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dimanche, 02 avril 2017 19:10

SPA CL 39

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Colonne de L 39 en Ukraine en août 1941. Colonne de L 39 en Ukraine en août 1941. Archivio Centrale dello Stato

Développé sur le modèle des autocarrette OM, le CL 39 était cependant moins rustique que ces dernières tout en restant facile à conduire. Il fut dans l’ensemble une belle réussite, alliant de bonnes caractéristiques techniques à une simplicité de construction et d’entretien.

Développement

En 1938, en vue d'une éventuelle mobilisation, le Regio Esercito souhaita se doter d'un véhicule de transport de troupes qui puisse être produit rapidement et en grand nombre. Le choix des autorités se porta sur le CLF (pour Carro Leggero per Fanteria) proposé par SPA, société faisant partie du consortium Fiat.

Premier prototype du Carro Leggero per Fanteria construit par SPA en 1938.
Dans sa seconde configuration, le prototype du CLF présentait une carrosserie quasiment identique à celle retenue sur le modèle de série.

D'origine, le véhicule était prévu avec deux motorisations différentes, l’une refroidie à l’air, l’autre à l’eau. C’est cette dernière qui fut finalement retenue et présentée au CSM le 13 novembre 1938. Caractérisé par une extrême simplicité, une bonne résistance et une excellente maniabilité, le camion léger fut adopté par l’Esercito en 1939 en tant que CL 39, bien qu'il soit généralement désigné autocarretta SPA ou simplement L 39 pour le distinguer des autocarrette OM.

Modèle de série du CL 39 orné d'un grand monogramme SPA ovale, qui sera ensuite remplacé par un logo circulaire de plus petite taille.
L 39 de série évalué par le CSM.
(crédits photo : collection Virdis)
L 39 montant des bandages semi-pneumatiques Celerflex.
(crédits photo : collection Filippo Cappellano)
L 39 équipé de pneus basse pression Artiglio.
(crédits photo : Archivio Fiat)

La seule évolution externe toucha le radiateur, dont la partie supérieure fut légèrement rehaussée sur les exemplaires de fin de production.

L 39 de 1942 présentant un radiateur modifié. L 39 de fin de production avec radiateur rehaussé.
L 39 de fin de production conservé au musée des pompiers de Mantoue.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Détail du radiateur modifié.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

Description techniques

Le L 39 était propulsé par un moteur essence quatre cylindres en ligne à soupapes latérales. L'alimentation était assurée par gravité depuis le réservoir cylindrique de 55 L situé sur le tableau de bord. L'embrayage monodisque à sec était protégé par un carter semi-sphérique fixé sur l'arrière du carter moteur, l'ensemble étant relié au châssis via des silent blocs. La boîte de vitesses disposait de cinq rapports pour la marche avant et un pour la marche arrière. L'arbre de transmission tubulaire muni de deux joints cardans engrainait sur le différentiel situé sur le pont arrière qui transmettait à son tour le mouvement aux deux demi-essieux. La suspension était assurée, à l'arrière comme à l'avant, par des ressorts à lames semi-elliptiques couplés à des amortisseurs hydrauliques. Les freins à tambour étaient actionnés hydrauliquement.

Vue du côté droit du moteur type CLF issue du manuel d'entretien. Moteur type CLF conservé au musée national de la science et de la technique de Milan.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
Coupe longitudinale du moteur type CLF.
Réservoir d'essence monté sur le tableau de bord. Boîte de vitesses. Schéma du châssis vu de dessus montrant les organes de transmission.

Les roues à jante type artillerie en acier moulé pouvaient monter des bandages semi-pneumatiques Celerflex de 140x620 mm ou des pneus basse pression Pirelli Artiglio de 700/18''. Des chaînes pouvaient être ajoutées pour améliorer l'adhérence.

Détail d'une jante type artillerie du L 39 de Mantoue.
(crédits photo : Aymeric Lopez)
L 39 montant des pneus Pirelli Artiglio.
(crédits photo: collection Virdis)
Mise en place des chaînes en terrain boueux sur le front russe, près de Volomidirovka.
(crédits photo : Museo di Fotografia Contemporanea)

Le circuit électrique alimenté en 6 V par une dynamo Marelli R 75/6 desservait les phares avant, l'avertisseur sonore, l'éclairage du tableau de bord et le feu de plaque à l'arrière. Deux phares à l'acétylène pouvaient être montés de part et d'autre de la calandre pour compléter l'éclairage.

Phare électrique et avertisseur sonore du L 39 de Mantoue.
(crédits photo : Aymeric Lopez)

La cabine ouverte était protégée par une bâche soutenue par une armature fixe sur les 400 premiers exemplaires, puis repliable sur les suivants. Le plateau de 2,48 m de long par 1,46 m de large était fermé par des ridelles latérales fixes et une ridelle arrière rabattable munie d'un marchepied. La partie centrale du plancher était dépliable pour former deux banquettes longitudinales permettant de transporter dix hommes. Sur les versions équipées de pneus basse pression, la roue de secours était logée sous le plancher, à l'arrière.

Coupe transversale du plateau montrant la disposition des banquettes sous le plancher. Disposition des soldats sur les banquettes longitudinales. Logement de la roue de secours sous le plancher du plateau.

Un crochet d'attelage fixé sur la traverse arrière du châssis permettait de tracter des pièces d'artillerie de petit calibre (canons de 20/65 et 47/32, obusiers de 75/18).

L 39 C des bersaglieri tractant un canon de 47/32 mod.39.

Versions dérivées

Une version coloniale désignée L 39 C fut adoptée le 14 février 1941. Elle se caractérisait par l'adoption d'un filtre à air à bain d'huile logé entre les deux sièges avant, généralisé par la suite à tous les modèles, un plateau abaissé grâce au déplacement de la roue de secours derrière la cabine, à la verticale, et à l'ajout de caissons de rangement sous le plateau. Quatre réservoirs supplémentaires étaient également logés derrière la cabine. Les passagers étaient transportés sur trois banquettes transversales. Enfin, les roues montaient en général des pneus Pirelli Sigillo Verde de 218/8''.

Vue de côté d'un L 39 C. Remarquez les caissons de rangement sous le plateau.
(crédits photo : collection Virdis)
Vue de côté d'un L 39 C bâché.
(crédits photo : Centro di Documentazione - Museo dell'Automobile di Torino)
Filtre à air à bain d'huile introduit sur le L 39 C.
Vues arrière d'un L 39 C avec la ridelle rabattue laissant voir le plateau à plancher abaissé, les banquettes transversales, la roue de secours et les réservoirs supplémentaires derrière la cabine. L 39 C conservé au musée de Cecchignola.

Le seul véhicule dérivé connu sur le châssis du L 39 est le fourgon bain mobile, dont un exemplaire est exposé au musée de Cecchignola.

Fourgon bain mobile, ou autobagno, exposé au musée de Cecchignola.

Dotation, production et utilisation

Les premiers exemplaires du L 39 firent leur apparition à l'occasion des grandes manœuvres de l'été 1939 dans le Piémont.

L 39 défilant à Turin à l'issue des grandes manoeuvres du Piémont le 9 août 1939.
(crédits photo : collection Nicola Pignato)

En 1940, l'organigramme de la division d’infanterie standard prévoyait 8 L 39 par régiment d'infanterie, 19 pour le bataillon mortiers et 10 pour la compagnie antichars, soit un total de 45. Le L 39 ayant de bonnes qualités pour la traction, il fut également assigné aux régiments d'artillerie des divisions blindées, à raison de 21 exemplaires, puis de 57 en 1942. Chaque bataillon mixte du génie des divisions Alpines devait recevoir 29 L 39 en remplacement des 17 autocarrette alors en dotation. En mai 1943, la dotation théorique d'une division d'infanterie atteignait 106 exemplaires pour les deux régiments et 39 pour le bataillon mortiers.

L 39 de la Div.mot. Torino lors du passage en revue par Mussolini à Monselice le 7 octobre 1940.
L 39 du 38° btg. mortai.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
L 39 de la 38a sez. autocarrette.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Pour faire face aux nombreux besoins, 3336 exemplaires du L 39 étaient en commande au 1er novembre 1939. En 1940, on en dénombrait 1304 en service. Malgré un coût de production de 68 000 lires en 1942, le nombre d'exemplaires en service atteignit les 5549 au 1er mars 1942, plus 1996 en commande. Au 30 avril 1943, face à un besoin de 15 505 exemplaires, on en comptait 7261 en service et 781 en commande, pour une production mensuelle comprise entre 100 et 200 unités.

Les L 39 furent utilisés sur tous les fronts de la seconde guerre mondiale, de la Russie à la Libye, à l'exception de l'AOI. Au 30 avril 1941, 1170 L39 étaient déployés dans les Balkans.

L 39 détruit au col du Petit Saint-Bernard en juin 1940. L 39 traversant un pont du génie dans les Alpes en juin 1940.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
L 39 sur un chemin albanais durant l'hiver 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
L 39 franchissant un cours d'eau à gué sur le front greco-albanais pendant l'hiver 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
L 39 arborant un drapeau de la Croix Rouge dans les Balkans.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Colonne de L 39 tractant des obusiers de 75/18 mod.34 dans les Balkans.
(crédits photo : collection Filippo Cappalleno)
Soldats et mécaniciens posant devant des L 39 à Ljubljana en 1942.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
L 39 blindé de la Div. Messina à Kotor le 20 septembre 1942. L 39 stationné sur une île de la mer Égée durant l'hiver 1942.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
L 39 de la PAI lors d'une démonstration à Tivoli.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
L 39 et Lancia 3 Ro du btg. Romolo Gessi de la PAI à Tripoli le 25 septembre 1941. L 39 du gr. Giovani Fascisti armé d'une mitrailleuse Fiat mod.35 en Afrique du Nord en novembre 1941.
(crédits photo : Museo Reggimento GG.FF.)
L 39 armé d'une mitrailleuse Breda mod.37 et protégé par un filet de camouflage sur le front de l'Est en août 1941.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Colonne de L 39 sur le front russe au printemps 1942.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
L 39 abandonnés sur le front du Don lors de l'offensive soviétique de décembre 1942.
Deux carabiniers contrôlant un L 39 à Draguignan en novembre 1942. Soldats italiens et gendarme français à bord d'un L 39 en Corse fin 1942. L 39 capturé à Messine en août 1943.
(crédits photo : Australian War Memorial)

Après l'armistice, 198 exemplaires furent livrés à la Wehrmacht en 1944. Ils auraient été équipés d'une traction intégrale. L'iconographie à disposition montre que le L 39 servit également dans les rangs de la RSI.

L 39 de l'organisation Todt.
(crédits photo : collection Henry Hoppe)
Réfugiés français utilisant un L 39 comme une charrette tractée par deux chevaux en Normandie.
(crédits photo : Imperial War Museum)
Hommes du btg. Barbarigo déchargeant un L 39 ravitaillant le front de Nettuno.

Quelques L 39 restèrent en service dans l’Esercito jusqu’au milieu des années 1950. Il en reste aujourd’hui quelques exemplaires en parfait état.

Fiche technique
 L 39L 39 C
Longueur 3890 mm 3890 mm
Empattement 2300 mm 2300 mm
Largeur 1520 mm 1520 mm
Voie avant / arrière 1300 / 1320 mm 1300 / 1320 mm
Hauteur 2300 mm 2300 mm
Garde au sol 250 mm 250 mm
Poids à vide 1630 kg 1730 kg
Équipage 2 + 10 passagers -
Charge utile 1000 kg 1000 kg
Configuration d'essieux 4x2 4x2
Moteur Type CLF : 4 cylindres essence de 1628 cm3, développant 25 ch à 2400 tr/min Type CLF : 4 cylindres essence de 1628 cm3, développant 25 ch à 2400 tr/min
Vitesse maximale 38 km/h sur route 38 km/h sur route
Autonomie 300 km sur route -
Emport en carburant 55 L 55 + 76 L
Plan 3 vues d'un L 39 de début de production.
(crédits : Aldo Mario Feller)
Profil d'un L 39 C.
(crédits : Aldo Mario Feller)
L 39 en Afrique du Nord.
(crédits : Ruggero Calò)
Sources :
  • Gli Autoveicoli tattici e logistici del Regio Esercito Italiano fino al 1943, tomo primo, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2005
  • Gli Autoveicoli tattici e logistici del Regio Esercito Italiano fino al 1943, tomo secondo, Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2005
  • Gli Autoveicoli del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Nicola Pignato, Storia Militare, 1998
  • Ruote in divisa, I veicoli militari italiani 1900-1987, Brizio Pignacca, Giorgio Nada Editore, 1989
  • Mezzi dell'Esercito Italiano 1935-45, Ugo Barlozzetti & Alberto Pirella, Editoriale Olimpia, 1986
  • 85 anni di camion militari Fiat, Carlo F. Zampini Salazar, Stige Editore, 1987
  • Le autocarrette del Regio Esercito, Nicola Pignato, GMT, 2000
  • Autocarro leggero mod.39, Uso e manutenzione, SPA, Ufficio Pubblicazioni Tecniche, 1939
  • Storia della PAI, Polizia Africa Italiana 1936-1945, Raffaele Girlando, Italia Editrice New, 2003
Pour reproduire ce véhicule :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
MarS 1/72 7276 Light army truck SPA CL39 Maquette d'Aymeric Lopez
MarS 1/72 7277 SPA CL39 Coloniale + 8 mm Breda mod.37 -
CRI.EL Model 1/35 R085 SPA L39 light truck -
Plusmodel 1/35 258 SPA L39 -
Plusmodel 1/35 086 SPA L39 Coloniale -

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Lu 1473 fois Dernière modification le dimanche, 02 avril 2017 19:31

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