur châssis de Balilla 3 vitesses carrossée par Schieppati. Ambulance Schieppati de la Croix Rouge de Bergame.
(crédits photo : Fondazione Negri)
Défilé d'ambulances de la Croix Rouge de Milan. Au premier plan, une Fiat 508 carrossée par Schieppati.
(crédits photo : Fondazione Negri)
Ambulances sur châssis de Balilla 4 vitesses.

La Balilla à l'étranger

Dès sa sortie, la Fiat 508 fut exportée en Europe et au-delà. Pour lui permettre de franchir les barrières douanières à une époque où le protectionnisme était la règle, Fiat chercha à collaborer avec des industriels étrangers pour produire son utilitaire directement sur place.

En Allemagne, la 508 fut produite sous licence par NSU Motorenwerke AG à Heilbronn. Au Royaume-Uni, elle était assemblée par Fiat England à Londres. En Espagne, à Madrid, Fiat Hispania réalisait l'assemblage à partir de pièces originales et construites sur place. En France, la licence de production donna naissance à la Fiat 6 CV construite par SAFAF à Suresnes et présentée à Paris le 6 octobre 1932. Fabriquée au départ à 80% en France, la 6 CV fit rapidement appel à des pièces entièrement françaises. A partir de juillet 1935, les 6 CV furent fabriquées dans l'usine Simca de Nanterre et reçurent sur le logo Fiat la mention Simca en diagonale. En Pologne, la Polski-Fiat 508 fut produite par l'usine PZInż de Varsovie. Enfin, en Tchécoslovaquie, la 508 fut produite sous le nom de Walter Junior à Prague.

La Balilla sous l'uniforme

Début 1931, l'Esercito lança un appel d'offres auprès des différentes firmes automobiles italiennes pour la conception d'une voiture militaire aux caractéristiques et prestations analogues à celles de l'Austin 7 britannique déjà expérimentée avec succès. Fiat répondit en présentant une version militarisée de la Balilla spider, dénommée 508 M. Elle pouvait accueillir une troisième personne grâce au siège aménagé dans le coffre, dans le sens contraire de la marche. En conséquence, la ou les roues de secours furent déplacées dans les ailes avant.

Fiat 508 M spider militare 3 vitesses. Sur la spider militare, le dessin de l'arrière de la carrosserie fut repris pour aménager une troisième place dans le coffre.
Planche de bord de la spider militare 3 vitesses.
(crédits photo : collection Alessandro Sannia)
Essai de la spider militare 3 vitesses sur terrain accidenté. Militaire au volant d'une spider militare 3 vitesses.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Après les essais menés par le CSM en 1932, la Balilla spider militare remporta la compétition contre les différents modèles des autres industriels grâce à sa manœuvrabilité, à sa bonne tenue de route ainsi qu'à une bonne accélération. Sa production débuta durant le second semestre 1932, avec une livraison aux commandements des unités motorisées dès 1933. La torpédo fit également l'objet d'une version militarisée.

Devant l'intérêt croissant pour les territoires d'outremer, Fiat proposa également des versions coloniales des différents modèles de Balilla.

Par rapport aux modèles civils, les Fiat 508 M et coloniales se différenciaient par un moteur équipé de carburateurs type 18 et 32 à brides ovales, un rapport de pont plus court (6/39), l'absence de marchepied (pour les modèles militaires seulement), l'ajout d'une jauge de carburant type 20 sur les coloniales et type 22 sur les militaires, un châssis renforcé avec des suspensions par ressorts à lames et des roues à jante de 19''x2,50'' montant des pneus 19'' au lieu des 17''. La gammes de couleurs disponibles pour les versions militaires comprenait le gris vert, le bleu 427, le rouge 102 et le beige 504.

Certaines Balilla furent armées de mitrailleuses antiaériennes ou destinées à la défense rapprochée, probablement à titre expérimental.

Le général Pugnani examinant une camionnette 3 vitesses armée d'une mitrailleuse de 6,5 mm mod.26 à Rome en 1934.

Avec l'apparition des versions à quatre vitesses en 1934, l'Esercito fit l'acquisition des nouveaux modèles carrossés en torpédo et spider. Par rapport à la version civile, la 508 M ou coloniale à quatre vitesses conservaient les modifications apportées sur les 3 vitesses, avec en plus un taux de compression réduit à 6,2:1.

Fiat 508 M spider militare 4 vitesses. Spider militare 4 vitesses présentée à un potentiel client étranger. Groupe de militaires posant sur une spider militare 4 vitesses.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Torpédo coloniale 4 vitesses de 1934.
(crédits photo : collection Alessandro Sannia)
Torpédo militare 4 vitesses identifiable à l'absence de marchepied. Torpédo 4 vitesses ouvrant la voie à une colonne de tracteurs Pavesi.
(crédits photo : collection Stefano Carletti)

La Balilla connut son baptême du feu lors de la campagne d’Éthiopie, avec 351 voitures, 20 fourgonnettes et 497 camionnettes pour le seul front Nord. La Balilla prit ensuite part à la guerre d'Espagne, où elle se révéla résistante et économique, et resta en service tout au long de la seconde guerre mondiale.

Sur ce cliché pris en Éthiopie au printemps 1936, on reconnaît une torpédo militare 4 vitesses au premier plan suivie par une fourgonnette 4 vitesses.
(crédits photo : collection Alessandro Sannia)
Spider militare 3 et 4 vitesses en Éthiopie. Au second plan, on aperçoit une Ardita. Spider militare 3 vitesses à la tête d'une troupe d'ascari durant la campagne d'Éthiopie.
Camionnette 4 vitesses traversant une rivière à gué durant la campagne d'Éthiopie. Sur la rive, on reconnaît des Fiat 634. Camionnettes 4 vitesses utilisées par la poste militaire en Éthiopie. Spider militare 4 vitesses utilisée par le CTV en Espagne.
(crédits photo : collection Michele Francone)
Torpédo militare 4 vitesses défilant à la tête d'un groupe de tracteurs TL 31 dans les rues de Barcelone en 1938.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Torpédo militare 4 vitesses à Castelbenito en 1939.
(crédits photo : collection Ippolito Donato)
Spider militare 4 vitesses devant la station de téléphérique Bousson-Fonta Tana (secteur de Cesana) en 1939.
(crédits photo : AUSSME)
Réparation d'une spider militare 4 vitesses en Cyrénaïque en 1940.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Mussolini passant en revue une unité du CSIR équipée d'une spider militare 3 vitesses. Spider militare 3 vitesses des bersaglieri traversant un village pour rejoindre le front russe à l'été 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Sottotenente des carabinieri au volant d'une spider 3 vitesses sur la route d'Athènes le 11 juin 1942. Berline 4 vitesses du btg. Fulmine de la Xa MAS.
(crédits photo : Archivio Panzarasa)
Fiche technique
 Berline 3 vitessesBerline 4 vitessesSpider Militare 3 vitesses
Longueur 3145 mm 3145 mm 3250 mm
Empattement 2250 mm 2300 mm 2250 mm
Largeur 1400 mm 1400 mm 1380 mm
Voie avant / arrière 1180 / 1200 mm 1187 / 1200 mm 1180 / 1200 mm
Hauteur 1530 mm 1530 mm 1450 mm
Garde au sol 160 mm 160 mm 220 mm
Poids à vide 675 kg 710 kg (deux portes)
745 kg (quatre portes)
690 kg
Équipage 4 4 3
Configuration d'essieux 4x2 4x2 4x2
Moteur Type 108 : 4 cylindres essence de 995 cm3, développant 20 ch à 3400 tr/min Type 108 : 4 cylindres essence de 995 cm3, développant 24 ch à 3800 tr/min Type 108 : 4 cylindres essence de 995 cm3, développant 20 ch à 3400 tr/min
Vitesse maximale 80 km/h sur route 85 km/h sur route 65 km/h
Autonomie - - 310 km sur route
Emport en carburant 26 L 31 L 26 L
Fiat 508 berline 3 vitesses. Fiat 508 spider 3 vitesses. Fiat 508 torpédo 3 vitesses.
Fiat 508 berline 4 vitesses. Fiat 508 spider 4 vitesses. Fiat 508 torpédo 4 vitesses.
Fiat 508 camionnette 4 vitesses. Fiat 508 fourgonnette 4 vitesses.
Profil de Fiat 508 M spider militare 3 vitesses armée d'un fusil mitrailleur Breda mod.30. Fiat 508 M spider militare 3 vitesses armée d'un fusil mitrailleur Breda mod.30.
(crédits : Ruggero Calò)
Sources :
  • Gli Autoveicoli tattici e logistici del Regio Esercito Italiano fino al 1943, tomo secondo, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2005
  • Gli Autoveicoli del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Nicola Pignato, Storia Militare, 1998
  • Ruote in divisa, I veicoli militari italiani 1900-1987, Brizio Pignacca, Giorgio Nada Editore, 1989
  • Semicingolati, motoveicoli e veicoli speciali del Regio Esercito italiano 1919/1943, Giulio Benussi, Intergest, 1976
  • Mezzi dell'Esercito Italiano 1935-45, Ugo Barlozzetti & Alberto Pirella, Editoriale Olimpia, 1986
  • Gli autoveicoli da combattimento dell'Esercito Italiano, Volume primo (dalle origini fino al 1939), Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2002
  • Veicolo dei carabinieri, 200 anni di storia, Giuseppe Thellung di Courtelary & Sergio Puttini, Giorgio Nada Editore, 2014
  • Les belles italiennes, tous les modèles des origines à nos jours, Ornella Sessa, Alessandro Bruni, Massimo Clarke, Federico Paolini & Jean-Pierre Dauliac, Gründ, 2007
  • Fiat 508 Balilla, Antonio Amadelli, Giorgio Nada Editore, 1992
  • Le fuoristrada Fiat, Alessandro Sannia, All Media, 2002
  • Il grande libro delle piccole Fiat, Alessandro Sannia, Giorgio Nada Editore, 2008
  • Il grande libro delle sportive Fiat, spider e coupé, Alessandro Sannia, Giorgio Nada Editore, 2006
  • L'automobile italiana 1918-1943, Alberto Bellucci, Editori Laterza, 1984
  • Storia fotografica dell'industria automobilistica italiana, Pier Luigi Bassignana, Adriana Castagnoli & Marco Revelli, Bollati Boringhieri, 1998
  • Cent'anni di Camion Fiat, Paolo Bossi, Fondazione Negri, 2012
  • Le ambulanze italiane, Alessandro Sannia & Pierfrancesco Mainetti, Fondazione Negri, 2006
  • Il manifesto Fiat 1899-1965, Galleria Civica d'Arte Moderna e Contemporanea, Torino, 2001
  • Motores en guerra, Guerra civil española, Josep M.a Mata Duaso, Susaeta, 2012
  • VII settore G.A.F., Il Vallo Alpino nella conca di Cesana, Pier Giorgio Corino, Associazione per gli studi di storia e architettura militare, 2010
  • Uso e manutenzione della vettura « Balilla », Fiat , Ufficio Pubblicazioni Tecniche, 1934
Pour reproduire ce véhicule :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
CRI.EL Model 1/35 R089 Autovettura Fiat 508 M -

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Re: Fiat 508 Balilla -- josy
Sunday, 18 January 2015 10:24
article d'une très grande richesse, merci pour tous ces explications et photos

Lu 6253 fois Dernière modification le samedi, 04 juin 2016 16:54

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