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samedi, 25 février 2017 10:22

Pavesi P4

Ecrit par 
Tracteur PC 30A doté de pneus Pirelli Sigillo Verde en Afrique du Nord Tracteur PC 30A doté de pneus Pirelli Sigillo Verde en Afrique du Nord collection Claudio Pergher

Né comme tracteur agricole au lendemain de la Grande Guerre, le Pavesi P4 joua un rôle fondamental dans la motorisation de l'artillerie italienne jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale.

Aux origines du tracteur à châssis articulé

Dès 1913, la société La Moto Aratrice Pavesi-Tolotti lança le développement d'un véhicule radicalement nouveau. Bien que les études furent ralenties durant la Grande Guerre pour donner la priorité à la production des tracteurs d'artillerie type A et B, la société Pavesi-Tolotti devait se préparer à la reconversion du marché au lendemain de l'armistice. Ainsi, dans les premiers mois de l'année 1918, Pavesi-Tolotti débuta la production d'un nouveau tracteur agricole à châssis articulé, désigné aratrice P4. Il se caractérisait par ses 4 roues motrices et directrices et un châssis composé de 2 trains articulés. Le braquage était obtenu par la variation angulaire entre ces deux trains, ce qui permettait d'obtenir un rayon de braquage très court. Les essieux de chacun des trains étant fixes, les roues pouvaient présenter un grand diamètre sans nuire au braquage puisqu'elle restaient toujours parallèles aux longerons du cadre soutenant l'essieu.

Les essais du tracteurs P4 menés durant l'été 1918 dans la campagne romaine firent sensation, le véhicule présentant d'excellentes capacités d'évolution sur terrain accidenté et une bonne adhérence même sur un terrain boueux. Cencelli et Lotrionte, dans leur publication Le Macchine Agricole parue en 1919, le baptisèrent même « tracteur acrobate ». Les essais sur route démontrèrent sa capacité à tracter deux remorques d'une charge totale de 15 t à la vitesse de 8 km/h.

Aratrice P4 de la première série produite à partir de 1918. Essai sur route de l'aratrice P4 série 1.
L'aratrice P4 série 2 introduisait un capot moteur partiel. La troisième série de l'aratrice P4 présentait un capot complet et une ébauche de garde-boue à l'avant.

Le tracteur P4 fut présenté officiellement à Milan le 6 décembre 1918, puis à Paris. Construit sous licence en France par la Société Auxiliaire Agricole sous le nom d'Agrophile-Pavesi, il suscita l'intérêt de l'armée française qui en acquit un exemplaire pour évaluation.

Évaluation du tracteur Agrophile-Pavesi par l'armée française en décembre 1921 à Satory avec un canon Schneider de 155 C modèle 1917 et une remorque.
(crédits photos : BNF)

Proposé avec trois motorisations (15/20 ch pour le P4, 40 ch pour le P4M et 25 ch pour le P4S), le tracteur fut produit jusqu'à la fin des années 1930 pour l'usage agricole par La Motomeccanica Brevetti Ing. Pavesi, nouvelle raison sociale de Pavesi-Tolotti.

Photos d'usine de l'aratrice P4M produite par La Motomeccanica. Aratrice P4 utilisée comme chasse-neige.

Le Regio Esercito évalua également le P4, effectuant notamment des essais de halage du canon de 75/27 mod.11 et de l'obusier de 149/12 mod.14. Cependant, le tracteur ne fut pas adopté par l'armée, surtout du fait des difficultés financières au lendemain de l'armistice et du vaste parc automobile hérité de la Grande Guerre. Au milieu des années 1930, l'armée testa une version du P4M dotée de pneus, sans la retenir.

Essai de halage d'un obusier de 149/12 mod.14 par une aratrice P4 série 3.
Aratrice P4M équipée de pneus évaluée par le Regio Esercito au milieu des années 1930.

Du modello leggero au mod.25

Malgré le rejet du tracteur agricole P4 par le Regio Esercito, Ugo Pavesi restait convaincu que sa machine pouvait trouver une application militaire. C'est en ce sens qu'il développa le tracteur P4 modello leggero, qui conservait l'architecture du tracteur agricole tout en introduisant deux sièges sur le cadre arrière et de nouvelles roues à rayons. Outre la roue à bande de roulement métallique striée équipant le P4 agricole, le modello leggero pouvait monter des roues à tampons de caoutchouc ou cerclées d'un bandage plein et dotées de bêches métalliques rabattables.

P4 modello leggero équipé de roues à bande de roulement métallique. Ce P4 modello leggero testé par l'armée espagnole est doté de roues à tampons de caoutchouc et bêches rabattables. P4 modello leggero présentant des roues à bandage plein et bêches rabattables.

Le modello leggero était étudié pour le halage de pièces d'artillerie d'un poids de 1200 à 3500 kg ou de remorques pesant jusqu'à 10 t. Il était propulsé par un moteur à 2 cylindres de 30 ch. L'armée italienne n'ayant pas encore les moyens d'en faire l'acquisition, il fut vendu à l'étranger à partir de 1922, notamment à l'Espagne qui en acheta 30 exemplaires en 1923, 6 en 1924 et 24 en 1925.

P4 modello leggero évalué par l'Esercito pour haler un canon de 75/27 mod.11. P4 modello leggero de l'armée espagnole tractant un canon Schneider de 155 C modèle 1917.
(crédits photo : collection F. Cappellano)

Malgré le manque de fonds, en avril 1920, Ivanohe Bonomi, ministre de la guerre, émit une ordonnance prévoyant que l'ensemble des 15 régiments d'artillerie lourde de campagne passent à la traction mécanisée. Les 27 régiments d'artillerie de campagne devaient pour l'heure se contenter de la traction animale. Dans un premier temps, il fut question de motoriser l'artillerie lourde avec les camions Fiat 18 BL et BLR. Cependant, si leur utilisation sur route donnait satisfaction, il en allait tout autrement en tout terrain. Finalement, en 1923, avec la création de l'UTSA, l'armée italienne décida de se doter d'un tracteur spécialement conçu pour le halage de l'artillerie lourde de campagne.

Le 3 avril 1923, le ministère de la guerre lança un appel d'offres pour un tracteur à adhérence totale capable de haler une charge de 3000 kg en tout terrain et 5000 kg sur route à une vitesse minimale de 18 km/h. Malgré les primes de 200 000, 100 000 et 50 000 lires promises aux entreprises arrivant aux 3 premières places de l'appel d'offres, seule la Motomeccanica participa avec son P4 modifié, baptisé modello pesante. Il se distinguait par une carrosserie complète sur les deux trains, l'ajout de garde-boue et les 6 places assises sur le cadre arrière. Fiat aurait également dû proposé un tracteur à châssis rigide, mais il n'était pas prêt pour la réunion de la commission le 26 juin 1924.

Essai de franchissement avec le premier prototype du P4 modello pesante.

L'évaluation du P4 modello pesante eut lieu entre le 27 juin et le 1er août 1924 dans la région de Turin. Ugo Pavesi mit à disposition deux exemplaires, l'un avec éclairage électrique et l'autre à l'acétylène. Les essais de halage furent menés avec des charges de 3 et 12 t, représentées par une pièce d'artillerie et des remorques. La seconde phase d'évaluation permit de juger des qualités de l'engin en montagne avec le franchissement des cols du Mont-Cenis (2083 m), du Montgenèvre (1850 m), de Sestrières (2035 m) et du Petit Saint-Bernard (2188 m). La commission d'évaluation jugea très favorablement le véhicule, et la société d'Ugo Pavesi empocha les 350 000 lires promises aux 3 premiers candidats.

L'exemplaire du P4 modello pesante à éclairage électrique présenté au concours de 1924. Le pilote d'essai Stocco lors de l'évaluation du P4 modello pesante à éclairage électrique. Les deux exemplaires du P4 modello pesante lors des essais d'évaluation de 1924.
L'exemplaire doté de phares à l'acétylène lors d'un essai de halage d'un obusier de 149/12 mod.14. Au centre de la photo, on aperçoit Ugo Pavesi en discussion avec le duc d'Aoste. Cette photo du P4 modello pesante montre que le phare à l'acétylène a été déplacé sur le garde-boue.

Une année s'écoula avant que ne soit présenté pour évaluation définitive un tracteur prenant en compte les recommandations de la commission, notamment la modification de la forme des bêches. En 1925, le P4 modello pesante (ensuite désigné CM pour Costruzione Motomeccanica, de manière à le différencier des exemplaires produits par Fiat-SPA) fut homologué pour servir dans l'armée sous l'appellation de trattore pesante campale modello 25 et commandé à 45 exemplaires à la Motomeccanica. La production fut suivie par une commission technique du Comando di Artiglieria di Corpo d'Armata de Milan pour s'assurer que les modifications demandées par les militaires soient bien prises en compte. Les véhicules furent distribués à quelques régiments d'artillerie lourde de campagne entre 1925 et 1926.

Moteur quatre cylindres du P4 CM. Châssis du trattore PC mod.25 de présérie. Remarquez la forme des bêches. L'angle inhabituel de cette photo du châssis du trattore PC mod.25 permet de voir les essieux et la suspension par ressorts hélicoïdaux.
L'ingénieur Ugo Pavesi à côté d'un PC mod.25 de présérie avec phares à l'acétylène. Remarquez les arceaux de soutien de la capote sur le train arrière. Essais d'un PC mod.25 de présérie sur terrain accidenté.
Essais d'un PC mod.25 de présérie sur terrain enneigé. Exemplaires de présérie du PC mod.25 devant l'usine Motomeccanica. Tracteur PC mod.25 dans sa configuration définitive. Les phares électriques de part et d'autre de la calandre ont été supprimés.

L'armée espagnole fit également l'acquisition de tracteurs mod.25.

P4 modello leggero à gauche et mod.25 à droite défilant dans les rues de Saint-Sébastien avant la guerre civile espagnole.
(crédits photo : Kutxa fototeca)

Pavesi mod.26, le début de la production en grande série

Suite aux excellents résultats obtenus avec les mod.25 en unité, le ministère de la guerre décida en 1926 de commander 1000 exemplaires à livrer en 4 ans. Étant données les capacités de production limitées de la Motomeccanica, c'est SPA, appartenant au groupe Fiat, qui fut choisi par l'armée pour honorer la commande. À partir de là, la production du P4 fut scindée en deux : la Motomeccanica conserva le brevet pour les tracteurs agricoles et le groupe Fiat acheta celui pour les véhicules militaires.

Vues de 3/4 avant du tracteur PC mod.26 doté de phares à l'acétylène. Vue de côté du tracteur PC mod.26. Le phare n'est pas monté sur le garde-boue avant.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)
Vue arrière du tracteur PC mod.26. La mise en place de housses sur les sièges n'était pas fréquente.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)

Le tracteur produit par SPA, désigné mod.26, introduisait quelques évolutions par rapport au mod.25. La capote imperméable soutenue par des arceaux, qui ne couvrait que le train arrière sur le mod.25, fut étendue au train avant. Les garde-boue arrière en tôle furent profilés pour accueillir les outils des servants.

Plan de la carrosserie du tracteur PC mod.26 daté d'avril 1927. Vue arrière montrant la disposition des arceaux. Vue arrière du PC mod.26 bâché. Remarquez la forme des garde-boue arrière.

Sur la plate-forme arrière prenaient place les 6 sièges pliables des servants organisés en trois rangées, orientées vers l'avant pour les deux premières et vers l'arrière pour la dernière. Sous la plate-forme était aménagé un coffre, tandis que la paroi antérieure abritait deux caissons.

Le radiateur monobloc fut remplacé par un modèle démontable à sept éléments de quarante tubes chacun, pour un volume total de 25 litres. L'ensemble était suspendu élastiquement par des anneaux de caoutchouc. Le ventilateur à quatre pales en aluminium, outre son rôle de refroidissement du radiateur, devait également évacuer l'air chaud qui s'accumulait sous le capot, aucune séparation n'étant prévue entre le moteur et l'habitacle pour protéger l'équipage.

Le carburant était stocké dans deux réservoirs : le principal, de 75 litres, était situé entre les deux sièges du train avant, tandis que l'auxiliaire de 30 litres, de forme cylindrique, situé sur le moteur, alimentait le carburateur par gravité. Pour limiter les coûts de fonctionnement, l'essence pouvait être remplacée par du pétrole, du benzène ou du gazole dans le réservoir principal grâce à l'utilisation d'un dispositif de pré-chauffage du combustible par les gaz d'échappement dans le collecteur d'alimentation. Cet échangeur ne pouvant fonctionner qu'avec des gaz chauds, l'utilisation d'essence était obligatoire au lancement. Pour cette raison, le réservoir auxiliaire ne pouvait contenir que de l'essence. Il fallait attendre au moins 10 minutes pour passer à une alimentation au pétrole, la sélection du carburant étant assurée par un levier au tableau de bord. Cette souplesse d'utilisation du moteur n'avait d'intérêt qu'en le faisant fonctionner à régime et couple quasi constants pour assurer une évaporation correcte et maîtrisée. Si une telle utilisation est vraisemblable sur un tracteur agricole, elle est illusoire sur un véhicule militaire, et le dispositif fut supprimé sur les versions suivantes.

Il est donc inexact de dire que le moteur était polycarburant. Il s'agissait d'un groupe essence type P4/100 à quatre cylindres verticaux, à quatre temps et soupapes en tête. Le carter était en acier moulé, tandis que cylindres et pistons étaient en fonte spéciale.

Vue en coupe du moteur quatre cylindres type P4/100. Vue avant du châssis montrant le radiateur et le réservoir auxiliaire cylindrique.

Le bloc moteur était solidaire du carter en acier moulé regroupant l'embrayage, la boîte de vitesse à 4 rapports plus marche arrière, le réducteur et le différentiel avant. Le mouvement était ensuite transmis à chaque roue avant via un demi-arbre au moyen d'un pignon engrenant sur une grande couronne dentée solidaire du moyeu, ces engrenages étant protégés dans un carter hermétique.

La transmission aux roues arrière se faisait via un arbre tubulaire télescopique relié par deux cardans à l'arbre secondaire de la boîte et au différentiel arrière. Chaque différentiel était muni d'un dispositif de blocage qui ne pouvait être actionné qu'à l'arrêt. La suspension était assurée par huit ressorts hélicoïdaux, soit deux par roue.

Vue de dessus du châssis montrant l'agencement des principaux organes de la transmission.
(crédits photo : Archivio Fiat)
Vue de côté du châssis mettant en évidence l'arbre de transmission téléscopique.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)
Schéma général de la transmission.

Sur les roues à 30 rayons d'acier, le bandage plein du mod.25 fut remplacé par un bandage semi-pneumatique de mêmes dimensions, soit 1160x150 mm. Pour améliorer l'adhérence sur terrain meuble, chaque roue disposait de dix bêches montées sur charnières. Elles étaient rabattues à l'intérieur de la jante pour la marche sur route et sorties sur la bande de roulement en cas de besoin. Des crochets à ressort permettaient de bloquer les bêches dans ces deux positions. La manœuvre des quarante bêches pouvait être réalisée en 2 minutes par quatre hommes. En plus des bêches, d'autres dispositifs d'adhérence pouvaient être montés sur la bande de roulement comme des patins.

Schéma de la roue montrant les deux positions des bêches et leur système de blocage. Roue équipée de patins d'adhérence.

Un treuil actionné par l'arbre primaire de la boîte de vitesse était emménagé sur l'arrière droit du train avant. Il avait une capacité de 5000 kg (ou près du double avec la poulie de renvoi) et son tambour permettait de loger un câble d'acier de 36 m de long. Nouveauté du mod.26, une chèvre d'une capacité de 1500 kg pouvait être montée sur le cadre du train arrière.

Schéma de la chèvre pouvant être montée sur le cadre arrière. Mise en oeuvre de la chèvre pour soulever un tracteur Caterpillar.

Initialement, les tracteurs mod.26 étaient équipés de deux phares à l'acétylène montés sur les garde-boue avant et d'une lampe à pétrole fixé sur le garde-boue avant gauche. Cependant, ils étaient tous pré-équipés pour l'utilisation de phares électriques, qui remplacèrent progressivement ceux à l'acétylène.

Phare à l'acétylène et lampe à pétrole équipant initialement les tracteurs PC mod.26. Tracteur PC mod.26 équipé de phares électriques.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

L'architecture générale à châssis articulé reposait toujours sur le même modèle que celle du tracteur agricole P4. Le train avant comprenait un cadre à deux longerons d'acier et trois traverses, la traverse postérieure cintrée en arc de cercle recevant une crémaillère, en vis-à-vis de celle de la traverse antérieure du train arrière. Le cadre de ce dernier était formé de deux longerons et quatre traverses. Les deux crémaillères engrenaient sur un pignon en liaison pivot sur une barre de liaison reliée au centre de chaque essieu. Ainsi, les deux trains pouvaient se déplacer dans le plan horizontal et autour de l'axe longitudinal du véhicule, permettant aux quatre roues de rester en contact avec le sol même en terrain accidenté.

Angle de braquage maximal lorsque les deux trains sont dans le même plan.
(crédits : Aldo Mario Feller)
Angle maximal entre les deux trains autour de l'axe longitudinal.
(crédits : Aldo Mario Feller)

Les premiers exemplaires du tracteur mod.26 furent livrés au début de l'année 1928 et équipèrent progressivement les écoles d'artillerie puis les régiments d'artillerie lourde de campagne à raison de cinq exemplaires par batterie, dont un de réserve. Outre l'artillerie, le tracteur mod.26 équipa également les unités du génie pour le transport des ponts flottants.

Tracteur PC mod.26 sortant de l'usine SPA en 1928. Essais de tracteurs PC mod.26 en terrain accidenté.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Halage d'un obusier de 149/12 mod.14 avec avant-train.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Défilé de tracteurs PC mod.26 à Reggio Emilia en 1928.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Essais menés par l'Ispettorato Tecnico Automobilistico à Turin en mars 1929. On reconnaît un Fiat 3000 à gauche et un Morris type D à droite.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez).
Malgré ses qualités d'évolution en tout terrain, le Pavesi n'échappait pas aux règles de la pesanteur ! Turin, mars 1929.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Train routier composé de douze tracteurs mod.26 empruntant la montée vers Superga. Tracteurs PC mod.26 halant des obusiers de 149/13 lors du défilé concluant les grandes manoeuvres de 1937 en Sicile.
(crédits photo : AUSSME)
Entretien du moteur d'un tracteur PC mod.26.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteurs PC mod.26 dans le secteur de Pesaro en 1938.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteurs PC mod.26 participant au défilé du 9 août 1939 à Turin à l'issue des grandes manoeuvres.
(crédits photo : AUSSME)
Tracteurs PC mod.26 du génie tractant des éléments de ponts flottants.
(crédits photo : collection Stefano Carletti)

Pavesi mod.30

Entre 1930 et 1931, de nouvelles modifications donnèrent naissance au Pavesi mod.30. L'une des évolutions les plus importantes concernait l'adoption d'un carburateur horizontal Zenith 42 TTV alimenté uniquement avec de l'essence, qui permettait d'augmenter la puissance de 52 à 57 ch et autorisait le fonctionnement du moteur à une inclinaison maximale de 45°. Autre modification notable, un dispositif permettant de désengager les roues arrière de la transmission fut ajouté, permettant de passer d'une configuration 4x4 à 4x2.

L'introduction d'un nouveau type de réservoir auxiliaire abaissé permit d'améliorer la visibilité du conducteur, moyennant une réduction de la capacité qui passait de 30 à 26 litres. Enfin, on peut mentionner le renforcement du marchepied postérieur.

Vues de profil, frontale et de 3/4 arrière du tracteur PC mod.30 pointant les évolutions par rapport au mod.26.
Vue de dessus du châssis du tracteur PC mod.30. Tracteur PC mod.30 à Trieste.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteurs PC mod.30 halant des obusiers de 100/17 mod.14.

Pavesi mod.30A

Après la livraison des 1000 tracteurs mod.26 et 30, une troisième série vit le jour, le Pavesi mod.30A, produit à partir de 1934. Pratiquement identique à la précédente extérieurement, cette ultime série introduisit l'éclairage électrique d'origine, alimenté par une dynamo.

Vue de côté du tracteur PC mod.30A.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)
Vue de côté du tracteur PC mod.30A bâché.
Vue arrière du tracteur PC mod.30A.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)
Vue arrière du tracteur PC mod.30A bâché.
(crédits photo : Museo Storico della Motorizzazione Militare)
Évolution de la calandre des tracteurs mod.26, 30 et 30A.
(crédits : Aldo Mario Feller)

À partir de 1938 fut expérimentée une nouvelle roue à jante montant des pneus pour l'utilisation en terrain désertique, la surface de contact au sol des roues à bandages semi-pneumatiques étant trop faible. Lors des essais menés en Libye en mai 1938, les pneus Artiglio montés sur des jantes en tôle donnèrent des résultats mitigés. Ils furent ensuite remplacés par des pneus Pirelli Sigillo Verde de grand diamètre montés sur des jantes moulées type artillerie qui donnèrent satisfaction grâce à la faible pression exercée au sol.

Essai de halage d'un canon de 105/28 par un PC mod.30A équipé de pneus type Artiglio en 1938. Les essais menés en Libye en mai 1938 montrèrent que les roues d'origine à bandage semi-pneumatique n'étaient pas adaptées au désert.
(crédits photo : collection Filippo Cappellano)
Malgré l'utilisation de pneus Artiglio, le tracteur s'enfonçait encore nettement dans le sable comme le montrèrent les essais de halage du canon de 105/28 en mai 1938. La solution fut finalement trouvée avec l'adoption de pneus Pirelli Sigillo Verde de grand diamètre.
(crédits photo : Archivio Fiat)

En septembre 1937, on recensait 2300 Pavesi mod.26, 30 et 30A déjà livrés aux unités du Regio Esercito et 270 autres en commande. Leur production prit fin en 1938. Au sujet de leur désignation, il faut noter que les documents Fiat-SPA en parlent comme Trattore Pavesi Tipo P4-100 Modello PC 26, 30 et 30A (PC signifiant Pesante Campale).

Tracteur PC 30A du 10° rgt.art.CA.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Halage d'un canon de 105/28 avec un PC 30A à Albanella.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteurs PC 30A défilant à Naples le 9 mai 1939.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Véhicules dérivés

Au cours des années 1930, plusieurs tentatives virent le jour pour transformer le Pavesi PC en tracteur polycarburant. Le moteur à faible taux de compression P4M-H développé par la firme suédoise KJE Hesselmann fit l'objet d'intenses tractations entre 1931 et 1933, qui échouèrent pour des difficultés d'ordre administratif. Des essais furent en revanche menés, toujours entre 1931 et 1933, avec un moteur Pavesi transformé selon le système Bagnulo, mais les résultats furent décevants. La dernière expérience dans le domaine concerna un tracteur mod.26 équipé d'un gazogène au charbon de bois proposé par Fiat. Aucun de ces modèles ne fit l'objet d'une utilisation opérationnelle.

Expérimentation d'un gazogène au charbon de bois sur un tracteur PC 26.
(crédits photo : Archivio Fiat)

Probablement en 1932, Ugo Pavesi réalisa deux prototypes sur la base d'un PC 26. Sur le premier, les grandes roues à rayons étaient remplacées par quatre bogies chenillés de deux galets porteurs chacun, tandis que la carrosserie restait inchangée.

Le second prototype à quatre bogies composé chacun de deux roues à pneus de faible diamètre présentait en revanche une carrosserie entièrement revue et un châssis abaissé. Il était vraisemblablement destiné au marché civil, mais aucun de ces deux modèles ne dépasse le stade du prototype.

Le prototype à bogies chenillés conservant la carrosserie du PC 26. Le prototype à bogies dotés de roues à pneu adoptait une nouvelle carrosserie.

Enfin, le P4 donna naissance à un camion à cabine métallique fermée avec une capacité de charge de 1500 kg sur le train arrière. L'aménagement fut réalisé par la société SAPAV de Pinerolo.

Camion à cabine fermée réalisé par la société SAPAV.

Les Pavesi au front

Le baptême du feu des tracteurs Pavesi survint lors de la campagne d'Éthiopie, pour laquelle 165 exemplaires furent envoyés sur le front Nord et 90 sur front Sud. Ils furent principalement utilisés pour tracter des pièces de 105/28 et de 149/12 de l'artillerie de corps d'armée, mais aussi des obusiers de 100/17 mod.14 de l'artillerie divisionnaire, faute de tracteur léger à disposition.

Remorques porte-munitions attelées à des tracteurs Pavesi PC franchissant un cours d'eau en Éthiopie.
(crédits photo : fondo Bandi)
Tracteur PC 26 progressant sur une piste éthiopienne.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteur PC 26 franchissant une rivière à gué en Éthiopie.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteur PC 30A à Adoua. Colonne de PC 30A tractant des remorques porte-munitions sur les hauts-plateaux éthiopiens, dans la région de Hauzien. Tracteur PC 30A armé d'une mitrailleuse Schwarzlose en Éthiopie.

Lors de la guerre civile espagnole, les Pavesi PC gagnèrent en nombre la péninsule ibérique dans les rangs du CTV. Les chiffres sont très discordants à ce sujet : si un document du ministère espagnol des affaires étrangères en recense 153 en mai 1938, les sources italiennes parlent d'un total de 375 exemplaires cédés au gouvernement espagnol.

Artilleurs attelant un obusier de 149/12 à un tracteur PC du CTV. Tracteur PC 26 du CTV abandonné, probablement durant la bataille de Guadalajara.
Tracteur PC 30A du CTV. Tracteurs PC du CTV défilant dans les rues d'Alicante à la fin de la guerre civile.
(crédits photo : collection Filippo Cappellano)

Malgré leur âge, les Pavesi furent largement employés sur tous les fronts de la seconde guerre mondiale. En Libye, le 20° rgt.art.CA disposait de 130 tracteurs Pavesi en mars 1940, dont 25 dotés de roues à pneus. Le Pavesi se révéla particulièrement utile sur les terrains boueux du front greco-albanais, où 228 exemplaires étaient stationnés en mai 1941. Sur le front russe, il eut l'occasion de servir comme dépanneuse pour les véhicules embourbés.

Artilleurs de la GaF attelant un obusier de 100/17 mod.14 à un tracteur PC 30 dans le secteur de Bardonecchia. Tracteur PC camouflé sur la route menant au col du Mont-Cenis en juin 1940.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Tracteur PC 30 halant un obusier de 100/17 mod.14 dans les Alpes en juin 1940.
(crédits photo : AUSSME)
Tracteur PC 30 sur le front greco-albanais.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Colonne de tracteurs PC 30A halant des canons de 105/28 sur une route grecque en 1941.
(crédits photo : collection Claudio Zannier)
Tracteurs PC 30A défilant à Athènes en mai 1941. On reconnaît des Bianchi Miles au second plan.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Défilé dans les rues de Tripoli en mars 1941. Les tracteurs PC 30A halant des canons de 105/28 sont suivis par des Fiat 626.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Tracteur PC 30A abandonné sur la route de Bardia en 1941 avec deux remorques Arato de 4 tonnes utilisées pour le transport d'eau potable. Tracteur PC 30A à pneus Pirelli Sigello Verde halant un canon de 105/28 dans le désert libyen.
Tracteurs PC franchissant un pont du génie sur le front russe.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Tracteur PC 26 tirant une remorque porte-munitions en Ukraine à l'automne 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Tracteur PC 30A dégageant un camion embourbé sur le front russe en décembre 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)

Malgré les pertes, on recensait 2015 exemplaires de Pavesi PC au 1er mars 1942 et 1599 au 30 avril 1943. Après l'armistice du 8 septembre 1943, la Wehrmacht réquisitionna une partie des Pavesi encore en état de marche.

Tracteurs PC 30A à pneus Pirelli servant dans la Wehrmacht en 1945. Tracteur PC 30A capturé par les troupes américaines en 1944.
(crédits photo : Rudy Pavel via Daniele Guglielmi)

Durant l'après-guerre, bon nombre des Pavesi survivants, remplacés dans l'Esercito par le TM 40, commencèrent une seconde carrière dans le civil.

Fiche technique
 Mod.26Mod.30A
Longueur 4100 mm 4115 mm
Empattement 2420 mm 2420 mm
Largeur 2050 mm 2050 mm
Voie avant / arrière 1565 / 1565 mm 1565 / 1565 mm
Hauteur 1850 mm (sans bâche)
2400 mm (avec bâche)
1850 mm (sans bâche)
2400 mm (avec bâche)
Garde au sol 480 mm 480 mm
Poids à vide 4680 kg 4780 kg
Équipage 8 8
Charge utile 1000 kg 1000 kg
Charge tractable maximale 3800 kg 3800 kg
Configuration d'essieux 4x4 4x4
Moteur Type P4/100 : 4 cylindres de 4712 cm3, développant 52 ch à 1500 tr/min Type P4/100 : 4 cylindres de 4712 cm3, développant 57 ch à 1800 tr/min
Vitesse maximale 22 km/h sur route 22 km/h sur route
Autonomie 280 km sur route 265 km sur route
Emport en carburant 75 + 30 L 75 + 26 L
Plan 4 vues du tracteur PC 30A.
(crédits : Aldo Mario Feller)
Tracteur PC 30A du CTV.
(crédits : Julio Lopez Caeiro)
Sources :
  • Gli Autoveicoli tattici e logistici del Regio Esercito Italiano fino al 1943, tomo primo, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2005
  • Gli Autoveicoli tattici e logistici del Regio Esercito Italiano fino al 1943, tomo secondo, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2005
  • Gli Autoveicoli del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Nicola Pignato, Storia Militare, 1998
  • Ruote in divisa, I veicoli militari italiani 1900-1987, Brizio Pignacca, Giorgio Nada Editore, 1989
  • Le macchine di Pavesi, le trattrici, i trattori, i rimorchi, Claudio Pergher, GMT, 2002
  • 85 anni di camion militari Fiat, Carlo F. Zampini Salazar, Stige Editore, 1987
  • Etiopia 1936-1940, Le operazioni di polizia coloniale nelle fonti dell'esercito italiano, Federica Saini Fasanotti, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2010
  • Motores en guerra, Guerra civil española, Josep M.a Mata Duaso, Susaeta, 2012
  • Las tres batallas de Guadalajara, Artemio Mortera Pérez, Alcañiz Fresno's Editores, 2007
  • VIII Settore G.A.F., Il Vallo Alpino nella conca di Bardonecchia, Pier Giorgio Corino, Elena Morea Editore, 2007
  • Italian artillery of WWII, Enrico Finazzer & Ralph A. Riccio, MMP Books, 2015
  • Uso e manutenzione, Trattore Pavesi mod.1926 (Tipo P4-100), Fiat
  • Istruzione sul servizio automobilistico, Volume I, Descrizione, manutenzione ed impiego dei mezzi automobilistici, Allegato VI – Trattore pesante campale « 26 » e « 30 », Ministero della Guerra, 1932
  • Usage et entretien du tracteur Pavesi P4 (Types P4-100 et P4-110), Fiat, 1931
Pour reproduire ce véhicule :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
GB Modelli 1/72 72030 Trattore Pavesi P4 100 Mod.30A -
GB Modelli 1/72 72031 Trattore Pavesi P4 100 Mod.30A con ruote pneumatiche -
CRI.EL Model 1/35 R100 Trattore Pavesi 30 -
Plusmodel 1/35 449 Artillery tractor Pavesi P4/100-30A -
Plusmodel 1/35 475 Artillery tractor Pavesi P4/100-30A with tyres -

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Lu 2751 fois Dernière modification le samedi, 25 février 2017 16:32
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