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samedi, 17 octobre 2015 15:14

Obusier de 149/19

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Artilleurs à l'entraînement sur un obusier de 149/19 en Sardaigne en juin 1943. Artilleurs à l'entraînement sur un obusier de 149/19 en Sardaigne en juin 1943. AUSSME

Fruit d'une longue gestation qui en fit une arme techniquement très réussie, l'obusier de 149/19 entra en scène trop tard pour supplanter les pièces de la Grande Guerre au sein des régiments d'artillerie de corps d'armée. Sa longue carrière dans l'armée italienne d'après-guerre témoigne de ses excellentes prestations.

Une nouvelle pièce pour l'artillerie de corps d'armée

Le problème du remplacement des pièces d'artillerie de corps d'armée remontant à la première guerre mondiale fut posé dès 1927 par la Commissione Suprema di Difesa. Il s'agissait de palier aux faiblesses du canon de 105/28 et des obusiers de 149/12 et 149/13 alors en dotation dans les régiments d'artillerie de corps d'armée. Les nouvelles armes devaient être aptes à la traction automobile et disposer d'une puissance de feu et d'une portée supérieure à celles de leurs prédécesseurs. C'est en ce sens que fut approuvé le programme Giuria-Bonzani-Gazzera de 1929 visant au renouvellement de l'ensemble du parc d'artillerie.

Concernant le nouvel obusier de 149 mm pour l'artillerie de corps d'armée, la DSSTAM traça les grandes lignes du projet qui devait bénéficier d'une portée minimale de 14 km, d'une élévation de 70° et peser moins de 5,5 tonnes en batterie. Le développement fut confié à deux firmes concurrentes, Ansaldo et OTO, qui présentèrent chacune un prototype en 1933. Cependant, l'obusier de 149/20 Ansaldo et l'obusier de 149/19 OTO furent tous deux rejetés pour leur poids excessif, leur faible manoeuvrabilité et leur temps de mise en batterie élevé. Les deux concurrents modifièrent alors leur conception et supprimèrent le bouclier qui n'avait pas une grande utilité sur une pièce d'artillerie de corps d'armée. Les prototypes furent de nouveau présentés à Nettuno en 1934. L'arme Ansaldo de 149/21, légèrement allongée, termina ses essais en juillet 1935 avec des résultats supérieurs à ceux de la pièce OTO dans tous les domaines, sauf la portée de 14 500 m contre 14 800 m pour son concurrent avec l'obus expérimental de 40 kg. La commission examinatrice demanda à OTO de revoir la conception de l'affût pour que les roues ne soient pas en appui au sol au moment du tir et décida de renvoyer la décision au printemps 1937. OTO présenta la version définitive de son matériel à l'automne 1936 et sortit vainqueur de ce duel de longue halène, lorsque son projet fut homologué en 1937.

Prototype de l'obusier de 149/20 présenté par Ansaldo en 1933. Prototype OTO de l'obusier de 149/19 en 1933, tracté par un Fiat 20B du 1° rgt.art. da costa. Prototype OTO de l'obusier de 149/19 en 1934, avant suppression du bouclier.
Prototype Ansaldo de l'obusier de 149/21 présenté en 1934. Prototype OTO de l'obusier de 149/19 en 1934, après suppression du bouclier. Voiture-affût, voiture-canon et avant-train du prototype de l'obusier de 149/19 OTO.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Prototype OTO de 149/19 équipé d'une plateforme d'appui au sol arborant un camouflage à serpentins inhabituel pour une pièce d'artillerie.
(crédits photo : AUSSME)
Prototype OTO de 149/19 en position de tir en 1937. Les roues sont soulevées.

Description technique

La bouche à feu se composait d'un tube externe et d'une chemise rayée assemblés par frettage à chaud. La chambre était fermée par une culasse à vis à manœuvre rapide. L'étanchéité était assurée par la dilatation d'un anneau en amiante et fibres métalliques entre la culasse et la paroi de la chambre. Le tube était renforcé par deux manchons frettés munis de deux rainures, tout comme la chambre, servant au guidage du tube sur le berceau. Ce dernier, constitué d'une tôle en U fermée par un couvercle dans sa partie haute, portait les secteurs dentés d'élévation et renfermait la glissière. Au centre de la glissière se trouvait le cylindre du frein de recul hydraulique, encadré par les deux récupérateurs hydropneumatiques.

Obusier de 149/19 mod.37 de série. Coupe longitudinale et sections transversales de la bouche à feu. Dessin de la culasse à vis.

Pour assurer la stabilité lors du tir, l'affût reposait sur le sol par le biais d'une plateforme sphérique et la flèche double s'adaptait aux déclivités du terrain. Les bras de flèche en deux parties se terminaient par un caisson de bêche amovible et orientable. Les deux demi-essieux suspendus par des ressorts hélicoïdaux montaient des roues à bandages semi-pneumatiques Celerflex de 1300x280 mm.

Obusier de 149/19 mod.37 en position de tir à l'usine OTO de La Spezia. Obusier de 149/19 en position de tir.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Détail des instruments de pointage et de visée.
(crédits photo : AUSSME)

L'obusier de 149/19 pouvait mettre en œuvre les munitions suivantes :

  • l'obus de 149/19-35-40 mod.32 ;
  • l'obus léger de 149/12-13-19 mod.41 ;
  • l'obus allemand de 149/28 ;
  • l'obus de 149G en acier autarcique adopté en juin 1943 ;
  • l'obus de 149/19G adopté en juillet 1943 ;
  • l'obus à charge creuse de 149 EPS adopté en mai 1943.

Trois versions différentes de l'obusier de 149/19 se succédèrent : le mod.37 dont la traction nécessitait deux voitures, le mod.41 à voiture unique plus avant-train et le mod.42 qui ne nécessitait pas d'avant-train. Les quelques 149/19 mod.41 produits furent portés aux standards mod.42.

Dans tous les cas, la traction automobile ne devait pas dépasser une vitesse de pointe de 25 km/h pour préserver les organes de suspensions. En 1943, des essais furent menés pour transporter l'obusier sur le plateau d'un Dovunque Breda 52.

Obusier de 149/19 mod.41 avec son avant-train. Obusier de 149/19 en position de route à l'usine OTO de La Spezia. Voiture-canon à l'usine OTO de La Spezia.
Transport à titre expérimental d'un obusier de 149/19 sur le plateau d'un Dovunque Breda 52 en 1943.

Production

Une première commande portant sur l'acquisition de 16 exemplaires de présérie fut passée en 1938, mais les premières livraisons n'intervinrent qu'au second semestre 1940. Entre 1938 et 1939, les commandes passées dans le cadre du programme CS 41 comprenaient 632 pièces de 149/19 à livrer avant 1943, réparties à raison de 312 exemplaires pour l'usine Ansaldo-Pozzuoli et 320 pour l'usine OTO de La Spezia. La réalisation des éléments forgés de la bouche à feu était confiée à la société Terni, qui était censée achever ses livraisons en mars 1941.

Cependant, la pénurie d'alliages pour aciers spéciaux à partir de l'automne 1939 ralentit considérablement la réalisation des ébauches, à tel point qu'il fut envisagé de suspendre la production des pièces de gros calibre, dont le 149/19. Cette idée fut finalement écartée et les commandes furent augmentées de 280 pièces de 149/19 pour l'usine Ansaldo et de 480 pièces pour OTO. Malgré ce programme ambitieux qui portait le nombre de pièces de 149/19 commandées à un total de 1392, le prototype restait le seul exemplaire existant au 1er mai 1940.

Le 26 mai 1941, le premier programme d'acquisition fut réduit à 521 pièces au lieu des 636 initialement commandées et le second programme fut annulé dans la foulée. La production en série ne partit véritablement qu'à la fin de l'année 1941, date à laquelle 16 exemplaires avaient été achevés. Au 30 septembre 1942, seuls 147 obusiers de 149/19 étaient sortis des chaînes de montage de l'usine OTO de La Spezia. Le nombre total de pièces produites avant l'armistice du 8 septembre 1943 est estimé à 436, dont 116 sortant de l'usine Ansaldo.

Chaîne de montage des obusiers de 149/19 à l'usine OTO de La Spezia.
(crédits photos : OTO Melara)

Une entrée en ligne tardive

En juin 1943, le Regio Esercito disposait de 20 groupes d'artillerie armés du 149/19, plus 7 autres en cours de transformation. À cause de la lenteur dans sa mise au point, de la pénurie de matière première et du manque de tracteurs d'artillerie TM 40 pour le déployer au front, l'obusier ne connut son baptême du feu qu'en juillet 1943, en Sicile. Il équipait les CLI et CLVIII gr. dépendant du commandement de la 6a A, le CLVII gr. affecté au XII CA et une batterie du XXX gr. sous les ordres du XVI CA. Même s'elles ne purent influer sur l'issue de la batailles, ces unités confirmèrent les excellentes prestations de l'obusier de 149/19, comparable à celles du M1 de 155 mm américain. Sa précision de tir restait très bonne, même à longue portée.

Obusier de 149/19 en batterie en Sardaigne en juin 1943.
(crédits photo : AUSSME)

À la suite de l'armistice du 8 septembre 1943, les obusiers de 149/19 en service dans le 135° rgt.art.cr. de la division Ariete II prirent part aux combats contre la 3. Panzergrenadier-Division à Monterosi, non loin de Rome.

Après l'armistice, les obusiers de 149/19 se trouvant au Sud furent employés par le rgpt.mot. et par le CIL, dont le CLXVI gr. participa à la bataille de Filottrano.

Au Nord, 121 obusiers de 149/19 furent saisis par les Allemands et 13 autres produits pour leur compte. La Wehrmacht le rebaptisa 15 cm sFH-404(i).

Au sein de la RSI, l'obusier de 149/19 équipa le II gr. du rgt.art. de la division Italia, le IV gr.art. da campagna du rgt.art. de la division Littorio, le IV gr.art.TM du rgt.art. de la San Marco, le I gr.art.PC sur la côte ligure et le IX gr.art.PC à Rijeka (ancienne Fiume).

Artilleurs du IV gr. du 2° rgt.art. durant leur période d'entraînement en Allemagn.
(crédits photo : Archivio Viziano)
Obusier de 149/19 du 2° rgt.art. camouflé sous des branchages à Bagni di Vinadio, dans les Alpes.
(crédits photo : Archivio Viziano)
Obusier de 149/19 appartenant probablement au 2° rgt.art. sur le front des Alpes occidentales.

Fin de carrière dans la Guerre Froide

Après-guerre, l'armée italienne récupéra 96 obusiers de 149/19 et les affecta à six groupes d'artillerie constitués entre 1949 et 1952. Pour améliorer la mobilité de l'arme, les bandages semi-pneumatiques furent remplacés par des pneus à chambre autorisant une vitesse de traction de 40 à 50 km/h. Ainsi modifiés, les obusiers prirent les désignations de 149/19 mod.42/50 et mod.41/51. L'adoption de l'obus de 149/19 mod.51 permit d'accroître la portée à 15 350 m. Les excellentes prestations de l'arme conduisirent en 1957 à tester à titre expérimental la modification du tube pour le transformer en 155/23.

La radiation de l'obusier de 149/19 n'intervint qu'en 1974, peu avant l'entrée en ligne du FH-70 de 155/39.

Obusiers de 149/19 attelés à des tracteurs TM 48 après-guerre.
(crédits photo : collection Olivero)
Obusier de 149/19 mod.42/50 tracté par un TM 40 à Bracciano dans les années 1950.
Obusier de 149/19 mod.41/51 en position de marche.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Obusier de 149/19 mod.42/50.
Fiche technique
Longueur de la bouche à feu 3034 mm
Longueur totale en batterie 5900 mm
Poids de la bouche à feu 1610 kg
Poids de la pièce en batterie 6260 kg
Équipe de pièce 1 chef de pièce et 6 canonniers
Pointage en hauteur : -3° à +60°
en direction : 50°
Cadence de tir maximale : 3 coups/min
pratique : 1 coups/min
Vitesse initiale du projectile 597 m/s
Portée maximale 14 200 m
Profil d'un obusier de 149/19.
(crédits : Dariusz Karnas)
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Enrico Finazzer, Italia Storica, 2012
  • Italian artillery of WWII, Enrico Finazzer & Ralph A. Riccio, MMP Books, 2015
  • OTO Melara 1905-2005, Una grande tradizione verso il futuro, Nicola Pignato, Filippo Cappellano & Achille Rastelli, Mattioli 1885, 2005
  • L'esercito italiano nel 1943, Parte 2a, Filippo Cappellano, Storia militare Dossier n°6, 2013
  • Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005
  • Forze armate della R.S.I. Sul confine occidentale, Settembre 1943 – Maggio 1945, Carlo Cucut, Marvia Edizioni, 2009
  • L'obice da 149/19 OTO 1937, Nicola Pignato, Storia Militare n°150, 2006
  • Le artiglierie italiane tra le due guerre, parte 2a, Bruno Benvenuti & Andrea Curami, Storia militare n°17, 1995
  • Obice da 149/19, Materiale e munizioni, Stato Maggiore dell'Esercito, Ispettorato dell'arma di artiglieria, 1959
Pour reproduire cette pièce d'artillerie :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
SMA 1/76 SSP071 Italian 149/19 mod.41 heavy howitzer -

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