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vendredi, 04 septembre 2015 18:55

Obusier de 75/18

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Obusier de 75/18 mod.34 servi par un alpino lors d'un entraînement en janvier 1941. Obusier de 75/18 mod.34 servi par un alpino lors d'un entraînement en janvier 1941. Archivio Centrale dello Stato

Déjà au moment de son développement, l'obusier de 75/18 destiné à équiper l'artillerie divisionnaire italienne était anachronique. En effet, les principales armées européennes s'orientaient vers des pièces de calibre supérieur : 88 mm (25 livres) au Royaume-Uni, 105 mm en France et en Allemagne et 122 mm en URSS.

Développement de l'obusier de 75/18 mod.34

L'obusier de 75/18 mod.34 fut la toute première pièce de campagne à déformation conçue entièrement italienne. Son origine remonte au programme de modernisation de 1929, lancé par le général Ettore Giuria, inspecteur de l'arme d'artillerie, qui prévoyait la réalisation d'une pièce de 75 mm moderne, adaptée à l'utilisation en montagne, pour remplacer en partie les matériels de 75/27 et 75/13 alors en ligne. Cette nouvelle arme devait avoir une grande mobilité, sur tout type de terrain, posséder des secteurs de tir importants et adopter une trajectoire de tir en cloche pour atteindre des cibles protégées par un relief accidenté. La priorité n'était donc pas donnée à la portée de la pièce, mais à son poids. Bien que la Grande Guerre ait démontré les limites des obus de 75 mm contre les ouvrages fortifiés de campagne, ce calibre fut retenu pour le nouvel obusier en raison du large stock de munitions de 75 mm hérité de la dernière guerre.

En 1932, Ansaldo présenta son projet d'obusier de 75/17 à flèche unique, pesant 696 kg et capable de tirer à une distance de 9300 m avec une course de 6° et un pointage en hauteur de -10° à +80°. Après de longs essais, ce projet fut abandonné en 1933 au profit de celui du t.col. Bergese de la DSSTAM, désigné obusier de 75/18 mod.32. Suite aux tests concluant menés sur le prototype, 4 pièces supplémentaires furent commandées pour constituer une batterie expérimentale. Adopté officiellement en 1934, l'obusier de 75/18 fut mis en production 2 ans plus tard. L'AREP réalisa 12 affûts en 1936-37 et 32 obusiers en 1937-38, l'AREN produisit 50 bouches à feu en 1936 et 50 autres entre 1940 et 1943, tandis que 200 bouches à feu furent commandées à OTO en 1935, suivies de 70 affûts en 1936. L'usine Ansaldo de Pozzuoli fut également impliquée dans la construction de ces pièces, avec 200 exemplaires commandés en mars 1941.

Obusier de 75/18 mod.34 lors de sa présentation officielle.
(crédits photo : AUSSME)
Les 60 premières pièces produites par OTO à La Spezia. Obusiers de 75/18 mod.34 à l'usine OTO de La Spezia.

Description technique

L'obusier de 75/18 mod.34 était une arme ingénieuse et de bonne facture mais conçue selon des spécifications désuètes et des critères d'utilisation remontant à la Grande Guerre. La puissance de feu et la portée avaient été sacrifiées au bénéfice de la mobilité et de la légèreté de la pièce pour son emploi en montagne.

La bouche à feu se composait d'un tube dont l'âme rayée pouvait être extraite à froid, d'un bloc-culasse et d'un frein de bouche, distribué seulement aux exemplaires de début de production. La culasse à coin horizontal reprenait largement celle équipant l'obusier Skoda de 75/13.

La glissière pourvue d'un manchon cylindrique à perçage excentré recevant le tube était reliée au berceau par deux rails longitudinaux avec revêtement de bronze. Le berceau renfermait le frein de recul dans sa partie centrale, encadré par deux récupérateurs à ressorts.

Photo d'un obusier de 75/18 mod.34 en batterie tirée du manuel Ansaldo de 1938. Plan et coupe longitudinale de la bouche à feu et de la glissière. Plan et coupe partielle du berceau.
Obusier de 75/18 mod.34 de production OTO conservé à Farigliano.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail de la bouche à feu et du frein de route.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail de la culasse à coin horizontal.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Obusier de 75/18 mod.34 muni d'un frein de bouche et dépourvu de bouclier.

L'affût était monté sur des roues en acier ou en elektron cerclées de bandages semi-pneumatiques. De manière à augmenter la stabilité lors du tir, l’affût était conçu pour s'adapter au maximum aux déclivités du terrain. Pour cela, la voie était réglable et chaque bras de la flèche double était composé de 3 éléments, la rallonge centrale pouvant être ôtée. Les servants étaient protégés par un bouclier de 4,4 mm d'épaisseur.

Roue en acier cerclée d'un bandage celastico Aquila. Détail de la roue en acier de l'obusier de Farigliano.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Flèche double en configuration courte avec les rallonges entreposées sur les flancs.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
La flèche double à rallonges permettait une adaptation optimale au terrain.
(crédits photo : Museo Navale di La Spezia)

Pour le transport, l'obusier pouvait être attelé à deux mulets en flèche, halé par un tracteur de montagne ou décomposé en 8 fardeaux pesant entre 85 et 115 kg chacun portés par autant de mulets, plus 2 utilisés pour le transport des munitions. L'équipe de pièce ordinaire comprenant un chef de pièce et 6 servants était renforcée de 2 auxiliaires permettant la mise en batterie en 5 minutes si l'obusier était bâté.

Obusier de 75/18 mod.34 attelé à un mulet. Obusier de 75/18 mod.34 tracté par un Fiat OCI 708 CM.
(crédits photo : AUSSME)
Équipage de pièce comprenant 6 servants et un chef de pièce.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

L'obusier de 75/18 pouvait mettre en œuvre les munitions suivantes :

  • l'obus ordinaire de 75 pesant 6,3 kg ;
  • l'obus grande capacité de 75/13 pesant 5,3 kg ;
  • l'obus de 75/13 mod.32 pesant 6,4 kg ;
  • l'obus shrapnel de 75 de 6,5 kg ;
  • l'obus perforant ;
  • les obus antichars EP et EPS ;
  • l'obus fumigène.

Développement de l'obusier de 75/18 mod.35

Les bons résultats obtenus avec la batterie expérimentale mod.34 conduisirent à l'étude d'un nouvel affût pour les divisions « celeri » et motorisées, équipé de la même bouche de feu. Cet affût devait autoriser la traction animale à vive allure par le biais d'un avant-train, la traction mécanisée directe en tout terrain et une adaptation rapide à la traction en montagne, soit par des chevaux soit par un tracteur chenillé.

Le premier prototype de cette nouvelle pièce, baptisée obusier de 75/18 mod.35 et conçue par la DSSTAM, se distinguait du modèle 34 par des roues de grand diamètre (1200 mm contre 700 mm) cerclées de bandages semi-pneumatiques celerflex, à suspension élastique à barres de torsion, des flèches repliables en 2 éléments seulement pour réduire la longueur de l'affût lors de la traction, une longueur d'essieu variable pour s'adapter aux chemins de montagne et un bouclier réduit et en partie repliable. Après les essais menés sur le prototype réalisé par l'AREP, 4 pièces de présérie furent construites en 1936 sur affûts OTO pour mener les évaluations opérationnelles.

Prototype de l'obusier de 75/18 mod.35.
(crédits photo : Museo Storico Italiano della Guerra)
Présentation du prototype de l'obusier de 75/18 mod.35 à une délégation étrangère.
(crédits photo : AUSSME)
Prototype de l'obusier de 75/18 mod.35 attelé à l'avant-train pour la traction animale.
(crédits photo : collection Claudio Pergher)
Détail du frein de bouche du prototype.
(crédits photo : Archivio Ansaldo)
Obusier de 75/18 mod.35 de présérie équipé de roues en elektron.
(crédits photo : AUSSME)

L'obusier de 75/18 mod.35 était certes une arme versatile, capable de s'adapter à toutes les conditions d'utilisation, mais souffrait des mêmes faiblesses que le mod.34 pour la puissance de feu et la portée. Pour le même poids en batterie, le 75/18 mod.35 avait une portée et des secteurs de tir inférieurs à ceux du canon de 75/27 mod.11. La perplexité suscitée par les prestations de cette arme, par rapport aux pièces de campagne des autres armées européennes, entraîna de longs délais avant la mise en production. Ce n'est qu'en décembre 1938 que les usines Ansaldo de Pozzuoli et OTO de La Spezia reçurent la première commande, portant sur 60 pièces et 10 bouches à feu de réserve seulement. En mars 1941, 120 pièces supplémentaires furent rajoutées. En juillet 1941, les commandes de pièces de 75/18 mod.34 furent remplacées par les mod.35, mais seuls 120 exemplaires purent être convertis du modèle 34 au 35, et furent baptisés obusiers de 75/18 mod.34/42.

Par rapport au prototype qui était doté de roues à raies métalliques, les exemplaires de série adoptèrent dans un premier temps des roues en elektron puis en acier emboutis.

Obusier de 75/18 mod.35 conservé au musée des blindés de Saumur.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail de la bouche à feu et du bouclier partiellement repliable.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Secteur denté de hausse.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Chaque bras de la flèche double se composait de deux éléments repliables.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail de la roue en elektron.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Obusier de 75/18 mod.35 conservé au mémorial de Bari, équipé de roues en acier emboutis.
(crédits photo : Giuseppe Calò)

Durant les 30 premiers mois de guerre, la firme OTO produisit 300 obusiers de 75/18 mod.35, en plus des 236 bouches à feu destinées aux semoventi M40 et M41. Les premières pièces ne furent livrées au Regio Esercito qu'à partir de la fin de l'année 1941. Bien que dépassé devant les modèles russes de 76 mm mod.39, 41 et 42, l'obusier de 75/18 mod.35 resta en production après l'armistice de 1943.

Carrière opérationnelle

Le baptême du feu des obusiers de 75/18 eut lieu en Espagne, durant la Guerre Civile, où furent envoyées deux pièces à titre expérimental. En octobre 1939, 114 obusiers de 75/18 mod.34 étaient disponibles, en plus de la batterie expérimentale sur mod.35. Le modèle 34 fut employé en nombre durant les opérations contre la Grèce et la Yougoslavie, où étaient déployées 96 pièces en mars 1941. En septembre 1942, on en dénombrait 106 exemplaires en métropole, 37 dans les Balkans, 13 sur les îles de la mer Égée et 74 sur le front russe. Quant au modèle 35, il servit surtout en Russie en 1942-43 au sein des régiments d'artillerie des divisions Ravenna, Sforzesca et Cosseria, en Tunisie avec la Superga et en Sicile avec les divisions Napoli, Livorno et Aosta. Pour la défense côtière de l'île, quelques pièces de 75/18 mod.34 furent également utilisées.

Durant la guerre, le nombre de groupes d'artillerie divisionnaire équipés du 75/18 passa de 9 en août 1941 à 19 en juin 1943, sans compter les 4 groupes alors en cours de transformation.

Mise en batterie d'un obusier de 75/18 mod.34. Alpini mettant en batterie un obusier de 75/18 mod.34 lors d'un entraînement en janvier 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Alpino réglant le pointage d'un obusier de 75/18 mod.34 en janvier 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Obusier de 75/18 mod.35 en batterie. Le s.ten. Manlio Siddi (second depuis la droite) pose en compagnie de ses camarades devant un obusier de 75/18 mod.35 à Manziana en 1942. Obusier de 75/18 mod.35 en batterie sur le front de l'Est à l'été 1942.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Obusier de 75/18 mod.35 en batterie en Tunisie.

Après l'armistice, 2 groupes de 75/18 de la division Friuli participèrent à la libération de la Corse, tandis que 2 autres groupes du 11° rgt.art.mot. Mantova entrèrent en action à Montelungo en décembre 1943, aux côtés des Américains. Les obusiers de 75/18 mod.34 réutilisés par les Allemands furent rebaptisés 7.5 cm GebH-254 (i) et les mod.35 désignés 7.5 cm FH-255 (i). La Wehrmacht reçut 74 obusiers produits par Ansaldo pendant la période d'occupation.

Les forces armées de la RSI utilisèrent également l'obusier de 75/18 : il équipait certains groupes du rgt.art. de la division Italia et une batterie du I gr.art. Gran Sasso du rgt.art. Littorio de la division homonyme.

Obusier de 75/18 mod.35 du Corpo Italiano di Liberazione à l'été 1944.
Fiche technique
 Obusier de 75/18 mod.34Obusier de 75/18 mod.35
Longueur de la bouche à feu 1557 mm 1557 mm
Longueur totale en batterie 3455 mm (flèche longue)
2805 mm (flèche courte)
-
Voie 1184 mm (en batterie)
884 mm (en position de route)
-
Poids de la bouche à feu 172 kg 172 kg
Poids de la pièce en batterie 780 kg 1065 kg
Équipe de pièce 1 chef de pièce et 6 canonniers 1 chef de pièce et 6 canonniers
Pointage en hauteur : -10° à +65°
en direction : 48°
en hauteur : -10° à +45°
en direction : 50°
Cadence de tir maximale : coups/min
pratique : 6 à 8 coups/min
maximale : coups/min
pratique : 6 à 8 coups/min
Vitesse initiale du projectile 430 m/s 430 m/s
Portée maximale 9500 m 9500 m
Pouvoir de pénétration 40 mm à 1000 m sous une incidence de 90° 40 mm à 1000 m sous une incidence de 90°
Profil d'un obusier de 75/18 mod.34.
(crédits : Aldo Mario Feller)
Obusier de 75/18 mod.35 muni d'un frein de bouche.
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Enrico Finazzer, Italia Storica, 2012
  • OTO Melara 1905-2005, Una grande tradizione verso il futuro, Nicola Pignato, Filippo Cappellano & Achille Rastelli, Mattioli 1885, 2005
  • L'onore dimenticato, I ragazzi della Divisione Livorno, Pier Luigi Villari, IBN Editore, 2013
  • Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005
  • L'ultimo « 75 » dell'artiglieria italiana, Nicola Pignato, Storia Militare n°188, 2009
  • Addestramento dell'artiglieria, Volume I, Addestramento del pezzo, Fascicolo : Obice da 75/18 – Mod. 34, Ministero della Guerra, 1938

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Re: Obusier de 75/18 -- flibust
Sunday, 04 October 2015 06:11
Bonjour
Merci. Il me semble, je dis bien, il me semble voir une sorte d'insigne sur la poche droite. Je ne sais si c'est la photo ou mon imagination.
Roberto
Re: Obusier de 75/18 -- aymeric
Saturday, 03 October 2015 12:39
La légende faisait état d'un entraînement donc ce n'est pas forcément les Balkans.
Re: Obusier de 75/18 -- flibust
Saturday, 03 October 2015 12:25
Bonjour
Dommage. On supposer que le terrain d'opération soit les Balkans. Si c'est le cas, il faudrait voir les unités Alpini qui ont ce type d'artillerie et qui sont présents.
Roberto
Re: Obusier de 75/18 -- aymeric
Saturday, 03 October 2015 06:25
Bonjour Roberto, malheureusement je n'ai pas d'info sur l'unité d'appartenance. La photo provient de l'Archivio Centrale dello Stato qui ne mentionnait que la date de janvier 1941.
Re: Obusier de 75/18 -- flibust
Tuesday, 29 September 2015 17:25
Bonjour
Sur la photo, le soldat porte le chapeau typique des Alpini. De quel unité provient cette photo? Je ne vois pas trop les distinctions.
Cdt
Roebrto

Lu 3871 fois Dernière modification le dimanche, 18 octobre 2015 09:51