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Monday, 22 February 2016 19:31

Obusier de 210/22

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Mise en batterie d'un obusier de 210/22. Mise en batterie d'un obusier de 210/22.

Quoique l'obusier de 210/22 fut adopté officiellement en 1935, il fallut attendre juillet 1941 pour que les batteries qui en étaient dotées soient pleinement opérationnelles, ce qui l'empêcha d'être utilisé contre la ligne Maginot des Alpes en 1940.

Développement et production

Afin de remplacer les pièces d'artillerie lourde à tir en cloche de la Grande Guerre, qui pêchaient par leur manque de mobilité et leur temps de mise en batterie (la préparation du terrain nécessaire avant leur emploi en faisaient presque des pièces de position), l'IAA décida de lancer des études pour la fabrication d'un nouvel obusier de 210 mm en 1928-29 dans le cadre du programme Bonzani-Gazzera.

Le cahier des charges pour cette nouvelle pièce prévoyait notamment un temps de mise en batterie d'une heure environ, une portée minimale de 15 km, de larges secteurs de tirs, la compatibilité avec les munitions du mortier de 210/8 et la possibilité de la tracter en deux voitures de 8 tonnes maximum pour être compatible des capacités du tracteur Breda 32.

Sur les trois projets présentés, ce fut celui de la DSSTAM qui retint l'attention, et dont un prototype fut commandé à l'automne 1932 à l'arsenal Ansaldo de Pozzuoli. En 1929, Ansaldo avait également étudié un obusier de 210 mm long de 16,5 calibres affichant une portée de 15 km avec une vitesse initiale de 635 m/s. De son côté, la société OTO construisit un prototype sur fonds propres, similaire à celui de la DSSTAM, sous le nom d'obusier de 210/21. Réalisée en 12 mois, cette pièce fut testée avant le prototype Ansaldo, dénommé obusier de 210/22. Cependant, c'est ce dernier qui présenta les meilleures caractéristiques et qui fut donc retenu définitivement en 1935.

Étude Ansaldo de 1929 pour un obusier de 210 mm. Modèle en bois de l'obusier de 210/22 étudié par la DSSTAM et construit par Ansaldo à Cornigliano.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Prototype Ansaldo de l'obusier de 210/22 à l'arsenal de Pozzuoli.
(crédits photo : Fondazione Ansaldo)
Prototype de l'obusier de 210/21 proposé par OTO. Essais de tirs nocturnes avec le prototype OTO de 210/21.
Présentation du prototype OTO de 210/21 avec d'autres pièces d'artillerie lourde dont le canon de 149/40 au second plan. Voiture affût de l'obusier de 210/21 OTO. Voiture porte-obusier de la pièce de 210/21 OTO.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Le prototype OTO de 210/21 à l'élévation maximale.

Bien que la pièce Ansaldo ait été préférée à celle proposée par OTO, c'est cette dernière entreprise qui enregistra la première commande pour 12 obusiers de 210/22 passée en 1935. Ansaldo dut attendre 1937 avant de recevoir une commande portant sur 12 pièces également. En 1939, OTO et Terni reçurent une nouvelle commande de 66 obusiers, réduite à 46 en février 1941 à cause du manque de matières premières.

En mars 1940, le Regio Esercito disposait de 16 obusiers de 210/22 mod.35, tandis que 8 autres avaient été vendus à l'armée hongroise, qui le préférait au mortier allemand Krupp de 21 cm M18. Les Hongrois fabriquèrent ensuite 12 autres pièces sous licence OTO légèrement modifiées. En 1942, l'armée italienne reçut 30 obusier de 210/22, et 16 autres en 1943.

Obusier de 210/22 en cours de montage à l'usine OTO de La Spezia. Obusier de 210/22 achevé à l'usine OTO de La Spezia.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Présentation de l'obusier de 210/22 au roi Victor Emmanuel III.
(crédits photo : AUSSME)

Description technique et considérations

L'obusier de 210/22, première pièce d'artillerie lourde à déformation intégralement conçue en Italie, présentait plusieurs solutions innovantes. En position de marche, l'obusier reposait sur 4 roues à bandages semi-pneumatiques lui assurant une bonne mobilité, alors qu'en position de tir, l'affût était abaissé au niveau du sol. Ainsi, l'obusier reposait uniquement sur une plate-forme sphérique dont la surface permettait une nette diminution de la pression exercée sur le sol, évitant de solliciter les suspensions et les roues lors du tir. Une fois les flèches soulevées, l'affût pouvait facilement être orienté sur 360°. Le temps de mise en batterie n'excédait pas 30 minutes.

Obusier de 210/22 en batterie. Obusier de 210/22 en position de tir, culasse ouverte. Obusier de 210/22 conservé à l'usine OTO Melara de La Spezia.
Obusier de 210/22 conservé au sacrario dei caduti d'oltremare de Bari. Le garde-boue unique couvrant les deux roues a certainement été mis en place après guerre.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Obusier de 210/22 conservé au fort Cavalli en Sicile.
(crédits photo : Associazione Arsenale di Messina)
Opération de mise en batterie d'un obusier de 210/22.

Pour les déplacements en terrain plat, l'obusier était décomposé en deux voitures avec avant-train, une de 8245 kg portant la bouche à feu et une pour l'affût pesant 11 030 kg, ce qui était à la limite des prestations du tracteur Breda 32. En montagne, la pièce devait être divisée en quatre attelages à chenilles.

Voiture affût.
(crédits photo : AUSSME)
Voiture affût tractée par un Breda 32.
Voiture porte-obusier et avant-train. Voiture porte-obusier attelée à un Breda 32.
(crédits photo : AUSSME)

La bouche à feu était constitué d'un tube externe et d'une chemise séparables à froid en deux heures directement en unité, sans avoir à envoyer la pièce en atelier. La culasse à vis comprenait 6 secteurs filetés. Le frein hydraulique assurait un recul variable en fonction de l'élévation. Les 2 récupérateurs hydropneumatiques étaient logés dans la glissière percée de 5 chambres cylindriques.

L'affût recevait une flèche double s'adaptant aux déclivités du terrain. L'ancrage sur le terrain était assuré par deux caissons de bêches en liaison pivot à l'extrémité des flèches contenant 7 lames chacun.

L'obusier de 210/22 pouvait mettre en œuvre les munitions suivantes :

  • l'obus de 210/22 mod.35 pesant 101,1 kg ;
  • l'obus de 210 mm pesant 100,5 kg utilisé pour le mortier de 210/8 de la Grande Guerre ;
  • l'obus perforant de 210/22.

L'obusier de 210/22 fut très apprécié par ses utilisateurs. Il était comparable, voire supérieur aux pièces étrangères, comme le Krupp de 21 cm M18, qui pesait une tonne de plus et avait une portée inférieure d'un kilomètre à la pièce italienne, ou encore l'obusier chenillé russe de 203 mm M1931, qui avait des secteurs de tirs plus réduits.

Utilisation opérationnelle

La première unité à être équipée d'obusiers de 210/22, le LXXIII gr.art.A, fut constituée auprès du rgt.art.pes. de Vérone en septembre 1940. Cependant, ce groupe fut privé de tracteur jusqu'en 1941. Cette même année, une nouvelle batterie de 210/22 fut constituée auprès du rgt.art.pes. de Turin.

Le LXXIII gr.art.A fut la seule unité de 210/22 à être employée en opération. Le 8 avril 1941, il fut déployé dans le secteur de Cossana-San Pietro del Carso (les actuelles Košana et Pivka en Slovénie) contre la Yougoslavie, mais dut rester stationné dans la zone de déploiement initiale de la 2a A jusqu'en juin faute de véhicules de transport.

Obusier de 210/22 à l'école d'artillerie de Nettuno. Obusier de 210/22 déployé dans le secteur de San Pietro del Carso (actuelle Pivka) au printemps 1941.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Encadré au sein du rgpt.art.A, le LXXIII gr.art.A sur 3 batteries (176a, 177a et 178a) de 4 obusiers chacune fut envoyé sur le front russe où il arriva le 4 août 1942 par le train en gare de Nikitovka. Lors du transport sur la ligne de front distante de 200 km en trois étapes par la route à une vitesse moyenne de 10-12 km/h, les avant-trains des voitures affûts et porte-obusiers furent sujets à des ruptures mécaniques qui nécessitèrent une semaine de réparation en atelier mobile. En septembre, les 3 batteries furent réparties entre les LXXIII, XXXI et XXXIV gr.art.A qui devinrent mixtes (149/40 et 210/22). Le baptême du feu de la 176a btr. eut lieu les 26 et 27 septembre. Après avoir été déployées dans le secteur du Don le 14 décembre 1942, les batteries de 210/22 furent abandonnées le 19 de ce mois lors de l'offensive soviétique.

Obusiers de 210/22 et Breda 32 abandonnés dans le secteur d'Arbouzovka en décembre 1942. Une unité soviétique équipée de GAZ-M1 inspecte une pièce de 210/22 abandonnée vers Arbouzovka en décembre 1942.

La dernière unité créée avant l'armistice du 8 septembre 1943 fut le LXXIV gr.art.A, constitué auprès du dépôt du rgt.art.pes. d'Alexandrie.

Entre 1943 et 1944, les troupes allemandes reçurent 22 pièces de 210/22, que la Wehrmacht connaissait sous la dénomination 21 cm H 520(i).

À partir de 1948, l'armée italienne eut la possibilité de reconstituer ses régiments d'artillerie lourde. Mais ce n'est qu'en 1952 que fut formé le V gr. d'obusiers de 210/22 au sein du rgt.art.pes. à Trente. L'obusier ne fut radié des effectifs de l'Esercito qu'en 1969.

Fiche technique
Longueur de la bouche à feu 5010 mm
Longueur totale en batterie 6200 mm
Voie 2250 mm
Poids de la bouche à feu 4755 kg
Poids de la pièce en batterie 15 885 kg
Équipe de pièce 1 chef de pièce et 9 canonniers
Pointage en hauteur : 0° à +70°
en direction : 75°
Cadence de tir maximale : 2 à 4 coups/min
pratique : 1 coups/2 min
Vitesse initiale du projectile 560 m/s
Portée maximale 15 455 m
Profil de l'obusier de 210/22.
(crédits : Dariusz Karnas)
Sources :
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
  • Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Enrico Finazzer, Italia Storica, 2012
  • Italian artillery of WWII, Enrico Finazzer & Ralph A. Riccio, MMP Books, 2015
  • OTO Melara 1905-2005, Una grande tradizione verso il futuro, Nicola Pignato, Filippo Cappellano & Achille Rastelli, Mattioli 1885, 2005
  • L'Esercito Italiano nel 1943, Parte 1a, Filippo Cappellano, Storia Militare Dossier n°5, 2012
  • L'Esercito Italiano nel 1943, Parte 2a, Filippo Cappellano, Storia Militare Dossier n°6, 2013
  • L'obice da 210/22 mod.35, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Storia Militare n°171, 2007
  • Obice da 210/22 Ansaldo mod.935, GITAR, Gruppo Italiano Armamenti
  • Photoscope sur le site Maquetland
Pour reproduire cette pièce d'artillerie :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
SHQ 1/76 FBG100 WWII Italian Obice da 210/22 modello 35 -

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